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Voir le
numéro 1967 (annexe n° 29).
INTRODUCTION 5
I – MISE EN PLACE
DU PÔLE AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR : L’ESSENTIEL RESTE A
FAIRE
7
A – L’ENTRÉE EN SCÈNE
DE LA HOLDING AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR DE LA FRANCE 7
1) Un chef de file qui
montre le mauvais exemple 9
2) Des prises de
participations effectives 10
a. RFI 10
b. Le rachat de
France 24 et TV5 Monde 11
3) Les missions de la
holding AEF 12
B – CLARIFIER LA
GOUVERNANCE POLITIQUE DE L’AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR 13
1) La holding AEF et
ses filiales : des dirigeants en partage 13
2) Pilotage de
l’État : toujours du flou 16
C – LE BUDGET 2010 DE
L’AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR : UNE ABSENCE TOTALE DE
LISIBILITÉ 19
1) COM, y
es-tu ? 19
2) Insister sur
l’importance du cahier des charges 21
3) Les grandes lignes
du budget 2010 22
a. Le programme 115
« Action audiovisuelle extérieure » 22
b. Le cas
particulier de la Compagnie internationale de Radio et de Télévision
(CIRT) 22
c. Le compte de
concours financiers 23
d. Synthèse des
ressources publiques 24
e. Les ressources
autres que le financement public par la France 27
4) Des objectifs et
indicateurs de performance insuffisants 30
a. Analyse critique
des objectifs et indicateurs déclinés par le programme 115 32
b. Distribution,
notoriété et audience: le cas de France 24 et de son site 34
c. Nécessité
impérative de définir des objectifs et des indicateurs de
performances pour la holding AEF 40
d. Absence notable
d’objectif et de suivi des performances pour MEDI 1 41
D – DEUX
GRANDS CHANTIERS TRANSVERSAUX : MUTUALISATIONS ET SYNERGIES,
HARMONISATIONS DES RÈGLES DE GESTION 41
1) Mutualisations et
synergies
41
2) Refacturations et
contrôle de gestion 43
II – RFI, COMMENT
PASSER DU TRAUMATISME A LA RÉSILIENCE ? 45
A – QUESTIONS SUR
L’AUDIENCE DE RFI 45
B – MONTE CARLO
DOUALIYA : LES GAINS POUR FRANCE 24 ET LES PERTES POUR
RFI ? 48
C – DES PROJETS
INADAPTÉS AU TERRAIN ET À LA CIBLE 50
D – DIFFUSION EN RADIO
NUMÉRIQUE TERRESTRE (RNT) SUR LE TERRITOIRE NATIONAL : UNE
PRIORITÉ POUR L’AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR ? 51
E – BATAILLES DE
CHIFFRES, GUERRE DES MOTS 51
Mesdames,
Messieurs,
Il y a un an, à
l’occasion de l’examen budgétaire 2009, de nombreuses promesses nous
avaient été faites. L’audiovisuel extérieur de la France était enfin
repris en mains, les réformes sans cesse reportées allaient être
mises en œuvre et le rayonnement
de notre pays dans le monde allait briller des mille feux d’un jour
nouveau. D’Asie en Afrique, de l’Amérique du sud à l’Europe, les
leaders d’opinion et l’homme de la rue allaient se voir offrir la
possibilité de s’informer autrement et d’apprécier la vision
française du monde. Assurément, c’était une nouvelle ère, dont
l’origine réside dans la volonté manifestée par le Président de la
république en août 2007 et dont les grands chapitres furent écrits
dans un rapport confidentiel, cosigné en décembre 2007 par le tandem
de MM. Jean-David Levitte, conseiller diplomatique, et Georges Marc
Benhamou, ancien conseiller pour l'audiovisuel, à la suite des
travaux d’un comité de pilotage, dont les membres étaient issus de
différents ministères.
Ces perspectives ont
été traduites dans une loi majeure ayant nécessité près 80 heures de
débats en séance publique, la loi n° 2009-258 du 5 mars 2009
relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service
public de la télévision. La réforme, pouvait-on lire dans l’exposé
des motifs du projet de loi, a pour ambition de favoriser
l’émergence d’acteurs puissants, permettant à la France et à la
francophonie d’être mieux représentées aux côtés de grands médias
internationaux comme CNN, la BBC et Al Jazeera.
Bien que ce budget
puisse, à première lecture, sembler prometteur, des questions
demeurent sur la dynamique en marche. De tous les bancs de
l’Assemblée et du Sénat, des questions ont continué et continuent
encore à être posées au gouvernement au sujet de la conduite de
l’audiovisuel extérieur et de la gestion de la crise majeure qui
ébranle RFI.
L’examen des faits et
la situation préoccupante de RFI générée par un management maladroit
nous amènent à relativiser la lecture a priori positive que
l’on pourrait avoir du budget qui nous est présenté.
I – MISE EN PLACE DU PÔLE
AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR : L’ESSENTIEL RESTE A FAIRE
Depuis l’exercice
2009, le financement de l’audiovisuel extérieur de la France a été
regroupé dans un seul programme de la mission Médias, la plus grande
part de la dotation étant versée à un acteur unique, centralisateur,
la société holding Audiovisuel Extérieur de la France (AEF) créée le
4 avril 2008, dont l’État est le seul actionnaire. M. Alain
Duplessis de Pouzilhac en a été nommé président-directeur-général
par décret en date du 24 avril 2008. Le décret portant approbation
des statuts de AEF, prévu par la loi, n’est à ce jour toujours pas
publié.
A – L’entrée en scène de la holding Audiovisuel
extérieur de la France
Une convention de
subvention a été signée entre l’État et la société AEF le 23 mai
2008, dans le préambule de laquelle il est rappelé que la mission
d’AEF est de « discuter et de mettre en œuvre la réforme de
l’audiovisuel public extérieur avec pour objectifs une politique
audiovisuelle extérieure de la France plus cohérente, une stratégie
plus lisible et une amélioration de l’efficacité de chacun de ses
opérateurs ». Il est
demandé à son président-directeur-général d’élaborer un projet de
plan stratégique pour 2009-2012 devant être validé par le Président
de la République ainsi qu’un plan d’affaires (1).
