C'est l'impasse à Radio France Internationale (RFI). Depuis le
12 mai, l'antenne est fortement perturbée par une grève illimitée d'une
partie du personnel contre le plan social de la direction qui prévoit 206
licenciements sur un millier de salariés et la fermeture de six rédactions
de langues étrangères. Chaque jour, la grève est revotée en assemblée
générale et des salariés se relaient pour bloquer l'antenne en se
déclarant gréviste. Ainsi, la soirée prévue pour le résultat des élections
européennes n'a pu être diffusée. Selon la direction, seulement 2 % à 3 %
du personnel seraient en grève.
Saisie par le comité d'entreprise (CE) de RFI, la cour d'appel
de Paris a suspendu, le 12 mai, le plan social et exigé que la direction
informe le CE sur le contrat d'objectifs et de moyens (COM) négocié avec
l'Etat, et sur la place de RFI dans le cadre de l'Audiovisuel extérieur de
la France (AEF), la nouvelle holding qui coiffe RFI, France 24 et TV5
Monde. Après consultations, la Cour se prononcera, mercredi 17 juin, sur
la conformité à ces injonctions qu'il a demandée à la direction de
RFI.
"Pour le moment, nous n'avons eu aucune communication précise
sur le COM et l'AEF", explique un membre de l'intersyndicale (SNJ, FO,
SNRT-CGT et SNJ-CGT). "Nous avons eu sept réunions avec la direction sans
qu'elle entre dans les détails. Elle fait juste de l'affichage. Le seul
chiffre qui a été fourni est celui de 5 millions d'euros pour des projets
de développement entre 2010 et 2012", précise-t-il.
L'intersyndicale, qui maintient sa demande de moratoire du plan
social sans départs contraints, a écrit à Raymond Soubie, conseiller
social de Nicolas Sarkozy, pour obtenir un médiateur. Elle n'a pas eu de
réponse. De son côté, Maxime Gremetz, député communiste de la Somme, a
demandé, le 5 juin, à Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale,
l'ouverture d'une commission d'enquête chargée d'analyser les conditions
de mise en oeuvre de la politique audiovisuelle extérieure de la
France.
Enfin, une quarantaine de personnalités du monde politique,
artistique, scientifique et médiatique ont signé, fin mai, une pétition
demandant à l'Etat de "donner l'exemple" en retirant le plan social de
RFI.
"DÉFICIT RÉCURRENT"
En attendant la décision judiciaire, la direction de RFI a
soumis à la CFDT et à la CGC, qui n'ont pas rallié l'intersyndicale dans
la grève, un projet de protocole sur le volet financier qui pourrait
accompagner des départs volontaires. Toutefois, elle réaffirme "la
nécessité de réformer RFI et de réaliser l'objectif de retour à
l'équilibre budgétaire qui, seul, permettra d'assurer l'avenir de
l'entreprise". Joint par Le Monde, Alain de Pouzilhac, le président de
l'AEF, assure que la direction de RFI "fera tout son possible" pour
favoriser les départs volontaires et le reclassement des salariés sur des
postes internes de l'entreprise ou à l'AEF. "Mais nous ne retirerons pas
le plan social, et il y aura des départs contraints. RFI vit au-dessus de
ses moyens avec un déficit récurrent. Les prévisions pour 2009 se
chiffrent à 15 millions d'euros de déficit, ce qui n'est plus possible",
poursuit-il.
Mardi 16 juin, l'intersyndicale de RFI appelle à une
manifestation "en direction de l'Elysée" à laquelle se joindront plusieurs
syndicats de France Télévisions - où 900 départs ont également été
annoncés - et de l'Agence France Presse, entreprise qui a pour sa part
ouvert "une réflexion sur les axes de développement pour les années à
venir".