Dernière mise à jour le 18/05/2009 à 17h00 TU |   AVEC LEPOINT.FR PAR EMMUNUEL BERRETTA                                       Share/Bookmark
Christine Ockrent : "France 24 va faire plus de direct"

En pleine tempête sociale à RFI, Christine Ockrent, qui dirige également France 24, imprime peu à peu sa "touch" sur l'audiovisuel extérieur de la France. Après RFI, la "reine Christine" modifie la grille de France 24 à compter du mardi 19 mai. Entretien avec celle qui voudrait faire oublier qu'elle partage la vie de Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française.

Pourquoi changer la grille de France 24 ?
Christine Ockrent : Une étude TNS Sofres de novembre 2008 a fait notamment apparaître le besoin de renforcer notre tranche du soir à l'international. Donc, entre 19 heures et minuit, nous allons incarner la grille par des journalistes qui feront le lien entre les présentateurs de JT, les chroniqueurs et les animateurs de débats. La grille prendra une teinte plus conviviale. Les magazines seront mieux introduits. Et puis, nous allons pouvoir faire plus de direct et autant de grands reportages, notre marque de fabrique. Je précise que cette nouvelle grille est complètement autofinancée grâce aux économies que nous ont procurées la relance des appels d'offres sur les magazines auprès des producteurs extérieurs. D'ailleurs, nous avons décidé de produire les magazines de santé et d'environnement en interne.

Dans quels domaines allez-vous renforcer la grille ?
C. O. : L'étude a montré certaines carences. Nous allons donc faire plus d'économie, plus de sport, plus de météo et plus de débats.

Comment piloter une chaîne qui fait du direct en trois langues ?
C. O. : France 24 fonctionne selon une triple horloge, en français et en anglais 24 heures sur 24 et en arabe de 14 heures à minuit. De fait, il y avait jusqu'ici une certaine réticence à faire du "breaking news" comme on dit en franglish. Si l'on casse la grille en français, il faut aussi le faire en anglais, et désormais en arabe... On a donc mis en place ce qu'on appelle en radio "un bocal", c'est-à-dire un centre nerveux où sont regroupés les responsables des trois langues, qui prendront de concert la décision de chambouler les programmes pour laisser place à l'actualité en direct. Il faut savoir que les 260 journalistes de France 24 ne sont pas compartimentés par langue. Les rédactions sont physiquement imbriquées et certains journalistes français sont parfaitement bilingues et servent les deux fils.

Lepoint.fr : Mais pourquoi casser la grille dans les trois langues ? Ce qui se justifie dans une langue ne vaut pas forcément dans l'autre...
C. O. : Nous considérons qu'une actualité forte mérite de casser la grille dans les trois langues. Il est très rare qu'une information soit trop franco-française au point de ne pas intéresser les anglophones. Cela pose parfois problème : le jour de la mort d'Alain Bashung, par exemple. C'était bien sûr la une du JT francophone. Mais les "anglo" ne savaient même pas qui il était... Nous l'avons quand même traité en troisième ou quatrième titre dans nos JT anglophones. Le même jour, Liam Neeson perd son épouse qui était aussi la fille de Vanessa Redgrave. Pour les "anglo", c'est l'ouverture du JT. Les francophones ne savaient pas qui elle était... Nous essayons le plus possible de fonctionner sans ligne de démarcation nationale. 

Même pour les débats ?
C. O. : Oui. Là aussi, il y a des exceptions. Par exemple, en pleine guerre de Gaza, nous avions sur le fil francophone un débat sur les prisons françaises. Ça n'avait pas de sens, à ce moment-là, pour les populations arabes. Donc, on s'est écarté du parallélisme. Ce fil arabophone est important dans la mesure où France 24 est la seule chaîne qui propose de débattre de certains thèmes qu'on ne trouvera jamais sur les chaînes arabes. Il ne s'agit pas non plus de tomber dans la provocation. Mais simplement montrer que tout se discute...

L'audience de RFI et de France 24 fait débat. Avez-vous réformé les outils d'audience ?
C. O. : Nous avons lancé un appel d'offres global pour mesurer à la fois RFI et France 24. TNS Sofres l'a emporté. Les premiers résultats de l'étude Sofres-Africascope sont tombés sur Dakar. Bonne nouvelle pour RFI dont la grille a été modifiée. Après des années de baisse, RFI repart à la hausse en passant de 14 à 15,5 % de part d'audience. Sur Dakar, RFI remonte de la 5e à la 3e place derrière deux stations locales. C'est encourageant. Nous attendons les résultats d'audience à Abidjan, Kinshasa et Ouagadougou d'ici trois semaines.

Néanmoins, RFI est en grève...
C. O. : La grève n'arrange rien. C'est d'ailleurs assez compliqué d'expliquer aux auditeurs, tout d'abord, ce qu'est une grève et comment une grève suivie par 3,6 % du personnel, comme vendredi dernier, pouvait bloquer l'antenne. En fait, les grévistes sont ceux qui contrôlent la diffusion. Évidemment, certains salariés, non grévistes mais qui soutiennent le mouvement, ne se sont pas privés de descendre au Festival de Cannes, de réaliser des reportages, d'enregistrer des débats en sachant pertinemment que tout ce travail ne serait jamais diffusé. Je ne trouve pas cela très élégant pour les invités qu'on a dérangés...

La justice a suspendu votre plan social...
C. O. : Nous avons perdu un référé et nous en avons gagné trois autres. On va bien entendu suivre scrupuleusement la décision des juges. Malheureusement, ces procès font durer la souffrance des personnels à qui l'on ne peut pas, en attendant, proposer les mesures d'accompagnement qui pourraient les intéresser. En l'occurrence, dans ce procès perdu, la cour d'appel a estimé que la direction de RFI devait informer le comité d'entreprise du contrat d'objectif et de moyens négocié avec l'État. Il nous est difficile d'informer le comité d'entreprise à propos d'un contrat en cours de négociation et qui ne le concerne qu'en partie. Il le sera en temps voulu lorsque nous aurons finalisé cette négociation.

Pourquoi avoir mis fin à la collaboration d'Ulysse Gosset avec France 24 (par ailleurs candidat malheureux à la présidence de la chaîne LCP-AN) ?
C. O. : Vous savez que tout cela s'est fait avant que je prenne mes fonctions. C'est la décision d'Alain de Pouzilhac qui, je crois, s'est fondé sur des études d'image et d'audiences. En outre, Ulysse Gosset possédait une clause dans son contrat qui lui permettait de retrouver un emploi à France Télévisions. Il n'y avait donc pas de "casse sociale" le concernant. Enfin, comme vous le savez aussi, Ulysse Gosset était arrivé à France 24 comme directeur de la rédaction. Fonction qu'il n'occupait plus, moyennant quoi on lui avait confié l'animation d'un talk show. Il possédait donc un salaire important qui ne correspondait plus à ses fonctions. J'imagine que cela a pesé dans la décision.

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