Dernière mise à jour le 06/08/2009 à 23h25TU | PAR LA REDACTION ET LE SECRETARIAT NATIONAL AUX SERVICES PUBLICS
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Holding AEF, Audiovisuel Extérieur de la France : une histoire tortueuse

Le projet de la création d’une société mixte radio, télévision, multimédia de l’audiovisuel extérieur public est ancien, puisque le projet avait été évoqué ou lancé dès 1987.

En 1997, c’est le  Président  de RFI, à l’époque, Jean Paul Cluzel  qui à la demande des tutelles en propose la première mouture :Téléfi. Ce projet était bien sûr compris comme une extension naturelle de RFI, chaîne internationale de grande expérience, associée à d’autres opérateurs publics de télévision.

Quelques années et quelques tergiversations plus tard, nous sommes en..

2002 quand une mission qui regroupe de nombreux parlementaires dirigée par François Rochebloine, député UDF de la Loire, est chargée d’élaborer un nouveau projet. En 2003 le rapport est prêt, il propose lui aussi d’associer dans CFII (Chaîne française d’informations internationales), l’ensemble des acteurs publics RFO, RFI, TV5, et L’AFP.

2004 Coup de théâtre, lorsque survient un nouveau rapport, celui du député Bernard Brochand  qui suggère pour la première fois d’introduire un acteur privé TF1, du groupe privé Bouygues, au côté de France Télévision, en écartant de l’ensemble RFI, l’opérateur historique, pourtant fort de son expérience de 50 ans à l’international.

Un projet qui déclenche un concert de protestations des sociétés de l’audiovisuel extérieur qui ne comprennent pas qu’on les tienne à l’écart du projet,  mais également de la part de tous les parlementaires co-auteurs du rapport Rochebloine, méfiants vis-à-vis de cette structure publique/ privée, et qui ne comprennent pas que l’on fasse si peu de cas de leur rapport circonstancié et des mois de travail qu’ils lui ont consacré.

La mauvaise humeur des parlementaires va s’exprimer dans leur refus, pendant plusieurs années, de voter les crédits pour cette chaîne hybride. Un refus soutenu par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, M. Barnier, qui ne veut pas que le budget des Affaires étrangères, qui cofinance  l’audiovisuel extérieur, supporte ce projet hétéroclite.

Il faudra en 2006 un appui de très haut niveau et un financement spécial du Premier Ministre pour qu’enfin France 24 voie le jour. Une société détenue donc à 50/ 50 par TF1 et France Télévision, même si TF1 n’apporte aucun capital propre à l’entreprise. Malgré les réserves de Patrick de Carolis, PDG de France Télévision, c’est donc cette société qui va démarrer ex-nihilo fin 2006 en recrutant plus de 400 collaborateurs en quelques semaines. Des personnels avec des statuts divers et fragiles. 

RFI est là encore soigneusement écartée de cette création. Cela malgré les efforts de M. Antoine Schwarz devenu à l’époque le PDG de RFI. Aucune synergie, aucune proposition de mobilité pour les personnels de RFI, aucun appel aux expériences et aux compétences, aucun projet commun. France 24 se contentera de coloniser, sans aucun accord formel avec RFI,  le réseau unique de correspondants que la radio avait mis en place depuis des années dans le monde entier. 

2008, changement d’époque. Naissance de  l’AEF, l’Audiovisuel Extérieur de la France. En préalable France Télévision et TF1 sont sortis  (moyennant dédommagements : pour TF1, la mise de départ était de 17500 €, multipliée par 113 pour partir 3 ans plus tard !) du capital de France 24. Un accord incroyable est pourtant signé au terme duquel l’AEF, société publique (qui n’est alors pas alors encore formellement créée) s’engage à acheter annuellement à TFI 1,7 millions d’euros d’images et cela pour une durée de 7 ans.

Par contre, toujours aucun projet, aucune synergie, aucune offre de mobilité ou de formation au titre de cette mobilité entre les sociétés France 24 et RFI.

