Facebook et journalisme ne font pas toujours
bon ménage. Ce mercredi, une application Facebook de la chaîne France 24
permettant de faire des pronostics sur l'actualité proposait de parier -il
n'y a pas de gains- sur la question suivante : "Véronique Courjault qui a
avoué 3 infanticides échappera-t-elle à la prison à vie à l'issue de son
procès ? "
Sur cette page, un grand bandeau publicitaire de RFI défile.
Pascal Paradou, journaliste à RFI et membre du Syndicat National des
Journalistes (SNJ) déplore la mauvaise image véhiculée par cette page :
"Il y a eu une levée de boucliers à RFI. Ça nous choque
que l'on puisse faire des paris là-dessus et ça nous choque que RFI y soit
associé. C'est France 24 qui organise ces paris, pas RFI. Il n'y a pas de
raison que RFI apparaisse à cet endroit. Nous n'avons rien à voir avec ça.
Nous sommes très vigilants sur les questions de rigueur
journalistique."
La radio et la chaîne télé font toutes deux partie de
l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF), une holding qui rassemble RFI,
France 24 et TV5Monde depuis le mois de février. Si les uns et les autres
ne sont pas forcément appelés à travailler ensemble, des opérations
spéciales sont montées sur Internet (Cannes, élections européennes…).
Anne-Laure Marie, journaliste à RFI et membre du SNJ, explique
que cette affaire illustre d'ailleurs les difficultées qu'éprouvent les
deux rédactions à travailler ensemble : "Sur cette
histoire de page Facebook, on nous a dit de ne pas mélanger les lignes
éditoriales de France 24 et de RFI… mais on a répondu que la confusion ne
venait pas forcément de nous."
Dans le communiqué du SNJ de RFI, la direction de l'AEF -
Christine Ockrent et Alain de Pouzilhac - est clairement mis en cause :
"Le SNJ rappelle aux dirigeants de l'Audiovisuel extérieur
Alain de Pouzilhac (par ailleurs président d'une chaîne de casinos) et
Christine Ockrent que la déontologie n'est pas une option, mais un
impératif et que l'on ne dirige pas l'audiovisuel extérieur de la France
comme une salle de jeu."
A France 24, le SNJ n'a pas été tenu informé de la publication
des communiqués. Marie Valla, délégué syndicale de la chaîne, regrette
cette absence de consultation : "Nous n'avons pas été
consultés par le SNJ. Evidemment, dans le fond, on s'y associe et on
partage les mêmes inquiétudes. On se félicite que cette page ait été
retirée."
Cette application Facebook n'est pas gerée par la rédaction
mais par le service marketing. Dans les deux rédactions, les journalistes
comprennent qu'il faut "être présent" sur Internet et développer les
sites, mais tous déplorent la recherche de clics à tout prix.
RFI est en grève illimitée depuis cinq semaines contre le plan
social qui prévoit 206 suppressions d'emplois sur un millier, et la
fermeture de plusieurs bureaux de langues.
