Holding AEF,
Audiovisuel Extérieur de la France : une histoire
tortueuse
Le projet de la création d’une société mixte
radio, télévision, multimédia de l’audiovisuel extérieur
public
est ancien, puisque le projet avait été évoqué ou lancé dès
1987.
En 1997, c’est
le Président de RFI, à l’époque, Jean Paul Cluzel qui à
la demande des tutelles en propose la première
mouture :Téléfi. Ce projet était bien sûr compris
comme une extension naturelle de RFI, chaîne internationale de grande
expérience, associée à d’autres opérateurs publics de
télévision.
Quelques années et quelques tergiversations plus tard,
nous sommes en..
2002 quand
une mission qui regroupe de nombreux parlementaires dirigée par François
Rochebloine, député UDF de la Loire, est chargée d’élaborer un nouveau
projet. En 2003 le rapport est prêt, il propose lui aussi d’associer
dans CFII (Chaîne française d’informations
internationales), l’ensemble des acteurs publics RFO,
RFI, TV5, et L’AFP.
2004 Coup de
théâtre, lorsque survient un nouveau rapport, celui du député Bernard
Brochand qui suggère pour la première fois d’introduire un acteur
privé TF1, du groupe privé Bouygues, au côté de France Télévision, en
écartant de l’ensemble RFI, l’opérateur historique, pourtant fort de son
expérience de 50 ans à l’international.
Un projet qui déclenche un concert de protestations des
sociétés de l’audiovisuel extérieur qui ne comprennent pas qu’on les
tienne à l’écart du projet, mais également de la part de tous les
parlementaires co-auteurs du rapport Rochebloine, méfiants vis-à-vis de
cette structure publique/ privée, et qui ne comprennent pas que l’on fasse
si peu de cas de leur rapport circonstancié et des mois de travail qu’ils
lui ont consacré.
La mauvaise humeur des parlementaires va s’exprimer
dans leur refus, pendant plusieurs années, de voter les crédits pour cette
chaîne hybride. Un refus soutenu par le ministre des Affaires
étrangères de l’époque, M. Barnier, qui ne veut pas que le budget des
Affaires étrangères, qui cofinance l’audiovisuel extérieur, supporte
ce projet hétéroclite.
Il faudra en 2006 un appui de
très haut niveau et un financement spécial du Premier Ministre pour
qu’enfin France 24 voie le jour. Une société détenue donc
à 50/ 50 par TF1 et France Télévision, même si TF1 n’apporte aucun capital
propre à l’entreprise. Malgré les réserves de Patrick de Carolis, PDG de
France Télévision, c’est donc cette société qui va démarrer
ex-nihilo fin 2006 en recrutant plus de 400
collaborateurs en quelques semaines. Des personnels avec des
statuts divers et fragiles.
RFI est là encore soigneusement
écartée de cette création. Cela malgré les efforts
de M. Antoine Schwarz devenu à l’époque le PDG de RFI. Aucune synergie,
aucune proposition de mobilité pour les personnels de RFI, aucun appel aux
expériences et aux compétences, aucun projet commun. France 24 se
contentera de coloniser, sans aucun accord formel avec RFI, le
réseau unique de correspondants que la radio avait mis en place depuis des
années dans le monde entier.
2008,
changement d’époque. Naissance de l’AEF, l’Audiovisuel Extérieur de
la France. En préalable France Télévision et TF1 sont sortis
(moyennant dédommagements : pour TF1, la mise de départ était
de 17500 €, multipliée par 113 pour partir 3 ans plus tard !) du
capital de France 24. Un accord incroyable est pourtant signé au terme
duquel l’AEF, société publique (qui n’est alors pas alors encore
formellement créée) s’engage à acheter annuellement à TFI
1,7 millions d’euros d’images et cela pour une durée de 7 ans.
Par contre, toujours aucun projet, aucune
synergie, aucune offre de mobilité ou de formation au titre de cette
mobilité entre les sociétés France 24 et RFI.
M. De Pouzilhac PDG de l’AEF, répète d’ailleurs à
l’envie qu’il s’agit bien d’une Holding, mais surtout pas d’une fusion.