M. De Pouzilhac PDG de l’AEF, répète d’ailleurs à l’envie qu’il s’agit bien d’une Holding, mais surtout pas d’une fusion. Donc pas de GPEC, cette Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences, demandée en préalable par tous les syndicats, et qui pourrait justement servir à mettre en œuvre ces synergies et ces mobilités entre les sociétés. 

Seul projet  présenté comme un préalable impératif, un plan social à RFI concernant 206 postes ETP( équivalent temps plein), soit un nombre encore plus important d’employés travaillant dans tous les services et dans toutes les langues.  

Un plan social qui est une solution paresseuse pour une direction qui trouve plus facile de licencier brutalement plutôt que de se donner la peine et le temps d’étudier ses besoins futurs au regard des personnels, des compétences et des formations à mettre en œuvre dans le cadre de l’AEF.

Pour justifier ce plan les moyens les plus démagogiques sont  employées :  

1) Un déficit supposé de 9 millions d’euros que la direction fait valser de semaines en semaines et dont les personnels ont démontré qu’il était complètement artificiel : sous capitalisation manifeste de la chaîne, aucune augmentation de budget depuis des années, rétention par l’Etat en 2006 des économies faites dans la renégociation de l’accord avec TDF ( le Diffuseur de RFI), une  provision qui représente  près de 10,8  Millions d’euros ;  annulation de crédits en 2008, confiscation par les tutelles d’une provision de 225 Millions de francs constituée pour déménagement en 1991. En outre, le plan social est annoncé alors que les comptes 2008 ne sont toujours pas disponibles. 

2) Autre axe de dénigrement : RFI serait archaïque ? Comme toutes les sociétés RFI a considérablement évolué ces dernières années : numérisation, nouvelles technologies, multimédia, la chaîne et ses personnels ont bien évidemment suivi le mouvement, quoi qu’en disent nos nouveaux dirigeants.  Mais pour dénigrer la société tout est bon de la part de la  direction qui est pourtant obligée d’admettre ce capital certifié des 44 millions d’auditeurs de RFI, en face des 80 millions  de spectateurs annoncés comme « potentiels»  par France 24.  Une audience qui fait de RFI la première ou la deuxième radio dans toutes les capitales africaines francophones avec des taux d’écoutes de 20 à 30%. Cela tout en remplissant également d’autres missions inscrites à son cahier des charges: francophonie, aide multilatérale à la formation et à la coopération ; des missions que seul un service public est à même de mettre en œuvre  et sur lesquelles pèsent les plus grandes incertitudes. 

Résultat donc de ce gâchis : 400 personnes embauchées en 2006 dans France 24 et un plan social touchant  206 postes à RFI en 2009?

 Cela alors qu’au plus haut de l’Etat on fait  mine justement de tout faire pour éviter les plans sociaux. Mais il est vrai que l’on s’adresse à des firmes privées…  Il ne viendrait sans doute même pas à l’idée de la droite d’avoir à préciser aux dirigeants d’entreprises publiques qu’ils ne doivent pas engager  de tels plans dans la grave conjoncture actuelle? 

 Et concernant enfin la personnalité de ses dirigeants…

 M. de Pouzilhac était le PDG de France 24, structure publique/ privée, finalement désavoué. Une personnalité qui est administratrice de plusieurs sociétés dont une société de casinos et qui vient de se voir accorder, un parachute doré de plus de 6 millions  d’euros de la part de la société Havas dont il était le PDG. Il bénéficie également d’une retraite « complémentaire » de 32 600 € de la même Havas, son précédent employeur.

Ce qui ne l’empêche pas de percevoir comme PDG de la nouvelle AEF un salaire sans équivalent dans l’histoire de la radio publique. M. de Pouzilhac qui pourtant n’hésite  pas à tenter de culpabiliser les personnels quant à leur responsabilité dans le déficit hypothétique, serait rémunéré plus de 310 000 euros par an, et cela seulement pour la part fixe.

Concernant la place de Mme Ockrent, le risque de conflits d’intérêt que représentait sa nomination à la tête de l’Audiovisuel Extérieur de la France en raison de ses attaches familiales est un euphémisme. Une anomalie bien française qui serait impensable dans la plupart des autres  pays normalement démocratiques.

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