Dès son arrivée, il
y a un an, la nouvelle direction a eu pour objectif de transformer
profondément RFI. Non pas pour la développer, mais pour la réduire à la
portion congrue. Plus de développement, plus de projet d’entreprise, mais
une seule obsession : tailler, sabrer….
Cela commença par une rupture unilatérale du contrat social. Tout comme
une ligne rédactionnelle, un contrat social ne fait jamais l’objet d’un
écrit, ce qui ne l’empêche pas d’exister. Il s’agit en fait d’un tissu
capillaire tramant la texture des relations sociales. Jusque là RFI avait
toujours été une entreprise où l’on se sentait bien parce que depuis
sa création, elle n’avait cessé d’aller de l’avant et que chacun était
associé à cette aventure collective. Le nouveau mot d’ordre fut : machine
arrière toute !
Afin de mettre RFI à leur main, nos réducteurs de têtes ont employé la
stratégie dite de l’électrochoc, consistant à plonger les salariés en état
de sidération et les syndicats en échec. Ce n’est donc pas simplement une
rupture du pacte social mais bel et bien une guerre qui a été déclenchée
en rase campagne, sans sommation.
La direction mène simultanément son offensive sur 3 fronts : les
licenciements, la remise à plat de la convention collective et le front
idéologique.
Dans toute guerre, la communication est une arme. Celle-ci donne lieu à
d’étranges manifestations. Dans sa propagande, la direction a tenté de
créer une novlangue. Elle parle de « modernisation » pour qualifier le
rétrécissement qu’elle nous impose. Elle n’emploie jamais le mot de «
licenciement » mais parle pudiquement de « départs contraints » ou de «
départs volontaires ». Elle ne ment pas seulement par omission mais aussi
par des affirmations comme celle prétendant qu’il y a eu une croissance
exponentielle de la masse salariale, parmi les arguments « économiques »
fabriqués pour justifier l’injustifiable.
Autre outil de communication pervers : les réunions de persuasion de la
direction. Elles ont pour objectif de faire intérioriser aux salariés la
nécessité d’un plan social, de les faire adhérer à leur licenciement, d’en
faire les acteurs bénévoles de leur propre malheur professionnel. La
méthode s’apparente à une tentative de lavage de cerveau express avec des
mantras se voulant hypnotiques du type « J’ai besoin de vous. Merci de
votre aide », et des arguments comme : « Est-ce qu’on veut être fier ? Les
gens qui ne veulent pas changer sont en train de vous prendre en otage.
C’est vrai que c’est un cap difficile. Mais il faut ramener la joie de
vivre à RFI. » Bref, ils veulent inoculer aux salariés le syndrome
de Stockholm que l’on constate dans certains cas de prise d’otages,
lorsque la victime sympathise avec la cause de ses persécuteurs. Les
participants ont ainsi la surprise de se retrouver infantilisés par les
gourous d’une nouvelle secte « Les adeptes du salarié nouveau » voulant
faire leur bonheur malgré eux. Derrière cette offensive idéologique
apparait la volonté d’imposer une culture d’entreprise renvoyant la
culture de service public aux oubliettes.
Face à cette agression multiforme, l’intersyndicale a su
résister, transformer le choc, infligé par cette direction à ses salariés,
en colère et en énergie. Elle a su recréer du lien et des
solidarités nouvelles.
