Dernière mise à jour le 16/12/2009 à 06h10 TU |   AVEC LIBERATION.FR PAR ISABELLE HANNE                                       Share/Bookmark
RFI compte ses voix,la direction dans l’embarras

 Repères
 Plan social RFI: 270 volontaires au départ, la direction n'en veut que 201
 RFI: 271 candidats au départ, une "fuite des cerveaux" selon les syndicats
 Communiqué de l’intersyndicale FO –SNJ –SNRT-CGT et SNJ-CGT de RFI de jeudi 3 décembre
 Plan social à RFI: 265 candidats volontaires au départ
 Conditions envisagées par la direction de RFI pour les départs volontaires des salariés
Ainsi fond RFI. Après des mois de grèves, de blocages et de recours en justice de l’intersyndicale, voilà que le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en clair le plan social, annoncé par la direction en janvier, est mis en œuvre. «La plus longue grève de l’audiovisuel public depuis 1968», comme le rappelle chaque dépêche de l’AFP, est bien finie : place aux départs volontaires et aux restructurations.

Acte I du plan social. La semaine dernière, la direction annonçait l’arrêt de la diffusion hertzienne de ses programmes en allemand, polonais, laotien, albanais et turc à partir du 19 ou du 31 décembre. Au compteur de la radio du monde, cinq langues en moins et autant de rédactions fermées, faute d’audiences suffisantes selon la direction. Dans le même temps, la même direction semble vouloir finaliser la cession de trois de ses filiales. Le 3 décembre, toujours faute d’audience, RFI cédait RFI Bulgarie à une société privée bulgare qui s’est engagée à reprendre la vingtaine de salariés de la station. Les cessions de Radio Europa Lisboa au Portugal et de Beta RFI en Serbie devraient suivre début 2010. A terme, RFI ne conservera que deux filiales : Monte Carlo Doualiya et RFI Romania, qui couvre la Roumanie et la Moldavie.

«Hémorragie». Le deuxième acte du PSE, lui, est un peu plus compliqué à mettre en place. Car au lieu des 201 départs volontaires initialement prévus par le plan social, ce sont 270 salariés - dont plus de la moitié de journalistes - qui se sont portés candidats. Pour Raphaël Reynes (CFDT), ces demandes en nombre s’expliquent par les bonnes conditions de départ - les indemnités atteignent jusqu’à trente-six mois de salaire, en fonction de l’ancienneté. Côté intersyndicale (FO, SNJ, SNRT-CGT et SNJ-CGT), on parle plus volontiers de «fuite des cerveaux» et de «vote de défiance avec les pieds».«Personne ne peut se réjouir d’une telle hémorragie des forces vives de RFI», indique un communiqué de l’intersyndicale. «C’est la preuve que la direction a dégoûté les salariés de travailler avec elle», estime Françoise Delignon (SNRT-CGT), pour qui le nombre élevé de candidats au départ est un «désaveu» pour la direction devant la «casse de l’entreprise».

Le nombre de volontaires au départ excédant le nombre de postes supprimés, il n’y aura pas de licenciements secs. Les départs s’échelonneront «sur plusieurs mois en fonction des projets et des impératifs des directions concernées», explique-t-on à la direction de RFI. Mais qu’adviendra-t-il des 69 salariés supplémentaires qui veulent partir ? «Avec 270 suppressions de postes non remplacés, l’entreprise ne tournerait pas», avait admis Geneviève Goëtzinger, directrice déléguée de RFI, interrogée par l’AFP. La direction de RFI a deux possibilités. Refuser le départ de ces 69 personnes. Ou, comme le demande l’ensemble des syndicats, d’accord sur ce point, les laisser partir et compenser ces départs par de nouvelles embauches. La direction n’est pas fondamentalement opposée à élargir son plan social à ces salariés supplémentaires. Mais est-elle en mesure de le faire ? «Il faudrait que ces nouvelles embauches soient juridiquement et économiquement acceptables», explique un proche du dossier.

Autorités de tutelle. Juridiquement, car les licenciements économiques imposent des conditions pour réembaucher - un délai d’un an pour une embauche au même poste, par exemple. Et économiquement, car RFI doit obtenir le feu vert de ses autorités de tutelle. La station, dans le giron de l’Audiovisuel extérieur français (AEF, qui rassemble en outre France 24 et TV5Monde), est pieds et poings liés à l’Etat via Matignon. Le coût du plan social à RFI est entièrement supporté par son unique actionnaire, l’Etat. Et l’enveloppe de l’actionnaire correspond, pour le moment, à 201 départs.

La direction de RFI est donc allée sonder vendredi la Direction du développement des médias (DDM). Geneviève Goëtzinger refuse de faire des commentaires avant d’avoir la réponse de la tutelle, attendue début 2010. Mais au ministère de la Culture, on estime qu’il faut déjà savoir comment traiter ces 69 cas : reclassements, reconversions à l’intérieur de l’entreprise ? La question d’éventuelles embauches ne semble pas pour l’instant à l’ordre du jour. «Juridiquement, on n’a pas le droit d’aller au-delà du PSE», se contente-t-on d’indiquer rue de Valois.

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