Paris, le 22 juin 2009
Monsieur le Président de la République,
Radio France internationale entre dans sa septième semaine de grève
contre un Plan de Sauvegarde de l’Emploi qui prévoit la suppression
de 22% des effectifs (soit 206 postes sur un millier) et la fermeture de
six rédactions en langues étrangères.
C’est un plan qui induit des licenciements secs, contrairement
aux promesses que notre PDG, Alain de Pouzilhac, avait faites
publiquement lors son arrivée à RFI. Ces licenciements sont en
contradiction avec la priorité affichée par le gouvernement de sauver les
emplois.
Dans un contexte de crise économique mondiale, RFI est la
SEULE société nationale de service public, financée à 100% par l’Etat, où
un plan de licenciements contraints est en cours.
RFI a été
longtemps la seule voix de l’audiovisuel extérieur de la France. Le
lancement de France 24 et la création de l’entité Audiovisuel
Extérieur de la France (AEF) étaient l’occasion d’engager une
réflexion sur les missions respectives de chaque société pour faire vivre
la diplomatie audiovisuelle de la France. Le seul effet tangible de ces
réformes est la fragilisation de RFI dont les salariés n’ont pourtant pas
démérité de la mission de service public qui leur est confiée.
Monsieur le Président, c’est parce que vous saviez quel rôle jouent
les rédactions de langues étrangères au sein de RFI que vous avez choisi
son antenne hispanophone quand vous avez voulu vous adresser aux FARC.
Dans la jungle colombienne, RFI est en effet le seul média français
qu’écoutait Ingrid Betancourt.
La nouvelle direction de RFI a suscité beaucoup
d’espoir lors de sa nomination. Les salariés sont aujourd’hui profondément
déçus. Ils ont le sentiment de payer seuls la charge de réformes
menées, à marche forcée, sans dialogue, sans prise en compte de la
spécificité de l’entreprise, et savent que les arguments invoqués pour ces
bouleversements (déficits du budget et de l’audience) sont
contestables.
Est-ce en imposant un PSE à RFI, en mettant
dos-à-dos les salariés des entités qui constituent l’AEF que l’on œuvre
pour un Audiovisuel Extérieur de la France plus fort, plus dynamique et
compétitif ?
Est-ce en perdant des compétences, en laissant la
place libre à d’autres médias, en tournant le dos à l’Europe et aux
Balkans, voire à l’Asie, que l’AEF sera plus fort ?
Monsieur le Président, RFI, ses salariés et leurs compétences
doivent pouvoir trouver pleinement leur place, et toute leur place, dans
le paysage audiovisuel extérieur de la France qui se dessine. Nous avons
des arguments et propositions à faire valoir. Or notre direction refuse
tout dialogue.
Face à ce blocage, l’intersyndicale de RFI a
décidé, il y a maintenant cinq semaines, de demander la nomination d’un
médiateur et une audience auprès de Monsieur Soubie, votre conseiller aux
Affaires sociales. Nous vous demandons instamment de donner votre feu vert
à cette rencontre, et de permettre que le dialogue social puisse avoir
lieu aussi dans les entreprises gérées par l’Etat. Il y a
urgence.
Veuillez agréer, Monsieur le Président l’expression
de notre très haute considération,
L’intersyndicale FO, SNRT-CGT,
SNJ-CGT, SNJ