Le montant de la
subvention pour l’année 2008 que l’État s’est engagé à verser à AEF,
destinée à assurer son fonctionnement sur les neuf premiers mois de
son existence et à lui permettre de travailler à la mise en
œuvre de la réforme de
l’audiovisuel public extérieur, s’établit à 3,7 M€ dont près de
35 % correspondent, pour 1 284 K€, aux frais de personnel et
42 % à des honoraires de conseil pour 1 556 K€. Le
coût de la holding sur une année pleine telle qu’elle avait été
calibrée serait ainsi de l’ordre de 4,5 M€, compte tenu des frais
non récurrents de dépôt et négociation de marque.
Un avenant à cette
convention, organisant les modalités de financement de la société
AEF pour l’année 2009, a été signé le 6 avril 2009. Il actualise la
convention initiale en y intégrant les changements opérés par la loi
du 5 mars 2009 dont l’article 7, modifiant l’article 44 de la loi n°
86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication,
fait d’AEF une société nationale de programme en remplacement de
RFI. A ce titre, son rôle de société pivot, centralisatrice des
ressources publiques allouées à l’audiovisuel extérieur de la
France, est consacré dans le préambule de la convention. Il est
également prévu que le contrat d’objectifs et de moyens (COM) devant
être signé entre AEF et l’Etat pour la période 2009-2013, assorti
d’un plan annuel pour l’ensemble du groupe, se substituera à la
convention de subvention qui prendra automatiquement fin dès la
signature du COM. La conclusion d’un COM entre l’État et la société
en charge de l’audiovisuel extérieur est prévu par l’article 53 de
la loi du 30 septembre 1986 relative dans sa rédaction issue de
l’article 28 de la loi du 5 mars 2009.
Interrogés au sujet du
projet de plan stratégique 2009-2012 qui devait être élaboré par M.
Alain de Pouzilhac conformément à la convention de subvention de mai
2008, la Direction du développement des Médias (DDM) à laquelle nous
avons demandé communication de ce document, nous a répondu que
l’avenant signé en avril 2009 substituait au projet de plan
stratégique la négociation du COM, sous-entendant que l’obligation
de fournir un projet de plan stratégique n’avait plus lieu d’être.
Pourtant, le président de la holding AEF a tout de même eu onze
mois, avant la signature de l’avenant, pour rédiger ce plan et c’est
même là l’essentiel de la mission qui lui a été confiée lors de sa
prise de fonctions. Des honoraires de conseil, permettant la
préparation de ce plan ont été budgétés et versés à la société
AEF (article 4 de la convention de 2008 -Affectation de la
subvention). En outre, tant que le rattachement de TV5, RFI et
France 24 n’était pas intervenu, la holding AEF n’a pas eu d’autres
tâches, pendant plusieurs mois, que de réfléchir à la stratégie du
pôle de l’audiovisuel extérieur et à l’organisation du futur
chantier des mutualisations et synergies.
Le montant de la
subvention versée par l’État à AEF au titre de la convention et de
son avenant est désormais destiné à assurer son fonctionnement et à
contribuer au financement de France 24 et RFI d’une part et de TV5
Monde d’autre part. Elle s’élève, au titre de l’année 2009, à 232
millions d’euros, correspondant aux 233 millions d’euros inscrits en
LFI 2009 du programme 115 de la mission Médias diminués de la
subvention de 1,07 million d’euros versée à la Compagnie
Internationale de Radio et télévision (CIRT). La situation
particulière de France 24, société ayant également signé, en
novembre 2005, une convention de subvention avec l’État pour les
cinq premières années de son fonctionnement (soit jusqu’au 31
décembre 2010) est rappelée, les versements restant dus transitant
désormais par la société AEF. De même, les engagements de l’État,
pris à l’égard de TV5 Monde en novembre et décembre 2008, doivent
être respectés par la société AEF. Ces engagements de l’État,
désormais transférés à la société AEF qui aurait du passer avec
chaque opérateur une convention de reversement pour l’année
2009 (2), s’élèvent pour
l’année 2009 à 91 772 511 euros pour France 24 et à
70 583 306 euros pour la société TV5 Monde, soit 162,4
M€ . Compte tenu du coût de fonctionnement conventionnel
maximal de 4,5 M€ de la holding, coût qui n’a pas été révisé à
l’occasion de cet avenant, le solde restant de la subvention reçue
au titre du seul programme 115, reversé à RFI, serait de l’ordre de
65,1 M€.
La loi de mars 2009
attribue à la holding AEF un rôle centralisateur. C’est donc
désormais l’ensemble des ressources publiques, provenant tant du
programme 115 que du montant de la redevance reçue au titre du
programme 844 du compte de concours financiers, qui lui sont
versées. Les sommes reçues ont donné lieu à une répartition actée
par le conseil d’administration d’AEF du 9 juillet 2009.
