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Le 6 décembre, la chaîne fêtera ses 3 ans. La
CNN à la française tente de se faire une place au sein d’un marché
fort disputé et qui lorgne de plus en plus vers
l’Afrique.
France24 : 3 questions à Cyril
Blet
Auteur de Une voix
mondiale pour un État, France 24, 2008, L’Harmattan.
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France 24 peut-elle être
rentable ?
Cyril Blet : Le marché est extrêmement
compétitif. Toute une série de nouvelles chaînes ont émergé
depuis 2005. Le problème de rentabilité ne se pose pas qu’à
France 24 mais à toutes. La rentabilité n’est d’ailleurs
pas un but en soi pour ces chaînes qui transmettent d’abord
une vision spécifique de l’actualité internationale, en lien
avec leur État. Hormis ses dirigeants, personne n’a jamais dit
de CNN International qu’elle était rentable. C’est CNN, la
maison mère, qui fait des profits, permettant son
développement. Les difficultés de ce marché expliquent
l’engagement financier des États dans ces chaînes
mondiales.
Que pensez-vous des critiques sur l’opacité du
budget de la chaîne ?
La remarque vaut pour toutes les chaînes. BBC World, par
exemple, bénéficie du réseau de journalistes du groupe. D’où
la difficulté à mesurer l’apport du Royaume-Uni à son budget.
Cela étant, la France figure parmi les quatre États allouant
le plus de ressources à leur audiovisuel extérieur. Hormis la
dotation de l’État, les revenus de France 24 sont
insignifiants, n’atteignant aujourd’hui pas plus de 2 %
de ses recettes. Mais elle a toujours affiché une volonté de
rentabilité, garante en quelque sorte de son indépendance
vis-à-vis de l’État et donc de la crédibilité de son
information.
Qu’est-ce qui coûte le plus cher à ces chaînes
internationales ?
D’abord, une distribution efficace dans plusieurs régions
du monde a un coût, considérable pour une chaîne mondiale.
Ensuite, envoyer des journalistes sur le terrain et constituer
un réseau dense de correspondants permanents est un
investissement que seule CNN International a continué de
développer ces dernières années. Enfin, lancer une nouvelle
langue de diffusion a aussi un coût. Mais augmenter le budget
ne garantit pas le succès de l’audience. La chaîne la plus
regardée en Europe et au Moyen-Orient est Euronews, avec des
programmes en huit langues, une chaîne au budget low cost avec
juste 48 millions d’euros en
2008. | A l’orée de son troisième
anniversaire, France 24 est anxieuse. Le 26 septembre, la
chaîne d’information internationale a tenu son premier conseil
d’administration depuis qu’elle est passée sous le giron du holding
Audiovisuel extérieur de la France (AEF, qui réunit aussi TV5 et
RFI), qui devrait avoir permis de faire un bilan d’étape. Et,
surtout, France 24 joue gros : les tractations autour de son Contrat
d’objectifs et de moyens (CMO), c’est-à-dire les grandes lignes de
sa stratégie pour 2009-2014, sont sur le point de se dénouer dans
les coulisses de Bercy, au cœur du ministère des Finances. « Les
conclusions seront rendues dans les prochaines semaines, confie
Christine Ockrent, déléguée générale de la chaîne. Mais je ne peux
en révéler la teneur. » Hormis les deux priorités que la direction
de la chaîne s’est fixées pour 2010 : poursuivre le développement de
la diffusion en langue arabe, pour passer de dix à quinze heures par
jour. Et, surtout, étendre la distribution de la chaîne : «
Jusqu’ici, France 24 n’a pas eu les moyens d’être mondiale, juge
Christine Ockrent. Mais nous allons nous déployer en Amérique du
Nord et en Asie. » La chaîne continue donc d’afficher ses ambitions
planétaires. Mais en aura-t-elle les moyens ?
Des audiences à la hausse
À France 24, on n’aime guère parler chiffres.
Christine Ockrent préfère évoquer les grandes lignes stratégiques en
quelques phrases. Difficile donc de connaître le détail des comptes.
Mais, tempère Cyril Blet, auteur d’un ouvrage sur France 24, toutes
les chaînes internationales gardent jalousement leurs chiffres,
jugés « stratégiques ». « Nous sommes un peu paranos, c’est vrai »,
s’en amuse un commercial de la chaîne. Plutôt que parler argent,
France 24 préfère discuter performances au Maghreb (+ 8 points de
notoriété en 2009). Au Sénégal, au Gabon et en Côté d’Ivoire,
notamment, elle supplante BBC World, CNNI et Al-Jazira. Quant au
Moyen-Orient et à l’Europe, l’étude menée en septembre 2009 par
l’institut EMS, autorité en la matière, classe pour l’instant France
24 en queue du classement, avec Euronews en tête, qui a lancé son
service arabophone en juillet 2008.
En fait, le seul chiffre avéré est le montant de la
dotation étatique – soumise au contrôle du Parlement : 90,5 millions
d’euros en 2009, en hausse par rapport à 2008 (88,5 millions) et
2007 (86 millions). À combien s’élèvera la rallonge en 2010 ? Pour
l’heure, mystère. « Nous espérons une hausse de la subvention »,
confie Christine Ockrent, qui reconnaît que « le développement de la
distribution va coûter cher ». Le rapport présenté au Parlement
français en juillet 2008 estime la subvention pour 2010 à 125
millions d’euros, sur un budget total de 133 millions – l’équivalent
du budget de RFI en 2008 – soit une progression de quelque 37
millions en trois ans.
