Le déficit récurrent de la radio internationale contraint au plan
social. La belle argutie, signée de ses dirigeants, Christine Ockrent et
Alain de Pouzilhac, est balayée par un rapport comptable confidentiel qui
charge la pingrerie du ministère des Affaires Etrangères… de Bernard
Kouchner.
Six semaines de grève passées, c’est le record de l’audiovisuel public
depuis Mai 68 ! Six semaines qui, lundi prochain, feront sept. Et les
salariés de Radio France Internationale (RFI) ne déposent pas les armes.
Pas question de laisser passer le « plan social » à RFI annoncé en janvier
2009, qui prévoie 206 licenciements sur 1 000 salariés (soit un quart des
employés), plus la fermeture de six rédactions en langues étrangères sur
dix neuf.
Mobilisés au quotidien sur le terrain avec les blocages d’antenne, [1]
les salariés grévistes sont également présents sur le front juridique.
Mercredi 24 juin, un rapport, réalisé par un cabinet d’expertise comptable
(l’INA) pour le Comité d’Entreprise (CE) de RFI, sera présenté au Juge
d’Application des Peines.
Un rapport que Bakchich s’est procuré et qui, l’air de rien, démolit
point par point les arguments justifiant le « plan global de
modernisation », avancés par Christine Ockrent et Alain de Pouzilhac
(dits Titine et Poupou), chefs de bord de la holding publique Audiovisuel
Extérieur Français (AEF) – dont fait partie et dépend RFI.
Pour la directrice générale Titine, le président Poupou et la
directrice de la radio du monde, la situation de RFI est catastrophique.
En cause selon eux, un déficit chronique et quasi irrécupérable, sauf à
licencier massivement afin de respecter un des objectifs fixés : « réduire
la masse salariale de 5 % ».
Monsieur Christine Ockrent serre les bourses
de RFI…
Mais, à lire le rapport du cabinet d’expertise comptable, si RFI ne
parvient pas à boucler ses fins de mois, ce n’est pas sa responsabilité.
Mais bien celle de son actionnaire principal, le Ministère des Affaires
Etrangères (MAE), dirigé par Bernard Kouchner (monsieur Christine
Ockrent). Car si RFI terminait, déjà, l’année 2007 avec un gros déficit,
de 1,1 millions d’euros, c’est parce que sa subvention du Ministère des
Affaires Etrangères, a été gracieusement amputée. Un manque à gagner d’un
montant conséquent, RFI ayant perdu 1,75 millions d’euros ! Et dont la
raison, « l’application de la réserve légale », c’est-à-dire une somme que
peut garder l’actionnaire de l’entreprise, est pour le moins discutable.
En fait, indique le rapport comptable, « sans cette annulation de
crédits, la progression des recettes propres de la société et l’évolution
très modérée de ses charges auraient abouti pour RFI à un résultat de +
0,6 millions d’euros ».
Cette perte de subventions est
d’autant plus considérable que les sous versés par le Ministère des
Affaires Etrangères (MAE) constituent, avec la redevance, 96 % des
ressources de RFI, et que les deux apports ont diminué sur la longue
durée. Aussi, selon le rapport comptable, « de 2000 à 2007, la redevance
versée à RFI diminue en euros constants de 3,5 % et la subvention MAE
diminue de 11 %. En 2006 (…), le ministère des Affaires Etrangères a
décidé de réduire sa subvention pour 2006 de 2,6 millions d’euros, soit 50
% de l’économie de frais de diffusion acquise par RFI. En 2007, le MAE
réduit sa subvention de 1,7 millions d’euros au titre de la réserve
légale. » Et le rapport de pré-conclure : « Le déficit est la conséquence
directe de cette politique de réduction des ressources publiques . »
… mais pas celles de madame
Pourtant de l’argent, il y en a à l’AEF (Audiovisuel Extérieur
Français), et Poupou et Titine ne s’en privent pas. Titine la première,
qui perçoit le mirobolant salaire de 310 000 euros par an, sans compter
ses ménages et autres piges à 120 000 euros. Christine Ockrent est suivie
de près par Alain de Pouzilhac, qui est quant à lui à 300 000 euros par
an. Un total d’un million d’euros brut annuel avec les charges sociales
pour les deux compères. Dans un contexte de crise audiovisuelle, c’est ce
qu’on appelle avoir le sens des priorités !
Autres responsables de l’état, déficitaire, des comptes de RFI : la
holding dirigée par Poupou et Titine, et la direction de RFI. Et pour
cause ! « Les autorités de tutelle comme la direction ont validé un budget
"voté" avec une perte de 2,8 millions d’euros »…
Si quelques uns, en interne, pensent qu’il y a du gras dans le
personnel de Radio France International, l’argument du déficit n’est en
tout cas pas recevable. Et les syndicats craignent déjà de le voir
resurgir pour engager une deuxième vague de licenciements…
SOURCE BAKCHIC.INFO