Depuis près de sept semaines, la station Radio France Internationale
(RFI) est en grève illimitée. Les salariés grévistes dénoncent un plan
social qui, estiment-ils, condamne la radio au profit de la chaîne France
24. Ils en appellent au nouveau ministre de la Culture et de la
Communication, Frédéric Mitterrand.
L'intersyndicale de Radio France Internationale (RFI) a écrit donc hier
au nouveau ministre Frédéric Mitterrand pour être reçue le plus rapidement
possible, alors que la radio est perturbée par une grève contre le plan
social.
"RFI est entrée dans sa septième semaine de grève contre un plan de
sauvegarde de l'emploi qui prévoit la suppression de 22% des effectifs
(soit 206 postes sur un millier) et la fermeture de six rédactions en
langues étrangères", rappelle l'intersyndicale dans sa lettre envoyée à la
presse. "Les salariés sont aujourd'hui profondément déçus. Ils ont le
sentiment de payer seuls la charge de réformes menées, à marche forcée,
sans dialogue, sans prise en compte de la spécificité de l'entreprise",
poursuit-elle.
L'intersyndicale dit attendre "aujourd'hui de (votre) part un signe
fort et nous (vous) demandons avec passion de nous recevoir le plus
rapidement possible. Il y urgence".
En janvier dernier, la direction présente aux salariés un plan social
qui prévoit 206 suppressions d’emplois sur un millier et la fermeture de
plusieurs bureaux de langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate,
turc et laotien). Inacceptable pour une partie du personnel, qui se
déclare en grève illimitée, avec le soutien de la majorité des salariés,
le 12 mai dernier.
Le mouvement concerne tous les métiers de la station (journalistes,
techniciens, chargés de réalisation...). Les grévistes se relaient, par
roulement. «Il est possible de perturber une émission avec quelques
personnes, explique la déléguée du SNJ-CGT, Addala Benraad. Les grévistes
tournent chaque jour. Depuis le début du conflit, tout le monde a fait au
moins une ou deux journée de grève.» Quant aux émissions perturbées,
difficiles à chiffrer, elles sont remplacées par un fil musical.
RFI est en grève depuis le 12 mai, soit presque 7 semaines, le plus
long qu’ait connu l’audiovisuel depuis 1968. «Cela est possible grâce à la
caisse de solidarité que les salariés alimentent», souligne encore Addala
Benraad. De guerre lasse, les grévistes, qui attendent toujours la
nomination d’un médiateur, ont manifesté le 16 juin devant le palais de
l’Elysée pour réclamer le retrait total du plan et négocier des départs
volontaires. Outre le plan social, déjà difficile à avaler, les grévistes
s’inquiètent de l’avenir de la station, craignant que le rapprochement
avec France 24 signe le dépeçage de la station. En clair, que
l’Audiovisuel extérieur français déshabille Pierre (RFI) pour habiller
Paul (France 24).
Après avoir manifesté devant l’Elysée, les grévistes ont réussi à
réaliser en direct une émission de 7 heures depuis un stand prêté par la
Mairie de Paris, mercredi, en totale autonomie. L’émission comptait de
nombreux invités venus témoigner de leur attachement à la station et
pourra être ré-écoutée «très bientôt» sur le blog «RFI riposte» des
grévistes. Précédemment, la station avait décroché plusieurs heures durant
les obsèques d’Omar Bongo, auxquelles assistaient Nicolas Sarkozy et
Jacques Chirac, le 16 juin dernier.
Le plan social a été suspendu par la cour d'appel, qui a demandé à la
direction d'informer davantage le comité d'entreprise sur la mise en place
de la holding AEF. S'estimant toujours insuffisamment informé, le CE a
saisi le juge de l'exécution du TGI de Paris, qui l'a débouté la semaine
dernière pour vice de forme. Ce juge a réexaminé le dossier mercredi et
doit rendre sa décision lundi. Mais l'intersyndicale de RFI cherche
desormais du soutien plus haut.