Le personnel de RFI s’est rassemblé
lundi soir à la mairie du 11e arrondissement de Paris pour présenter un
documentaire sur le plan social, qui prévoit la suppression de 206 postes.
Dans l’après-midi, la cour d’appel de Paris examinait les insuffisances de
ce plan social. « Si l’audience s’était passée pour nous comme elle
s’est passée pour la direction, je crois que certains, dans cette salle,
n’iraient pas bien », a déclaré dans la soirée Fiodor Rilov, un des
avocats du comité d’entreprise de RFI. Les 206 salariés sacrifiés par ce
plan de sauvegarde de l’emploi ne sont pas encore sauvés, loin de là.
« On ne peut pas spéculer sur les résultats d’une audience, mais la
communication est bien passée », a ajouté l’avocat.
Ce procès intervient alors que la direction ne souhaite en aucun cas
négocier avec les salariés, et ce depuis le début de la grève du 12 mai
dernier. C’est dire si les enjeux sont grands. Mais quand la communication
est à ce point impossible, il faut trouver des médiateurs, ce que demande
justement le personnel. Comme ultime provocation et mépris, les
techniciens grévistes sont immédiatement remplacés par des non-grévistes
depuis septembre. Et sur la vingtaine de pays où la radio émet, six
devraient être supprimés.
La peur des salariés demeure, car perdre ce procès pourrait être
synonyme de « généralisation des licenciements dans l’audiovisuel
public », selon le personnel, puisque les directions des chaînes
publiques sont entrées dans une logique du « moindre coût ».
« On voit ce que cela donne chez France Télécom », a ajouté un
salarié.
De plus, il est reproché à la direction de ne pas avoir pris en compte
les possibilités de reclassement des salariés, qui étaient initialement
prévues par le plan social. Et pour ceux qui ont échappé au licenciement,
le plus dur est peut-être à venir, comme les pressions et obligations de
rendement au quotidien alors que les effectifs sont réduits d’un quart.
Une dérive née d’un modèle économique qui n’intègre presque plus le
concept de service public. Pour preuve, c’est le seul plan social d’une
entreprise publique à 100 %. Sur le papier, la direction appelle cela
« un plan de modernisation ».
Alain de Pouzilhac, le PDG, n’avait pourtant eu de cesse de rappeler
que, durant ce plan social de trois ans, « des emplois seraient
créés », que la récente holding qui regroupait France 24, TV5 Monde
et RFI était « une véritable opportunité pour gagner de
l’audience ». Cette holding, AEF, qui répartit les subventions,
établit une hiérarchie dans l’importance qu’elle donne à ses chaînes, sous
l’impulsion de Christine Ockrent, la directrice générale. Et RFI fait
figure de mauvais élève. « C’est une morgue dont les cadavres ne
veulent pas quitter leurs tiroirs », avait-elle déclaré.
Des parlementaires soutiennent la radio depuis le début et le personnel
reconnaît qu’ils leur ont donné une « visibilité » à l’Assemblée
nationale. La cour d’appel de Paris rendra son verdict le 28 septembre
prochain. Ce conflit est le plus long de l’audiovisuel public depuis mai
1968.