Donc pas de GPEC, cette Gestion
Prévisionnelle des Emplois et
Compétences, demandée en préalable par tous les
syndicats, et qui pourrait justement servir à mettre en œuvre ces
synergies et ces mobilités entre les sociétés.
Seul projet présenté comme un préalable
impératif, un plan social à RFI concernant
206 postes ETP(
équivalent temps plein), soit un nombre encore plus important d’employés
travaillant dans tous les services et dans toutes les langues.
Un plan social qui est une solution paresseuse pour une
direction qui trouve plus facile de licencier brutalement plutôt que de se
donner la peine et le temps d’étudier ses besoins futurs au regard
des personnels, des compétences et des formations à mettre en œuvre dans
le cadre de l’AEF.
Pour justifier ce plan les moyens les
plus démagogiques sont
employées :
1) Un déficit supposé de 9 millions d’euros que
la direction fait valser de semaines en semaines et dont les personnels
ont démontré qu’il était complètement artificiel : sous
capitalisation manifeste de la chaîne, aucune augmentation de budget
depuis des années, rétention par l’Etat en 2006 des économies faites dans
la renégociation de l’accord avec TDF ( le Diffuseur de RFI),
une provision qui représente près de
10,8 Millions d’euros ; annulation
de crédits en 2008, confiscation par les tutelles d’une provision de
225 Millions de francs constituée pour déménagement en 1991. En outre, le
plan social est annoncé alors que les comptes 2008 ne sont toujours pas
disponibles.
2) Autre axe de dénigrement : RFI serait
archaïque ? Comme toutes les sociétés RFI a considérablement évolué
ces dernières années : numérisation, nouvelles technologies, multimédia,
la chaîne et ses personnels ont bien évidemment suivi le mouvement, quoi
qu’en disent nos nouveaux dirigeants. Mais pour
dénigrer la société tout est bon de la part de la
direction qui est pourtant obligée d’admettre ce capital certifié
des 44 millions d’auditeurs de RFI, en face des 80 millions de
spectateurs annoncés comme « potentiels» par France
24. Une audience qui fait de RFI la première ou la
deuxième radio dans toutes les capitales africaines francophones avec des
taux d’écoutes de 20 à 30%. Cela tout en remplissant également d’autres
missions inscrites à son cahier des charges: francophonie, aide
multilatérale à la formation et à la coopération ; des missions
que seul un service public est à même de mettre en œuvre
et sur lesquelles pèsent les plus grandes
incertitudes.
Résultat donc de
ce gâchis : 400 personnes embauchées en
2006 dans France 24 et un plan social touchant
206 postes à RFI en
2009?
Cela alors qu’au plus haut de l’Etat on
fait mine justement de tout faire pour éviter les plans
sociaux. Mais il est vrai que l’on s’adresse à des firmes
privées… Il ne viendrait sans doute même pas à l’idée
de la droite d’avoir à préciser aux dirigeants d’entreprises
publiques qu’ils ne doivent pas engager
de tels plans dans la grave conjoncture actuelle?
Et concernant enfin la personnalité
de ses dirigeants…
M. de Pouzilhac était le PDG de France 24,
structure publique/ privée, finalement désavoué. Une personnalité qui est
administratrice de plusieurs sociétés dont une société de casinos et qui
vient de se voir accorder, un parachute doré de plus de 6
millions d’euros de la part de la société Havas dont il
était le PDG. Il bénéficie également d’une retraite
« complémentaire » de 32 600 € de la même Havas, son
précédent employeur.
Ce qui ne l’empêche pas de percevoir comme PDG de la
nouvelle AEF un salaire sans équivalent dans l’histoire de la radio
publique. M. de Pouzilhac qui pourtant n’hésite pas à tenter de
culpabiliser les personnels quant à leur responsabilité dans le déficit
hypothétique, serait rémunéré plus de 310 000 euros par an, et cela
seulement pour la part fixe.
Concernant la place de Mme Ockrent, le risque de
conflits d’intérêt que représentait sa nomination à la tête de
l’Audiovisuel Extérieur de la France en raison de ses attaches familiales
est un euphémisme. Une anomalie bien française qui serait impensable dans
la plupart des autres pays normalement démocratiques.