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En pleine tempête sociale à RFI, Christine Ockrent,
qui dirige également France 24, imprime peu à peu sa "touch" sur
l'audiovisuel extérieur de la France. Après RFI, la "reine
Christine" modifie la grille de France 24 à compter du mardi 19 mai.
Entretien avec celle qui voudrait faire oublier qu'elle partage la
vie de Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française.
Pourquoi changer la grille de France 24 ?
Christine Ockrent : Une étude TNS Sofres de novembre 2008
a fait notamment apparaître le besoin de renforcer notre tranche du
soir à l'international. Donc, entre 19 heures et minuit, nous allons
incarner la grille par des journalistes qui feront le lien entre les
présentateurs de JT, les chroniqueurs et les animateurs de débats.
La grille prendra une teinte plus conviviale. Les magazines seront
mieux introduits. Et puis, nous allons pouvoir faire plus de direct
et autant de grands reportages, notre marque de fabrique. Je précise
que cette nouvelle grille est complètement autofinancée grâce aux
économies que nous ont procurées la relance des appels d'offres sur
les magazines auprès des producteurs extérieurs. D'ailleurs, nous
avons décidé de produire les magazines de santé et d'environnement
en interne.
Dans quels domaines allez-vous renforcer la
grille ? C. O. : L'étude a montré certaines carences.
Nous allons donc faire plus d'économie, plus de sport, plus de météo
et plus de débats.
Comment piloter une chaîne qui fait du
direct en trois langues ? C. O. : France 24
fonctionne selon une triple horloge, en français et en anglais 24
heures sur 24 et en arabe de 14 heures à minuit. De fait, il y avait
jusqu'ici une certaine réticence à faire du "breaking news" comme on
dit en franglish. Si l'on casse la grille en français, il faut aussi
le faire en anglais, et désormais en arabe... On a donc mis en place
ce qu'on appelle en radio "un bocal", c'est-à-dire un centre nerveux
où sont regroupés les responsables des trois langues, qui prendront
de concert la décision de chambouler les programmes pour laisser
place à l'actualité en direct. Il faut savoir que les 260
journalistes de France 24 ne sont pas compartimentés par langue. Les
rédactions sont physiquement imbriquées et certains journalistes
français sont parfaitement bilingues et servent les deux fils.
Lepoint.fr : Mais pourquoi casser la grille dans les
trois langues ? Ce qui se justifie dans une langue ne vaut pas
forcément dans l'autre... C. O. : Nous considérons
qu'une actualité forte mérite de casser la grille dans les trois
langues. Il est très rare qu'une information soit trop
franco-française au point de ne pas intéresser les anglophones. Cela
pose parfois problème : le jour de la mort d'Alain Bashung, par
exemple. C'était bien sûr la une du JT francophone. Mais les "anglo"
ne savaient même pas qui il était... Nous l'avons quand même traité
en troisième ou quatrième titre dans nos JT anglophones. Le même
jour, Liam Neeson perd son épouse qui était aussi la fille de
Vanessa Redgrave. Pour les "anglo", c'est l'ouverture du JT. Les
francophones ne savaient pas qui elle était... Nous essayons le plus
possible de fonctionner sans ligne de démarcation
nationale.
Même pour les débats ? C. O.
: Oui. Là aussi, il y a des exceptions. Par exemple, en pleine
guerre de Gaza, nous avions sur le fil francophone un débat sur les
prisons françaises. Ça n'avait pas de sens, à ce moment-là, pour les
populations arabes. Donc, on s'est écarté du parallélisme. Ce fil
arabophone est important dans la mesure où France 24 est la seule
chaîne qui propose de débattre de certains thèmes qu'on ne trouvera
jamais sur les chaînes arabes. Il ne s'agit pas non plus de tomber
dans la provocation. Mais simplement montrer que tout se discute...
L'audience de RFI et de France 24 fait débat. Avez-vous
réformé les outils d'audience ? C. O. : Nous avons
lancé un appel d'offres global pour mesurer à la fois RFI et France
24. TNS Sofres l'a emporté. Les premiers résultats de l'étude
Sofres-Africascope sont tombés sur Dakar. Bonne nouvelle pour RFI
dont la grille a été modifiée. Après des années de baisse, RFI
repart à la hausse en passant de 14 à 15,5 % de part d'audience. Sur
Dakar, RFI remonte de la 5e à la 3e place derrière deux stations
locales. C'est encourageant. Nous attendons les résultats d'audience
à Abidjan, Kinshasa et Ouagadougou d'ici trois semaines.
Néanmoins, RFI est en grève... C. O. : La
grève n'arrange rien. C'est d'ailleurs assez compliqué d'expliquer
aux auditeurs, tout d'abord, ce qu'est une grève et comment une
grève suivie par 3,6 % du personnel, comme vendredi dernier, pouvait
bloquer l'antenne. En fait, les grévistes sont ceux qui contrôlent
la diffusion. Évidemment, certains salariés, non grévistes mais qui
soutiennent le mouvement, ne se sont pas privés de descendre au
Festival de Cannes, de réaliser des reportages, d'enregistrer des
débats en sachant pertinemment que tout ce travail ne serait jamais
diffusé. Je ne trouve pas cela très élégant pour les invités qu'on a
dérangés...
La justice a suspendu votre plan
social... C. O. : Nous avons perdu un référé et nous
en avons gagné trois autres. On va bien entendu suivre
scrupuleusement la décision des juges. Malheureusement, ces procès
font durer la souffrance des personnels à qui l'on ne peut pas, en
attendant, proposer les mesures d'accompagnement qui pourraient les
intéresser. En l'occurrence, dans ce procès perdu, la cour d'appel a
estimé que la direction de RFI devait informer le comité
d'entreprise du contrat d'objectif et de moyens négocié avec l'État.
Il nous est difficile d'informer le comité d'entreprise à propos
d'un contrat en cours de négociation et qui ne le concerne qu'en
partie. Il le sera en temps voulu lorsque nous aurons finalisé cette
négociation.
Pourquoi avoir mis fin à la collaboration
d'Ulysse Gosset avec France 24 (par ailleurs candidat malheureux à
la présidence de la chaîne LCP-AN) ? C. O. : Vous
savez que tout cela s'est fait avant que je prenne mes fonctions.
C'est la décision d'Alain de Pouzilhac qui, je crois, s'est fondé
sur des études d'image et d'audiences. En outre, Ulysse Gosset
possédait une clause dans son contrat qui lui permettait de
retrouver un emploi à France Télévisions. Il n'y avait donc pas de
"casse sociale" le concernant. Enfin, comme vous le savez aussi,
Ulysse Gosset était arrivé à France 24 comme directeur de la
rédaction. Fonction qu'il n'occupait plus, moyennant quoi on lui
avait confié l'animation d'un talk show. Il possédait donc un
salaire important qui ne correspondait plus à ses fonctions.
J'imagine que cela a pesé dans la décision.
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