Délocalisés sur le parvis de l'hotel de ville le temps d'une
après-midi, les grévistes de RFI ont diffusé une émission de sept heures
pour faire bouger les choses dans le conflit qui les oppose à la direction
de la radio. Objectif: refuser les 206 suppressions d'emplois annoncées
par la direction de la radio en janvier. Sylvain Biville, du service
international de RFI, entame comme les autres sa septième semaine de
grève.
Satisfait de cette opération «radio éphémère»?
Le bilan est
extrêmement positif. On a su montrer que le mouvement de grève était
soutenu de toutes parts. Une cinquantaine de personnalités dont Jack Lang,
Noël Mamère ou Allain Bougrain-Dubourg ont soutenu le mouvement en venant
au studio, ou en enregistrant des messages. En interne, cette initiative a
transformé les ondes négatives d’une grève très longue en énergie positive
pour la suite. C’est presque l’euphorie.
Que vouliez-vous montrer avec cette radio éphémère ce
mercredi?
RFI a pris un coup de massue en janvier quand la
direction a annoncé la suppression de 206 postes à RFI. C’est à peu près
un quart de la masse salariale. Sept semaines que RFI est en grève, que
nos 46 millions d’auditeurs n’ont pas leurs programmes habituels, alors
même que le dialogue social entre la direction et les syndicats est au
point mort. La direction ne veut pas entendre parler d’une remise en cause
du plan social qui prévoit aussi la fermeture de 6 rédactions en langue
étrangère. A partir de là on s’est posé la question de quoi faire pour
remédier à ce bloquage. On a donc fait ce qu’on sait faire de mieux, de la
radio. Un moyen de comprendre la spécificité de RFI, cette sorte
d’ovni.
Quelle pourrait être l'issue de ce conflit?
On est réaliste
avant tout et on est nombreux à penser que la réforme est dans un sens
nécessaire. Les grandes radios internationales, comme la BBC, sont passées
par des réformes. Ce qui nous paraît suspect, c’est l’empressement dont a
fait preuve la direction pour mener les réformes. Avec un principe
d’obtenir plus que des départs volontaires mais en ayant recours à des
licenciements secs, ou contraints. Au moment où même à France Télévision
on annonce 900 suppressions de postes avec des départs volontaires qui
s’étaleront sur trois ans, pourquoi la direction de RFI a-t-elle cet
empressement à boucler ce plan social?
Avez-vous eu des réactions de la part de la direction de la
station?
Aucun mouvement de ce côté là, mais on croit savoir que les couloirs de
RFI étaient agités mercredi après-midi. Pour nous, le plus important était
de montrer à la direction de la radio ce ne sont pas 3% de grévistes qui
se mobilisent mais une inquiétude générale qui anime les salariés de la
station. Plusieurs non-grévistes étaient aussi présents sur le parvis de
l’hôtel de ville, c’est une très bonne chose. D'ailleurs, tous les
salariés de RFI sont inquiets sur l’avenir depuis l’annonce de ce plan
social. On a l’impression que les dirigeants ont une vision d’une radio
moins précise, moins spécifique où l’expertise serait largement en
retrait.
SOURCE:LIBERATION.FR