De son côté, France 24, sans pour autant vouloir en
révéler le détail, préfère mettre l’accent sur le développement de
ses ressources propres… « Une goutte d’eau », de l’avis de François
Mariet, professeur en gestion des médias à l’université française
Paris-Dauphine, qui pèse pour « moins de 2 % de ses recettes », à en
croire Cyril Blet, bien loin de l’autofinancement à hauteur de 40 %
que vise « à terme » la direction de la chaîne. L’objectif est
ambitieux. À titre de comparaison, les recettes propres de la BBC
atteignent à peine 17 % du total de ses recettes.
France 24 s’est bien dotée d’une régie propre, avec sa
filiale France 24 Advertising. Selon un document comptable
confidentiel, « le chiffre d’affaires [de la régie publicité]
s’élève à 3,5 millions d’euros » en 2008. Il a tout de même doublé
par rapport à 2007, mais demeure en deçà (– 31 %) des objectifs
fixés. C’est que le marché publicitaire, déjà affecté par la crise,
se limite pour les chaînes internationales aux seules marques
mondiales (banques, groupes hôteliers, constructeurs automobile,
compagnies aériennes, marques de luxe…) ont intérêt à faire
campagne. Shell, Total, Dexia, Lexus, Accor et… l’Office du tourisme
de Grèce ont ainsi été les plus gros annonceurs de France 24 en
2008. « Le profil de nos annonceurs est plus varié sur Internet, qui
offre des possibilités de décrochage selon les pays », précise
Sébastien Marchand, l’un des responsables de la régie. Avec une
moyenne de 6,5 millions de visiteurs uniques par mois, (dont 42 %
d’internautes américains), France24.com est un atout maître dans la
montée en puissance de la chaîne. Autre priorité,
l’internationalisation du portefeuille d’annonceurs, dont 75 % sont
en France. La bataille sera rude : France 24 va devoir aller à
l’offensive des prés carrés de ses concurrentes anglo-saxonnes et
arabe, qui se disputent toutes le même profil d’annonceurs. « Le
marché de la publicité internationale, bien qu’en croissance sur le
long terme, reste encore faible », juge Cyril Blet.
Le poids de la crise
Avec des perspectives de ressources
insuffisantes d’un côté et des dépenses à la hausse de l’autre,
l’horizon budgétaire de France 24 relève de la quadrature du cercle.
Du coup, on traque les économies. Les correspondants de la chaîne,
non salariés, ont « le statut d’auto-entrepreneurs », souligne ainsi
Sabine Mellet, chef d’édition et déléguée syndicale de la chaîne.
Idéal pour compresser les frais de personnel, mais source de
précarité pour les correspondants. Fini aussi les duplex trois à
cinq fois par jour. Trop cher. « Une heure de duplex, c’est 7 000 à
8 000 euros », précise une source. On en fait moins, on préfère
payer un billet d’avion au correspondant pour le faire venir en
plateau. Les reportages des correspondants, achetés 1 000 euros
environ la minute, et les directs sur le terrain cèdent la place aux
liaisons téléphoniques ou aux invités experts qui se succèdent en
plateau, une carte du pays traité en fond d’écran. « L’antenne est
moins fournie qu’avant », juge un journaliste. « On fait parfois de
l’information low-cost », confirme l’un de ses collègues. Au service
Internet de France 24, un autre confie : « Mon travail consiste
surtout à réécrire des dépêches. » Le climat social est agité à
France 24. Turn-over important, horaires élastiques, temps d’antenne
à rallonge, montage des sujets… on demande beaucoup aux
journalistes. Et notamment de se débrouiller sans trop de moyens,
économies obligent. Signe d’un malaise entre la direction et la
rédaction, qui compte 280 journalistes, « il y a eu 11 licenciements
négociés et 30 partants qui ont fait jouer leur clause de cession
depuis un an », affirme Sabine Mellet. Sacré budget là aussi, sans
même parler du coût humain. Malgré ces écueils, la toute jeune
France 24 est en passe de réussir son pari : faire émerger une
chaîne d’information française et multilingue entre le mastodonte
CNN et la low-cost Euronews. France 24 cherche encore sa voie. Elle
l’a pour l’instant trouvée en Afrique francophone.

Sur Internet France24 est la 1ere TV
challenger de CNN et BBC, celle qui a aussi le plus de
succés à l'international
L'Afrique, coeur de cible
Dès son lancement, France 24 a eu l’Afrique et le
Moyen-Orient dans son viseur. Distribuée en priorité dans ces
régions, elle cherche à étendre sa couverture au-delà de la zone
francophone grâce à une diffusion en anglais. Avec l’arabe, elle
donne des « signes de proximité » aux téléspectateurs maghrébins et
moyen-orientaux, souligne François Mariet, professeur de gestion des
médias. De son côté, Christine Ockrent se plie volontiers au rôle de
VRP de France 24, avec une prédilection pour l’Afrique de l’Ouest où
elle a effectué plusieurs road shows : « À Dakar et à Abidjan,
France 24 est partout », dit-elle. Dans ces deux villes, la chaîne
se targue d’être « juste devant Euronews, et de faire mieux
qu’Al-Jazira et ses concurrentes anglo-saxonnes ». À Kinshasa,
cependant, elle concède avoir une couverture « deux fois inférieure
à celle d’Euronews » (étude Africascope, TNS Sofres, mai 2009).
Longtemps déconnectée de l’actualité internationale,
l’Afrique éveille à nouveau l’intérêt des chaînes, de plus en plus
nombreuses à y étendre leur distribution et à y consacrer une partie
de leur programmation. « La compétition s’intensifie », note Cyril
Blet, auteur d’un ouvrage sur France 24. Outre les poids lourds que
sont CNNI, BBC World, Euronews et Deutsche Welle, des chaînes
afrcaines se fraient un chemin, comme la sud-africaine SABC Africa.
Signal fort, la BBC World est même en voie de délocalisation à
Dakar.
SOURCE:JEUNE
AFRIQUE
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