Répartition des ressources publiques actée par
le CA d’AEF en juillet 2009
(en millions
d’euros)
| |
AEF |
France
24 |
RFI |
| |
2008 |
2009 |
% |
2008 |
2009 |
% |
2008 |
2009 |
% |
|
Ressources
publiques |
3,7 |
5,7 |
54,1% |
88,5 |
91,7 |
3,6% |
130,8 |
132 |
0,9% |
|
Quote-part des
RP |
1,3% |
1,9% |
|
30,3% |
30,6% |
|
44,7% |
44,0% |
|
| |
TV5
Monde |
Total |
| |
2008 |
2009 |
% |
2008 |
2009 |
% |
|
Ressources
publiques |
69,5 |
70,6 |
1,6% |
292,5 |
300 |
2,6% |
|
Quote-part des
RP |
23,8% |
23,5% |
|
100,0% |
100,0% |
|
Source :
DDM
1) Un chef de file qui montre le mauvais
exemple
La holding AEF devrait
être exemplaire dans sa gestion et s’appliquer les règles qu’elle
souhaite imposer aux sociétés, qu’elles soient filiales (RFI et
France 24) ou partenaire (TV5 Monde). La maîtrise de ses coûts, la
rigueur de la gestion semblent pourtant peu la préoccuper. Les
charges 2009 de la holding, actées par le CA de juillet 2009,
devraient s’élever à 5,7 M€ alors que, comme nous l’avons indiqué,
elles auraient du être contenues à 4,5 M€, soit une augmentation de
27 %. L’ensemble des charges de la holding sont en dérapage
significatif. Ainsi, l’effectif est non seulement supérieur en
nombre à ce qui figurait dans la convention de subvention initiale,
passant de 13 à 15 personnes mais également en montant : alors
que la masse salariale aurait du s’élever à 1 712 K€ en
année pleine (base conventionnelle), elle est de 2 800 K€, dont 1
044 K€ pour les cinq plus fortes rémunérations, soit une
augmentation de 1,1 M€ par rapport au budget prévisionnel
conventionnel. La holding a non seulement recruté plus de personnel
que ce qui avait été convenu mais elle a en outre recruté du
personnel avec de fortes rémunérations. Ont en effet été recrutés un
directeur de la stratégie et du développement, une directrice de la
communication et une directrice de cabinet qui n’étaient pas prévus
dans l’effectif initial. Il faut ajouter à cela que la masse
salariale réelle devrait être supérieure encore puisque le directeur
du multimédia de France 24, salarié de France 24, assure le
poste de directeur du multimédia du groupe. A ce titre, une part de
son coût devrait être refacturé par France 24 à la holding. Par
ailleurs, on peut se demander à quoi correspondent les sommes
consacrées aux consultants extérieurs, estimées à 1,6 M€ pour
l’année 2009 alors que le budget prévisionnel incluait les
honoraires des consultants en communication, en organisation et en
stratégie (3), honoraires qui ont
été remplacés par le recrutement de directeurs. Les frais de
fonctionnement n’échappent pas à ce dérapage généralisé : 1,2
M€, en augmentation de 0,5 M€, soit +60 % !
Il est également
significatif que la holding affiche un résultat net prévisionnel à
l’équilibre puisqu’en effet, recevant l’ensemble des ressources
publiques, elle peut ponctionner ce que bon lui semble pour son
fonctionnement propre. Elle peut dans ses conditions s’affranchir de
toute prévision budgétaire pour l’année 2010 puisqu’elle sera
toujours en mesure, quel que soit le dérapage à venir, de présenter
des comptes à l’équilibre. Le conseil d’administration de la société
AEF, dans lequel siègent pourtant des représentants de plusieurs
ministères, a entériné un tel dérapage des coûts de la holding sans,
semble-t-il, avoir reçu d’engagement sur leur maîtrise.
2) Des prises de participations
effectives
L’année 2009 a permis
la mise en œuvre de l’architecture
capitalistique justifiant la création de la société AEF. La
motivation essentielle de cette réorganisation est de créer, par le
regroupement des acteurs opérationnels, les conditions d’une
coordination et d’une meilleure efficacité des différents
opérateurs.
a. RFI
Le rattachement à
100 % de RFI à la société holding AEF est effectif depuis la
loi du 5 mars 2009 qui prévoit que « la totalité des actions
de la société Radio France Internationale est transférée du seul
fait de la loi par l'Etat à la société en charge de l'audiovisuel
extérieur de la France » (art. 86, III). RFI a également
perdu son statut de société nationale de programme. Elle relève, en
tant que filiale de second rang, de la loi du 26 juillet 1983 sur la
démocratisation du secteur public.
b. Le rachat de France 24 et TV5
Monde
Quant à France 24 et
TV5 Monde, leur intégration dans le giron d’AEF a nécessité une
augmentation de son capital pour procéder à ces rachats, approuvée
par son conseil d’administration de décembre 2008. Cette
augmentation a été souscrite en totalité par l’État conformément à
l’article 47 de la loi du 30 septembre 1986 qui dispose que
l’État détient directement la totalité du capital de la société en
charge de l’audiovisuel extérieur. Elle s’est élevée à 4 509
K€, portant le capital social de la holding à 4 545 660
euros.
Le conseil
d’administration de TV5 Monde du 3 décembre 2008 a approuvé le
principe d’une recomposition capitalistique, pour faire de la
société AEF son actionnaire de référence, détenant 49 % du
capital. Les partenaires francophones (RTBF, SSR, Radio-Canada et
Télé-Québec) ont conservé leur niveau de participation, totalisant
33,33 % du capital. Le capital non repris par AEF continue à
être détenu par les autres actionnaires publics français (France
Télévisions, ARTE France et INA) à hauteur de 17,66 %. C’est
d’ailleurs pour ne pas froisser la légitime susceptibilité des
actionnaires francophones de TV5 Monde que le programme 115 a changé
de libellé pour traduire l’action audiovisuelle extérieure,
certes française mais également francophone, et qu’il est convenu de
désigner cette société non comme filiale mais comme partenaire. Le
montant de l’acquisition par AEF de 3133 parts de France
Télévisions, 829 parts d’ARTE France et 438 parts de l’INA s’est
élevé à 509 K€, financés par l’augmentation en capital.
Le reste des
4 509 K€ a permis de financer, pour un montant de 4 M€, le
rachat de France 24 à ses actionnaires d’origine, TF1 et France
Télévisions. Cette prise de participation, de 100% du capital de la
société, a été approuvée par arrêté du 23 janvier 2009 pris par les
trois ministres des affaires étrangères et européennes, de
l’économie, de l’industrie et de l’emploi et de la culture et de la
communication. La difficile valorisation des parts détenues par les
actionnaires d’origine a tenu compte des réalisations opérées depuis
sa création fin 2005 sans intégrer dans ce calcul les éventuels
futurs flux financiers. Le rachat des parts de TF1 et France
Télévisions a abouti le 12 février 2009, faisant de France 24 une
filiale à 100 % d’AEF. Une trentaine de journalistes a fait
jouer la clause de cession à l’occasion de cette reprise.
