Hôtel de ville de Paris, ce mercredi après-midi. Une tente
blanche abrite le studio éphémère de « RFI riposte », un
programme unique, diffusé par haut-parleurs et sur internet. Il fait
chaud, très chaud. Mais pas assez pour calmer la colère des salariés qui
n’acceptent pas le plan de licenciements imposé par leur direction : soit
la suppression de 206 postes et de 6 rédactions de langues étrangères.
Pour la septième semaine consécutive, on n'entend donc plus RFI.
Ni à Libreville, ni à Mexico, pas plus qu'à Berlin ou Pékin. Antenne
vierge partout. Sauf à Paris, où pour une journée seulement, ses salariés
ont décidé de donner de la voix. Une action symbolique et public, au coeur
de la ville.

Face aux animateurs qui
se succèdent à l'antenne, beaucoup de badauds et quelques invités.
La comédienne Laura del Sol lance un salut à toute l’Amérique
latine. « Tout le monde sait que l’on entend RFI partout, même dans la
jungle colombienne. » Elle est chaleureusement applaudie par les
latinos installés sur les pelouses du jardin éphémère. Puis la chanteuse
Sapho, guitare sur le dos, prend la parole. Elle est suivie par Atiq
Rahimi, prix Goncourt 2008 : « Chez moi, en Afghanistan, les gens
manquent parfois la prière, mais jamais les journaux de RFI. C’est leur
seule source d’information crédible. » Des musiciens de tous styles
viennent soutenir les salariés. L’animateur reprend la parole : « vous
écoutez RFI Risposte, une radio autonome et ludique, une radio d’un jour
pour dire non aux licenciements et régler le plus long conflit de
l’audiovisuel. Nous demandons... » (il marque un long temps d’arrêt
puis scande) : « UN ME-DIA-TEUR !" « Pourquoi des départs
volontaires à TFI, et des licenciements secs chez nous ?", poursuit
un journaliste excédé. "Depuis l’arrivée d’Alain de Pouzilhac et
Christine Ockrent (respectivement numéro 1 et 2 de RFI), tout est entré
dans le désordre..."
La musique reprend le dessus et le public esquisse un pas de
danse. Les affiches faites maison tremblent un peu. On y voit les
trois lettres RFI, avec un poing, et non un point, au dessus du
i.