Le vendredi 10 juillet 2009 vers 13h45, l’Assemblée Générale des
personnels de RFI a voté la poursuite du mouvement social initié le 12 mai
dernier et, lors d’un vote séparé, la suspension du mouvement jusqu’à la
rentrée, afin de ne pas pénaliser les CDD et les pigistes qui remplacent
les personnels en CDI qui partent en congés d’été.
Le même jour à 14h03, donc une vingtaine de minutes plus tard, la
Direction de RFI a envoyé à tous les personnels de l’entreprise un long
communiqué qui a retenu toute notre attention, mais qui comprend beaucoup
d’éléments très étonnants, qui ont sans doute pour l’origine une extrême
précipitation dans laquelle ce communiqué a dû être rédigé, à en juger par
le temps très court qui sépare sa publication des votes de l’Assemblée
Générale.
Nous y relevons, en particulier, des contrevérités, des affirmations
sans fondement et quelques expressions de fausse naïveté:
- Contrairement aux affirmations contenues dans la première phrase du
communiqué de la Direction, l’Intersyndicale n’a pas pris la décision de «
lever le mouvement de grève ». Elle a proposé à l’AG de le suspendre
temporairement pour de raisons bien précises et pour une période
clairement définie. La Direction est parfaitement au courant des détails
de cette décision. Malgré cela, elle tente de déformer la réalité en
parlant de la « levée » du mouvement de grève et en laissant entendre tout
au long du communiqué qu’il s’agirait de sa fin
définitive, comme si
une solution finale au conflit était déjà trouvée et acceptée par
tous.
Cette attitude ne nous paraît pas témoigner d’une grande capacité de la
Direction à comprendre ce qui se passe réellement dans l’entreprise et à
faire preuve du respect dû aux personnels et aux partenaires sociaux.
- Selon le communiqué de la Direction, « les ¾ des auditeurs ont réagi
de manière très critique» à la grève à RFI. Ce chiffre étant cité dans un
communiqué officiel, la Direction est certainement en mesure d’apporter
les preuves tangibles de ce qu’elle affirme. L’auditoire global de RFI
étant estimé à environ 45 millions de personnes, nous demandons à la
Direction de bien vouloir nous indiquer l’endroit où elle a stocké environ
33,75 millions de lettres, de courriels et/ou de témoignages sonores qui
illustrent la réaction « très critique » qu’elle évoque dans son
communiqué. Dans l’hypothèse d’une éventuelle incapacité de la Direction
de le faire, nous serions en droit de considérer son communiqué comme peu
sérieux. Toutes les autres affirmations contenues dans le texte s’en
trouveraient automatiquement sujettes à caution.
- Voir la Direction se lamenter du coût de la grève est purement et
simplement déconcertant. C’est comme si les auteurs du communiqué était
nés hier et découvraient la réalité du monde du travail en général et de
leur entreprise en particulier. Les professionnels d’un tel niveau
devraient quand même savoir que la grève est un outil de défense des
intérêts des salariés dont la nature même consiste à engendrer les coûts
pour l’entreprise, pour ses clients ou pour son public, mais aussi et
surtout pour les salariés eux-mêmes. C’est pourquoi ceux-ci y ont
d’habitude recours quand ils ne voient pas d’autres possibilités de se
défendre. Les responsables de chaque entreprise doivent savoir gérer de
telles situations. Une Direction qui n’est pas en mesure d’arriver à un
accord de sortie de grève et qui laisse traîner et s’amplifier un tel
mouvement pendant 2 mois, se disqualifie sur le plan purement
professionnel. Surtout quand elle se contente ensuite de lamentations sur
les pertes qu’elle aurait pu facilement éviter en se mettant à négocier
avec plus de sérieux.
Ainsi, quand on voit la Direction se déclarer prête à « mettre en place
une ligne stratégique », on a vraiment du mal à se sentir rassuré. S’il
s’agit d’une ligne aussi cohérente, professionnelle et sincère que le
communiqué du 10 juillet 2009, on peut malheureusement craindre le
pire.
Paris 13 Juillet 2009