Pour autant, faut-il
vraiment être dupe de l’indépendance affirmée entre le résultat de
la négociation de reprise des actions de TF1 et France 24, dont on
sait que les premières estimations avancées par TF1 étaient très
largement supérieurs aux 4 M€, et la décision prise par AEF de
poursuivre le partenariat industriel noué par France 24 avec les
deux actionnaires d’origine, reconduisant pour sept nouvelles années
les contrats de fourniture d’images ? Il serait à ce titre
utile d’avoir un bilan de l’utilisation des images fournies pour
mesurer la pertinence de la reconduction de ces contrats. Pour la
période 2010-2015 (4), le montant de ces
fournitures serait, par an, de 852 K€ d’images d’archives de TF1 et
LCI ne pouvant être utilisées que le lendemain de leur diffusion sur
ces supports, 910 K€ de programmes fournis par Eurosport et 28 K€ de
mise à disposition d’antenne de diffusion par TF1, soit un total
annuel de 1790 K€ de « flux financiers » garantis jusqu’en
2015 ce qui n’est pas négligeable dans une période de très forte
concurrence des fournisseurs d’images même si ces montants garantis
sont très en deçà des 90 voire 100 M€ d’évaluation par TF1 de la
valeur de France 24. Quant à France Télévisions, la fourniture de
sujets prêts à diffusés provenant de France 2, France 3 et du réseau
France Outre Mer sont fournis pour un montant forfaitaire de 1 M€
HT. D’autres prestations sont prévues, comme la fourniture d’images
magazine, archives et sport, etc. Rappelons que la convention signée
entre l’Etat et France 24 prévoit à l’article 10.2 qu’un organisme
indépendant sélectionné par l’Etat devra s’assurer que « les
prestations effectuées par les Fondateurs et leurs filiales
respectives au profit de la société sont rémunérées selon des
conditions normales de marché » (5). Nous serons
attentifs aux résultats de ce nécessaire audit qui ne semble pas
pour le moment encore avoir été effectué.
3) Les missions de la holding AEF
Ces missions sont
définies à l’article 44 de la loi du 30 septembre 1986 modifié par
la loi 2009-258 du 5 mars 2009. Elles sont reprises dans le
préambule de l’avenant à la convention de subvention signée entre
l’Etat et AEF. Ces missions consistent à
- contribuer au rayonnement de la France dans le monde,
notamment par la programmation et la diffusion d'émissions de
télévision et de radio ou de services de communication au public
en ligne relatifs à l'actualité française, francophone, européenne
et internationale, traduites par les rédacteurs du budget en
mission politique de promotion de la vision française du monde et
mission culturelle de promotion du patrimoine français et de la
langue française.
- contribuer à la diffusion et à la promotion de la langue
française, des cultures française et francophone
La loi attribue à la
holding deux tâches essentielles qui sont la définition des
orientations stratégiques et la coordination des sociétés éditrices
qu’elle détient en tout ou partie. Si la définition des orientations
stratégiques doit se faire en accord avec le pilotage politique de
l’audiovisuel extérieur qui en fixe les lignes directrices, la
coordination des opérateurs tant pour augmenter l’efficacité du
groupe que pour une meilleure utilisation des ressources publiques
doit être le fer de lance des dirigeants d’AEF. C’est sur leur
capacité à fédérer les opérateurs et à créer, au-delà des montages
financiers, un véritable esprit de groupe qu’ils doivent être jugés.
Un simple déménagement sur un même site d’ici le premier trimestre
2011, tel qu’annoncé par le président d’AEF, n’est pas en soi
suffisant pour le garantir tant on sait bien que les cloisonnements
peuvent perdurer s’ils s’avèrent être le seul rempart pour préserver
son âme. Nous pensons par exemple aux conséquences des erreurs comme
celle du fameux quizz Courjault de France 24 qui consistait à
proposer aux internautes de voter sur l’issue du procès de Mme
Véronique Courjault, provocant une vive et légitime réaction du SNJ
de RFI dont le logo figurait sur la page incriminée.
B – Clarifier la gouvernance politique de
l’audiovisuel extérieur
1) La holding AEF et ses filiales : des
dirigeants en partage
La gouvernance de la
société holding et des sociétés éditrices filiales a été fixée par
la loi de mars 2009 (modifiant l’art. 47-3de la loi du 30 septembre
1986). Ainsi, le président d’AEF, dont le mandat n’a pas été
interrompu du fait de l’entrée en vigueur de la loi, « est
également président, président-directeur général, directeur général
ou président du directoire » de RFI et de France 24.
Constituée
initialement sous la forme d’une société anonyme à directoire et
conseil de surveillance, le mode d’administration et de direction de
France 24 a été modifié en février 2009. Elle a été transformée en
société anonyme à conseil d’administration.
M. Alain de Pouzilhac,
président-directeur-général de AEF, est de ce fait
président-directeur-général de RFI et président de France 24. Il est
en outre président de TV5 Monde ce qui est une bonne chose pour
garantir la prise en compte conjointe des intérêts de chaque chaîne
de télévision. Mme Christine Ockrent, directrice générale déléguée
d’AEF est également directrice générale de France 24 et directrice
générale déléguée RFI et siège au conseil d’administration de TV5
Monde, France 24 et RFI. Par ailleurs, depuis la loi organique
n°
2009-257 du 5 mars 2009, le président d’AEF sera désormais nommé par
le Président de la République après avis public de la commission
permanente concernée de chaque assemblée rendu après audition des
personnalités.
Concernant la durée
des mandats, les statuts de France 24 disposent d’une part que la
durée des fonctions des administrateurs est de six ans et que le
président du Conseil d’administration ainsi que le directeur général
doivent être âgés de soixante-neuf ans révolus au plus. Les mandats
de M. Alain de Pouzilhac, né en juin 1945 et Mme Christine Ockrent,
née en avril 1944, seront ainsi caducs en 2014 et 2013. Quant à la
société holding Audiovisuel Extérieur de la France, la durée du
mandat du président et des membres du conseil d’administration de la
société en charge de l’audiovisuel extérieur est de cinq ans
conformément aux dispositions de l’article 47-4 de la loi n° 86-1067
du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de
communication. Le mandat de l’actuel président d’AEF prendra fin le
23 avril 2013.
