Dernière mise à jour le 30/10/2009 à 23h03 TU |   AVEC LE POINT.FR PAR EMMANUEL BERRETTA                                      Share/Bookmark
Guerre des syndicats à RFI

Le conflit social qui perdure à RFI se double d'une lutte entre deux fronts syndicaux : d'un côté, la CFDT, syndicat réformiste, et de l'autre une intersyndicale intransigeante qui va du SNJ à la CGT (celle des journalistes et celle des techniciens), en passant par FO. Tout en étant opposée au plan social, la CFDT, principal syndicat, a accepté de discuter avec Alain de Pouzilhac, le patron de RFI, des modalités du plan de départs volontaires. L'intersyndicale, quant à elle, a toujours refusé tout dialogue et multiplié les recours en justice contre la volonté de la direction de supprimer 201 postes correspondant à la fermeture de six langues (allemand, polonais, serbo-croate, albanais, turc et laotien). Pas plus tard que jeudi, l'intersyndicale a d'ailleurs décidé de saisir le Conseil d'État en référé...

Néanmoins, depuis mercredi, le plan de départs volontaires est ouvert. Quelle était la meilleure façon de défendre les salariés de RFI ? On le saura dans un mois. Si le nombre de volontaires est suffisant, on pourra dire que la CFDT a plutôt bien fait de privilégier cette voie. Si, en revanche, les volontaires ne sont pas très nombreux, la voie du rapport de force pure et dure de l'intersyndicale traduisait, bien mieux, la volonté des salariés.

"Bientôt, on sera accusé du génocide cambodgien" (CFDT)

En attendant, le niveau de haine a atteint un point de non-retour et fait peser sur la boîte un climat très lourd. Dimanche 25 octobre, l'intersyndicale s'est ainsi fendue d'un communiqué assassin contre la CFDT qualifiée de "traître". "À force de pratiquer la cogestion, la CFDT-RFI a fini par basculer de l'autre côté du cheval", assène ce tract accusateur. "On ne leur répond pas depuis le début du conflit", rétorque Marc Thiébault, représentant de la CFDT. On nous donne du "traître", du "collabo", bientôt, on sera accusé du génocide cambodgien !" La CFDT pointe néanmoins du doigt les diverses positions adoptées par l'intersyndicale. "Au départ, elle voulait le retrait du plan social pur et simple. Puis, elle a voulu "un autre plan social" différent de celui de la direction. Ensuite, elle a souhaité que la direction ouvre un guichet de départs, puis des départs volontaires, mais pas les mêmes que nous... Mais dans tous les cas de figure, l'intersyndicale ne souhaitait pas se mettre à la table des négociations. Nous, on ne met pas la tête dans le sable. RFI avait besoin d'être réformée, notamment son système de langues."

À l'heure actuelle, l'état des forces en présence est le suivant : sur 52 élus du personnel, la CFDT dispose de 23 représentants. C'est beaucoup, mais pas suffisant pour atteindre la majorité. Dans le détail, la CFDT compte 11 membres, dont 6 suppléants. Parmi les délégués du personnel, 12 sont CFDT (dont 6 suppléants). L'intersyndicale, majoritaire, continue donc à maintenir la pression judiciaire sur le tandem Pouzilhac-Ockrent. Sa plus grande victoire fut obtenue, fin septembre, devant la cour d'appel de Paris. Ce jour-là, les juges ont amputé le plan social de l'un de ses volets essentiels : il instituait un critère de langues chez les journalistes. Ce critère, jugé discriminatoire, avait pour objectif de protéger les journalistes français par rapport à leurs collègues étrangers. Cette protection a sauté. Si bien que l'intersyndicale a obtenu que soit détruit le plan stratégique de modernisation des langues imaginé par Alain de Pouzilhac...

SOURCE:LE POINT.FR

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