La grève à Radio France Internationale (RFI), entamée le 12 mai contre
un plan social de 206 suppressions d'emplois, a été suspendue vendredi
jusqu'en septembre, mais rien n'est réglé dans ce conflit, le plus long
qu'ait connu l'audiovisuel public depuis 1968.
Au 60e jour de grève, une "trêve estivale" a été votée en assemblée
générale par les salariés qui reprendront le travail progressivement.
"Il ne s'agit en aucun cas d'un essoufflement mais d'une décision
destinée à ne pas pénaliser les pigistes et les CDD qui vont affluer cet
été, et sont pour la plupart étrangers à notre mouvement", a expliqué à
l'AFP Maria Afonso, secrétaire (FO) du comité d'entreprise.
L'ensemble des programmes de la station publique, essentiellement
diffusée à l'étranger, devrait donc être à nouveau diffusés normalement à
partir du 14 juillet.
La direction de la station publique s'est "félicitée" de la suspension
du mouvement. "C'était indispensable! Un risque majeur a été pris de mise
en péril de la radio: ces 60 jours de paralysie partielle de l'antenne
auront un coût en termes d'image et en termes d'audience dans un contexte
de concurrence chaque jour plus âpre alors que RFI a perdu en quatre ans
19% de son audience", écrit-elle dans un communiqué.
"Le plan social va reprendre à la rentrée", a précisé à l'AFP Geneviève
Goëtzinger, directrice déléguée. Dans le même temps, l'intersyndicale
prévient que la grève reprendra dès le mois de septembre.
Au bout de neuf semaines d'un véritable bras de fer entre syndicats et
direction, les négociations sont toujours dans l'impasse.
RFI, dirigée par Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent, a annoncé en
janvier un plan social prévoyant 206 suppressions d'emplois sur environ un
millier et la fermeture de six bureaux en langues étrangères: allemand,
albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien.
La direction de RFI invoque les difficultés financières de la station
mais pour les syndicats, le plan social est lié à mise en place la holding
Audiovisuel extérieur de la France (AEF), qui regroupe depuis le 5 juin
RFI et France 24, et aux éventuelles synergies qui en découleraient.
L'intersyndicale demande que le plan social, qui prévoit des
licenciements contraints, soit transformé en plan de départs
volontaires.
Alors qu'elle réclame une médiation depuis des semaines, elle a été
reçue vendredi au ministère de la Culture, avec la direction.
"Le ministère n'a rien proposé pour sortir de cette crise. Nous sommes
en colère. Mais on ne perd pas espoir, la balle est désormais dans leur
camp", a déclaré Nina Desesquelles, déléguée SNJ.
Selon la direction, "le ministère a réaffirmé son soutien" à sa
stratégie.
La grève est suivie chaque jour par une minorité de salariés qui
tournent. Ce sont essentiellement des techniciens soutenus, y compris
financièrement, par une bonne partie de la rédaction, selon
l'intersyndicale.
De son côté, la direction fustige un mouvement "minoritaire", sur fond
de division syndicale, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC préférant négocier
les conditions de départs des salariés.
L'intersyndicale, soutenue par de nombreuses personnalités du monde
politique, artistique, scientifique et médiatique, a intenté plusieurs
actions en justice contre ce plan mais a été déboutée. Le 16 juillet, le
juge des référés du TGI de Paris doit examiner un nouveau recours du CE
destiné à obtenir la nullité du plan, estimant que son contenu est
"insuffisant".