Les pouvoirs du
président d’AEF sont définis par les statuts approuvés lors du
conseil d’administration du 9 juillet 2009. Ces statuts, qui doivent
être publiés par décret (art. 47 de la loi précitée), attendent
encore d’être adoptés par une assemblée générale. La rémunération du
président ainsi que celle de la directrice générale, qui ont soulevé
de nombreux commentaires, ont été confirmés par ce même conseil
d’administration et sont conformes à ce qui figurait dans le budget
prévisionnel de la holding annexé à la convention de subvention la
liant à l’État. Elle est constituée d’une part fixe et d’une part
variable plafonnée pour aboutir à une rémunération annuelle
maximale, hors avantages en nature, de 315 000 euros. Les
critères d’attribution de la part variable ne sont pas encore fixés
et ils devront l’être par le comité des rémunérations créé par le
conseil d’administration. Il est impératif que ces critères soient
alignés sur le respect des objectifs fixés dans le COM mais
également sur celui des engagements liés au cahier des charges, leur
non respect pouvant entraîner des sanctions. Ils doivent comprendre
une part liée aux qualités de management des dirigeants et à leur
capacité à faire fonctionner le pôle audiovisuel de manière
harmonieuse, notamment dans la gestion des crises et leur
prévention. En effet, on voit mal comment l’efficacité des
opérateurs pourrait être améliorée en situation de crise. Ces
objectifs généraux d’attribution doivent être complétés d’objectifs
annuels, comme par exemple celui de l’aboutissement des
renégociations des conventions collectives. Bien entendu, le
versement de cette part variable, non acquise, ne peut intervenir de
manière anticipée, hors de tout critère.
La composition du
conseil d’administration d’AEF est fixée par l’article 47-3 de la
loi du 30 septembre 1986. Il comprend, outre le
président, quatorze membres dont le mandat est de cinq ans (deux
parlementaires désignés par les commissions des affaires culturelles
de l'Assemblée nationale et du Sénat, cinq représentants de l'Etat,
cinq personnalités nommées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel
et deux représentants du personnel). Seuls les représentants du
personnel n’ont pas encore été désignés.
Composition du
Conseil d’administration d’AEF
P A R L E M E N T
|
Assemblée
Nationale |
Michel
HERBILLON |
10/6/09 |
9/6/14 |
| |
UMP |
|
|
| |
|
|
|
|
Sénat |
Louis
DUVERNOIS |
27/05/09 |
26/5/14 |
| |
UMP |
|
|
E T A T
|
Premier
ministre
Dt
9/6/09 / JO 10/6/09
NOR
MCCT0912009D |
Roch
–Olivier MAISTRE,
Conseiller
maître à la Cour des comptes |
9/06/09 |
8/06/14 |
| |
|
|
|
|
MAEE
Dt
9/6/09 / JO 10/6/09
NOR
MCCT0912009D |
Pierre
SELLAL
Ambassadeur de
France, secrétaire général du ministère des affaires
étrangères et européennes |
9/06/09 |
8/06/14 |
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MBCPFP
(budget)
Dt
9/6/09 / JO 10/6/09
NOR
MCCT0912009D |
Marie-Astrid
RAVON
Administratrice
de l’INSEE, en charge de la 8ème sous-direction à
la Direction du budget |
9/06/09 |
8/06/14 |
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MEIE
(APE)
Dt
9/6/09 / JO 10/6/09
NOR
MCCT0912009D |
Rémy
RIOUX
Conseiller
référendaire à la Cour des comptes, directeur de
participations en charge de la sous direction des transports
et de l’audiovisuel à l’agence des participations de
l’État |
9/06/09 |
8/06/14 |
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Communication
Dt
9/6/09 / JO 10/6/09
NOR
MCCT0912009D |
Laurence
FRANCESCHINI
Directeur du
développement des médias |
9/06/09 |
8/06/14 |
C.S.A.
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Décision CSA
n°2009-270 du 21 avril 2009 / JO du 13 mai
2009 |
Hélène
CARRÈRE d’ENCAUSSE
Personnalité
indépendante nommée en raison de son expérience reconnue dans
le domaine de la francophonie |
21/04/09 |
20/04/14 |
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Décision CSA
n°2009-270 du 21 avril 2009 / JO du 13 mai
2009 |
Hubert
VÉDRINE |
21/04/09 |
20/04/14 |
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Décision CSA
n°2009-270 du 21 avril 2009 / JO du 13 mai
2009 |
Soumia
BELAIDI |
21/04/09 |
20/04/14 |
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Décision CSA
n°2009-270 du 21 avril 2009 / JO du 13 mai
2009 |
Francis
BALLE |
21/04/09 |
20/04/14 |
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Décision CSA
n°2009-270 du 21 avril 2009 / JO du 13 mai
2009 |
Greg
GERMAIN |
21/04/09 |
20/04/14 |
Concernant RFI et
France 24, il est prévu de modifier le décret 96-1054 fixant le
nombre de représentants de l'Etat au conseil d'administration des
sociétés dont il détient directement ou indirectement plus de la
moitié du capital social afin d’organiser la présence des
représentants de l’Etat à leur conseil d’administration.
Enfin, la mise en
place de la holding ne doit pas priver les dirigeants opérationnels
des entreprises qui lui sont rattachées d’une visibilité nécessaire
à leur action. Non seulement, il importe de les informer
individuellement en amont (cas du COM pour lequel ni la directrice
déléguée de RFI ni la directrice générale de TV5 Monde n’avaient
d’informations), mais également collectivement afin de favoriser un
esprit de groupe, par exemple par l’organisation d’un séminaire
réunissant les cadres supérieurs en vue de les informer, dans la
transparence, des mesures les concernant et concernant chaque
société sœur.
2) Pilotage de l’État : toujours du
flou
Si le constat avait
été fait de la nécessité de clarifier le pilotage stratégique de
l’État, force est de constater que toute la clarté n’est pas encore
faite sur les lieux de décision et les personnes décisionnaires. Qui
décide de la politique de langues ? Qui définit les pays
prioritaires ? En vertu de quels critères ? Qui traduit en
objectifs les missions fixées à l’AEF par la loi ? Si le
programme 115 relève de la responsabilité de la Direction du
développement des Médias (DDM) pour le compte du Premier ministre,
les décisions stratégiques ne semblent pas de son ressort. Ainsi en
est-il pour ce qui concerne le COM et le cahier des charges :
le chef d’orchestre en serait le directeur adjoint du cabinet du
Premier ministre qui a malheureusement refusé de rencontrer votre
rapporteur pour l’éclairer sur le volet politique de ce pilotage.
