Service public . La radio monde, rattachée à la holding
Audiovisuel extérieur de la France (AEF) depuis le 5 juin, vit sa
cinquième semaine de grève.
Julio Féo se souvient de ce jour d’octobre 2008 où Ingrid
Betancourt est venue remercier chaque journaliste de la rédaction Amérique
latine de RFI. Pendant sa captivité dans la jungle colombienne, RFI était
son seul lien avec l’extérieur. Et de tous, elle se souvenait. Des noms,
des émissions… « C’était vachement émouvant » raconte Julio, responsable
d’édition à l’info pendant trente ans et critique de cinéma. Et puis la
photo était belle, Alain de Pouzilhac, PDG de l’Audiovisuel extérieur de
la France, et Christine Ockrent, la numéro 2, n’avaient pas de mots assez
doux pour féliciter le travail de la rédaction.
Trois mois plus tard, c’est le coup de massue : le 15 janvier,
un plan social est annoncé avec la suppression de 206 postes sur un
millier que compte RFI. La rédaction Amérique latine devrait être amputée
de onze postes sur trente-six. Et six rédactions sont appelées à
disparaître purement et simplement. L’allemande, l’albanaise, la
polonaise, la serbo-croate, la turque et la laotienne.
Une grève illimitée
Pour la première fois de son histoire, RFI est soumise à un
plan social qui devrait toucher tous les services. Depuis le 12 mai, son
antenne est perturbée par une grève illimitée. Elle en est à sa cinquième
semaine. Et contrairement à certaines affirmations, cette grève n’est pas
minoritaire. Elle est organisée bien sûr, des techniciens bloquent les
antennes et une caisse de solidarité leur assure pour l’instant le manque
à gagner. Mais les élections au conseil d’administration du 4 juin
dernier, remportées à 62 % par l’intersyndicale (SNJ, FO, SNRT-CGT et
SNJ-CGT) qui mène la grève, confirme un large soutien des salariés.
Certains d’entre eux réclamaient une radicalisation du mouvement en
assemblée générale lundi 8 juin. La CFDT, la CFTC et la CGC ont accepté
pour leur part d’entamer des discussions sur les conditions de départ des
salariés. Or, la cour d’appel de Paris, saisie par le CE de RFI, a
suspendu le plan social le 12 mai dernier et réclame davantage
d’informations sur la mise en place de la holding. Le juge doit se
prononcer le 17 juin prochain.
Un immense gâchis
Beaucoup le reconnaissent, la menace d’un plan social planait
depuis des années. Tantôt RFI était traitée de ringarde. Ses rédactions
étrangères jugées inutiles. D’autres, s’indignaient publiquement de faire
payer la redevance pour les étrangers. Et puis une rédaction allemande
depuis la chute du mur de Berlin, ça sert à quoi ?
« Au-delà de la peur viscérale de perdre son emploi », confie
Damien Houles, responsable du pôle magazine Afrique, c’est bien de mépris
et d’humiliation dont souffrent les professionnels de RFI.
Depuis le 5 juin dernier, leur radio est intégrée à la holding
AEF avec TV5 et France 24. Cette dernière, créée en 2006, a recruté 400
personnes. Comment ne pas voir, dans la création de cette chaîne
d’informations internationales diffusée en Français à l’étranger, une
occasion d’affaiblir RFI ? Pourquoi cette holding de promotion de la
France à l’étranger ne s’est-elle pas construite avec RFI, en s’appuyant
sur des décennies de savoir-faire et de compétences ?
En visitant les rédactions appelées à fermer, c’est le
sentiment d’un immense gâchis qui domine. Pourtant, pousser la porte des
journalistes roumains, et c’est la révolution de 1989 qui remonte en peine
figure. À l’époque, on se mettait à genoux devant ces Roumains
francophiles qui hurlaient leur joie d’être libres. Quant à l’amitié
franco-allemande, elle reste en travers de la gorge d’Anne-Catherine,
Siegfried et Günter. L’Allemagne sur RFI, ça ne compte
plus.