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Sur fond de polémique liée à la réforme des médias
publics, la direction de Radio France internationale (RFI) a
confirmé la suppression de 6 langues, dont le turc. Après 70 ans de
présence dans l’audiovisuel public français, le turc ne représente
plus qu'une page internet mise à jour 5 fois par semaine par un seul
et même journaliste. Au 31 décembre, cette page disparaîtra
définitivement. Si la décision est d’ordre politique, elle relève
d’un choix stratégique fort peu judicieux, comme n’a pas manqué de
le souligner Noël Mamère : « Supprimer le turc à RFI, c'est envoyer
un très mauvais signe à la Turquie et à tous ceux qui, en France,
souhaitent l'adhésion de ce pays à l'Union européenne, et veulent
que leurs liens traditionnels se perpétuent et soient politiquement
consacrés ».
Nouveau coup de froid dans les
relations franco-turques
La Turquie qui fut autrefois l’un des pays les plus
francophiles au monde est en train de devenir l’un des plus
anti-français. La décision prise par la direction de RFI, quelle que
soit sa nature, ne manquera pas d’être interprétée comme une énième
animosité de la part de la France.
Que la Turquie intègre l’UE ou qu’elle développe un
partenariat, la fermeture de l’antenne symbolique de la radio en
turc risque de peser d’un poids important sur les relations à venir
entre la France et la Turquie.
Or, de l’avis des spécialistes, les évolutions
géopolitiques des deux prochaines décennies devraient se faire au
profit des puissances montantes, au nombre desquelles figure en
bonne place la Turquie. Les arguments invoqués par RFI : « raisons
économiques » et « manque d’intérêt stratégique », laissent
perplexes dans un monde globalisé où vivent près d’un quart de
milliard de turcophones, dont 500 000 en France (ils sont 5 millions
en Europe). La Turquie, membre du G20 et 2e armée de l’OTAN, marque
avec un taux de croissance annuel de près de 10 %. Elle s’affirme
chaque jour davantage comme une puissance régionale dans une zone
riche en hydrocarbures, et comme intermédiaire privilégié entre
l’Orient et l’Occident. Les grands médias européens et américains ne
s’y sont pas trompés (BBC, Voice of America et Deutsche Welle). Ils
ont à la fois renforcé et diversifié leur service en langue
turque.
La mainmise de Sarkozy sur les
médias ?
Lors de débats houleux à l’Assemblée, le député vert
Noël Mamère s’était dit inquiet au sujet de RFI, de l’INA et de RFO,
dénonçant « les suppressions de postes et de programmes » et, plus
fortement encore, « la main mise du président de la République sur
les médias publics ». Suscitant de vives exclamations sur les bancs
du groupe UMP, le député vert avait martelé : « il est inacceptable,
du point de vue démocratique, que le président de France
Télévisions, celui de Radio France et celui de l'audiovisuel
extérieur de la France soient nommés directement en conseil des
ministres. Cette clique qui dirige l'audiovisuel extérieur de la
France va devenir un lien consubstantiel de dépendance au pouvoir
».
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