Concernant
l’intervention du ministère des affaires étrangères et européennes,
le pôle audiovisuel extérieur ne comporte plus que sept agents. La
définition de la stratégie de l’audiovisuel extérieur serait
désormais dévolue à la Direction générale de la mondialisation, du
développement et des partenariats (DGM), créée en mars 2009, qui a
mission d’organiser la stratégie de la France dans tous les domaines
hormis la défense. La culture et les médias entrent donc dans son
champ de compétences. Elle aurait en charge la définition des pays
cibles et des langues de diffusion au cours de réunions régulières
avec la direction de l’AEF et les directions géographiques. Nous
n’avons pas obtenu de précisions quant aux critères permettant
d’établir les priorités sur ces deux éléments essentiels. Le MAEE
est représenté au conseil d’administration de l’AEF par son
secrétaire général et deux nominations sont encore en attente de
nomination pour les CA de France 24 et de RFI.
Concernant le
ministère de la culture et de la communication, le conseiller du
ministre de la culture et de la communication que votre rapporteur a
pu rencontrer a certes affirmé que l’audiovisuel extérieur était un
chantier important pour le ministre de la culture. Pourtant on ne
peut s’empêcher de remarquer que, lors de son audition le 7 octobre
2009 par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée
nationale, l’exposé du ministre avait totalement occulté
l’audiovisuel extérieur. Il avait alors fallu l’intervention d’un
député de l’opposition pour lui rappeler l’existence du pôle de
l’audiovisuel extérieur et de RFI. De même, ni la DDM ni le
ministère de la culture n’avaient connaissance du rapport
sénatorial, pourtant récent, portant sur la réforme de l’action
culturelle extérieure (6) proposant la création
d’un secrétariat d’État à la francophonie, à l’audiovisuel extérieur
et aux relations culturelles extérieures, placé auprès du ministre
des affaires étrangères. Les rapporteurs estiment ainsi que
« le secrétariat d'État
chargé de la francophonie et des relations culturelles extérieures
devrait se voir reconnaître, par délégation du ministre des affaires
étrangères, la responsabilité du pilotage politique
de notre audiovisuel extérieur et de son opérateur,
à savoir la société holding
Audiovisuel extérieur de la France. Il pourra, dans
l'élaboration de la stratégie audiovisuelle extérieure de la France,
s'appuyer sur la sous-direction de
l'audiovisuel extérieur et des technologies de
communication au sein de la
direction de la politique culturelle et du français du ministère des
affaires étrangères. » L’existence de ce
rapport montre bien que la question du pilotage politique de
l’audiovisuel extérieur demeure, au-delà de la création de la
holding AEF.
Cela va dans le sens
du point judicieusement soulevé par la Cour des comptes, dans son
rapport public annuel 2009, sur l’arbitrage entre les différentes
modes d’influence à l’étranger, autrement dit la question de la
finalité et de l’efficacité des sommes investies : « un
premier arbitrage est celui des moyens à consacrer à la politique
audiovisuelle extérieure au regard d’autres vecteurs de la langue et
de l’influence françaises, tels l’enseignement du français à
l’étranger ou l’action culturelle extérieure ». La Cour
renvoie au politique l’arbitrage entre les différents vecteurs.
C’est pourquoi nous réclamons de voir expliciter cet arbitrage et
d’obtenir que soit mise en place une comparaison de l’efficacité sur
le long terme de ces vecteurs.
La construction d’une
politique visant à accroître l’influence française là où cela peut
nous être utile et à faire entendre une autre voix dans certaines
régions du monde pour contribuer à la diffusion des valeurs
démocratiques semble naturellement de la compétence du ministère des
affaires étrangères. Elle s’appuie sur une vision géostratégique
dont les conséquences concrètes sont la définition des langues
prioritaires et des pays cibles. Dans ces conditions, comment se
justifie la mise à disposition du ministère de la culture de la DDM
pour ce qui concerne l’audiovisuel extérieur? La nomination de M.
Louis de Froissard de Broissia, nommé ambassadeur chargé de
l'audiovisuel extérieur par décret du 9 avril 2009,
vient ajouter à la confusion. Sa lettre de mission lui demande la
remise d’un rapport au printemps 2010. Il devra notamment proposer
des pistes d’évolution de l’audiovisuel extérieur pour trois enjeux
définis comme prioritaires par le ministre des affaires étrangères
et européennes : développement de nos partenariats avec le Sud,
potentiel de rayonnement et d’influence offert par le numérique,
désir de langue et de goût de France qui se manifeste dans le monde.
On peut s’interroger sur l’articulation de ses recommandations avec
le pilotage stratégique et le COM de l’AEF, tout comme on ne
peut qu’espérer retrouver, par cohérence, ces trois enjeux
prioritaires du MAEE dans le COM.
Si, au contraire,
c’est le rattachement premier de la DDM au premier ministre qu’il
faut privilégier comment faut-il comprendre le refus de son cabinet
de venir présenter les choix politiques fixés à l’audiovisuel
extérieur ? Il ne s’agit pas de retirer toute compétence au
ministère de la culture en terme d’audiovisuel extérieur puisqu’il
continue à y être associé au travers de sa représentation au sein du
conseil d’administration d’AEF mais d’identifier le pilote chargé du
dossier.
Certes, la
participation de représentants du ministère de la culture et de la
communication, du ministère des affaires étrangères et européennes,
du ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi et du
ministère du budget, des comptes publics, de la fonction publique et
de la réforme de l’Etat au conseil d’administration de la société
AEF et l’organisation de réunions préparatoires laissent entendre
qu’il existe une concertation interministérielle définissant les
orientations stratégiques. Mais comment s’opèrent les arbitrages?
Ces réunions préparatoires au CA sont-elles suffisantes pour bâtir
sérieusement une stratégie sur des questions aussi diverses que les
zones de diffusion, les modes de distribution, la politique des
langues, le statut des personnels, les mutualisations, le
développement des technologies, les publics visés, les contenus, le
développement de nouvelles ressources, la coordination avec les
autres politiques de la France en faveur du développement, de la
coopération, de la francophonie ? La difficulté à faire aboutir
le COM, dont la conclusion est sans cesse repoussée, ne vient-elle
pas justement traduire l’incontournable investissement nécessaire,
allant au-delà des réunions préparatoires au CA de la holding
AEF ?
L’organisation
actuelle du pilotage, encore trop informelle, reste insuffisamment
construite pour répondre au constat de manque de cohérence et de
lisibilité. Notamment,
elle ne
permet pas d’identifier clairement les rôles et les responsabilités
dans les décisions politiques engageant la stratégie du groupe AEF.
La conséquence directe en est l’impossibilité du recours à
l’instance politique décisionnaire en cas de crise ouverte au sein
du pôle audiovisuel extérieur. A titre d’exemple, concernant la
suppression des langues, si les questions ont été posées au
ministère de la Culture, c’est le MAEE qui serait détenteur de la
réponse. La lisibilité de la stratégie passe par l’identification du
pilote. Cela est d’autant plus important que la situation paradoxale
née de la mise en place de la réforme cumule tous les inconvénients,
tant en ce qui concerne le pilotage politique effectif qu’en ce qui
concerne la crédibilité d’opérateurs qui ne sont pas indépendants du
pouvoir.
C – Le budget 2010 de l’audiovisuel
extérieur : une absence totale de lisibilité
Les ressources
publiques consacrées à l’audiovisuel extérieur proviennent pour une
part de la mission Média et pour une autre part du compte de
concours financiers d’avances à l’audiovisuel public. L’intégralité
des sommes du programme 844 « Contribution au financement de
l’action audiovisuelle extérieure » du compte de concours
financiers sont versées à la holding AEF tandis qu’une part du
programme 115 « Action audiovisuelle extérieure » de la
mission Média n’est pas perçu par la holding AEF mais par la
Compagnie Internationale de Radio et de Télévision (CIRT) dont la
maison mère est la SOFIRAD. Cependant, la présentation budgétaire ne
prévoir qu’une seule action au sein du programme 115.
Par ailleurs, aucune
information n’est donnée permettant de savoir quels seront les
montants alloués par société, notamment à RFI, seule société qui ne
bénéficie d’aucune garantie, au contraire de France 24 (convention
de subvention encore active pour l’exercice 2010) et TV5 (engagement
de la France à l’égard des partenaires francophones). Ainsi
l’organisation d’un pôle audiovisuel extérieur et l’affectation de
l’ensemble des ressources à une entreprise centralisatrice
conduisent-elles de manière paradoxale, pour le budget 2010, à en
empêcher toute lisibilité.
Enfin, ce projet de
budget contient des objectifs et des indicateurs de performances qui
différeront peut-être de manière substantielle avec le COM qui liera
l’Etat, la holding AEF et les sociétés bénéficiaires des ressources
reversées.
1) COM, y es-tu ?
Avant de détailler les
éléments chiffrés du budget 2010, il faut s’indigner des
conséquences induites sur la lecture de ce budget par la question du
contrat d’objectif et de moyens (COM) que la holding AEF doit signer
avec l’État (art. 53 de la loi n° 86-1067). Ce COM doit notamment
faire état du coût prévisionnel des activités par année, du montant
des ressources publiques en identifiant celles consacrées en
priorité aux programmes, du montant attendu des recettes propres, en
distinguant celles issus de la publicité et du parrainage, des axes
d’amélioration de la gestion financière et des ressources humaines,
des perspectives, le cas échéant, de retour à l’équilibre financier,
etc.
Mme Christine Albanel,
alors ministre de la culture et de la communication, avait déclaré
en réponse à une question de M. François Rochebloine le 7 mai 2009,
que la négociation du COM était sur le point d’aboutir. Ce point
devait apparemment être une butée puisque plus de cinq mois après
cette déclaration, le COM n’est toujours pas signé et qu’on nous le
promet pour la fin de l’année 2009. Nous avons en vain tenté
d’obtenir des précisions, tant auprès de la DDM, que de la direction
de l’AEF qu’auprès du directeur adjoint du cabinet du Premier
ministre, qui ont tous passé notre demande sous silence. L’année
2009, qui aurait du être le point de démarrage du COM (voir l’art.
1er de l’avenant à la convention : « un contrat
d’objectif et de moyens sera signé entre la Société et l’Etat pour
la période 2009-2013 »), si elle a bien vu l’ensemble
des ressources publiques reversées à la société AEF, n’aura été
assortie d’aucune contractualisation concernant leur usage et leur
affectation.
Dans un entretien
récent accordé au quotidien Les Echos (7), le président de la
société AEF indique que la signature du COM d’AEF n’interviendra que
lorsque le plan de mise à l’équilibre de RFI sera réalisé. Lors de
son audition dans le cadre de cet avis, il avait également avancé
cette raison au délai de signature. Or, comme nous l’avons indiqué,
le COM doit justement intégrer les perspectives de retour à
l’équilibre financier qui ne peuvent donc que s’inscrire dans une
réflexion pluriannuelle. En aucun cas, cet équilibre financier n’est
un préalable à sa signature.
Sa négociation est
donc toujours en cours et devrait, nous dit la DDM, aboutir avant la
fin de l’année. Les orientations stratégiques qu’il pourrait
contenir sont les suivantes :
- pour France 24 :
couverture satellitaire mondiale dès 2010 et diffusion en arabe
24h/24 dans le cadre du développement du pôle arabophone avec Monte
Carlo Doualiya, filiale de RFI ;
- pour RFI :
développement de nouvelles langues (swahili), renforcement de
langues existantes (anglais, portugais, haoussa), diffusion sur les
vingt plus grandes agglomérations françaises via la RNT,
développement du référencement du site internet ;
- pour TV5 Monde :
intégration du plan stratégique adopté lors de la conférence des
hauts fonctionnaires de novembre 2008 à Vancouver, autrement dit
consolider et élargir l’audience, séduire tous les publics,
s’adresser à tous et à chacun ;
- Renforcement de la
communication d’AEF afin d’accompagner la mise en place du groupe et
de la réforme.
Les enjeux
prioritaires du ministère des affaires étrangères et européennes,
tels qu’ils figurent dans la lettre de mission de M. de Broissia,
notamment le développement des partenariats avec le Sud, ne semblent
pas pris en compte.
Dans le cas
particulier de TV5 Monde, il est prévu, selon les termes de l’accord
de principe d’avril 2008 avec les partenaires francophones que
« la participation financière de chacun des partenaires devra
être confirmée par le biais d’un contrat d’objectifs et de
moyens ». Sa négociation pourrait intervenir en novembre 2009
lors de la conférence des ministres à Ottawa.
Le plan stratégique
2009-2012 de TV5 Monde
Adopté par le conseil
d’administration de TV5 Monde et par les hauts fonctionnaires lors
de leur réunion les 26 et 27 novembre 2008 à Vancouver.
Objectifs
- enrayer
les menaces qui pèsent sur la distribution de la chaîne
- résister à
la pression à la baisse qui s’exerce sur ses audiences
- restaurer
une politique de sous-titrage offensive
- redonner
aux productions du sud plus de visibilité
- rattraper
le retard en matière de diversifications multimédias
- réaffirmer
la crédibilité et la signature originale de son information
- relancer
son chiffre d’affaires publicitaire
Priorités
stratégiques
1- Renforcement du
réseau de distribution historique, notamment via le dédoublement de
certains signaux, le renforcement et l’amélioration du sous-titrage,
le lancement de la diffusion en format 16/9ème
2- Renforcement du
développement multimédia dans une stratégie de « média
global » afin de consolider la proximité avec les publics et
leurs attentes et pour conquérir de nouveaux publics ciblés. Ces
développements sont à mener en synergie avec les chaînes partenaires
et en coordination avec AEF pour ce qui concerne RFI et France
24
3- Renforcement de la
cohérence et de la lisibilité de l’offre éditoriale, en réaffirmant
l’identité de la chaîne à travers les choix de programmes et en
diversifiant les supports et les contenus
4- Combler le déficit
d’image, revendiquer le sens et les valeurs de sa ligne éditoriale
et renforcer son identité autour d’une marque déclinée
localement
2) Insister sur l’importance du cahier des
charges
Un autre volet dont il
ne faut pas non plus négliger les effets budgétaires est le cahier
des charges, fixé par décret, qui doit définir les obligations
auxquelles sera soumise la société AEF et les sociétés dont elle
détient tout ou partie du capital. Un projet de décret serait en
cours d’élaboration et devrait aboutir à l’automne 2009. Nous
n’avons pas eu connaissance de son contenu alors même qu’il doit
fixer les obligations en termes de programmes, de diffusion de
messages publicitaires, de relation avec d’autres organismes du
secteur comme les autres sociétés nationales de programme, de
coopération culturelle ou d’assistance technique avec les
partenaires de la France. Toutes ces obligations ont une traduction
en termes financiers et humains. A aucun moment, le cahier des
charges n’a été cité comme faisant partie des grands chantiers de
mise en œuvre de l’audiovisuel
extérieur. C’est pourtant là une contractualisation éthique et un
engagement en termes de programmes essentiels dont le CSA est le
garant.
3) Les grandes lignes du budget
2010
Le budget 2010 de
l’audiovisuel extérieur est, comme nous allons le voir, en
augmentation. Comment cette augmentation des ressources publiques
allouées va-t-elle être répartie entre les différentes sociétés du
groupe ? Cette augmentation est-elle suffisante pour atteindre
les objectifs contenus dans le COM ? Des quatre séries
d’orientations stratégiques qu’il devrait contenir, seule est
chiffrée celle concernant RFI, estimée à 6,5 M€, sans détails.
a. Le programme 115 « Action audiovisuelle
extérieure »
La programmation
pluriannuelle présentée lors du PLF 2009 pour la période 2009-2011
prévoyait un montant pour l’exercice 2010 de 218 010 K€ et
pour l’exercice 2011 de 203 070 K€, traduisant une baisse
des crédits alloués de 15 puis 30 M€ par rapport aux
233 070 K€ du budget 2009. Le PLF 2010 propose d’allouer
199 070 K€ à ce programme, en recul de 19 M€
(-9,5 %) par rapport à la prévision 2009 pour ce même exercice
et en recul de 34 M€ (-14,6 %) en comparaison avec la LFI 2009,
alors que les crédits alloués à la mission Média sont globalement en
augmentation entre la LFI 2009 et le PLF 2010. La société holding
AEF recevrait 197,5 M€ (-14,9 %) et la CIRT 1,57 M€
(+47 %) en 2010 au titre de ce programme.
b. Le cas particulier de la Compagnie
internationale de Radio et de Télévision (CIRT)
La CIRT détient
49 % de la radio marocaine MEDI 1. Le reste du capital est
détenu par des actionnaires institutionnels marocains (25,5%
pour la banque marocaine du commerce extérieur et 25,5% par le
groupe ONA -Omnium Nord Africain). MEDI 1 diffuse, au Maroc et en
Algérie, des programmes en arabe et en français.
La principale vocation
de la CIRT, en vertu d’une convention de 1991, est de recruter pour
le compte de la radio marocaine des journalistes sous contrat
français qu’elle met à sa disposition (8). La subvention qui
lui est versée vise à couvrir ces frais de personnel. Cette
subvention, versée depuis de très nombreuses années par le ministère
des affaires étrangères et européennes, est au même niveau depuis
une vingtaine d’années et s’élève à 1070 K€. Or cette subvention
n’est pas suffisante pour atteindre un équilibre d’exploitation. En
2008, les dépenses de personnel d’un montant de 2 110 K€ (dont 639
K€ pour des départs en retraite) ont du être couvertes par la
SOFIRAD par des avances en compte courant. C’est à la fois pour
permettre d’apurer la situation de la SOFIRAD, société en cours de
liquidation, et sa trésorerie et pour tenir compte de la réalité des
dépenses que le montant versé à la CIRT a été revalorisé pour être
porté à 1570 K€ en PLF 2010.
Si l’intérêt de
coopérer au succès de MEDI 1 et d’une radio généraliste qui
rencontre un succès important, notamment parmi les catégories
socioprofessionnelles élevées, n’est pas à remettre en cause, on
peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de laisser cette
subvention figurer au sein du programme 115 où elle n’est même pas
distinguée au sein d’une action spécifique. Il est à ce titre
notable de constater qu’aucun objectif n’est fixé à la CIRT ni à
MEDI 1 dans les documents budgétaires. Il semblerait plus pertinent
d’extraire cette subvention du périmètre de l’audiovisuel extérieur
comme l’a été CFI, désormais rattachée au programme 209
« Solidarité à l’égard des pays en voie de
développement » ou de la rattacher à la mission Action
extérieure de l’Etat. Enfin, on peut s’interroger sur les risques
financiers qu’encourt la CIRT en tant qu’actionnaire à 49 % de
MEDI 1, société qui a enregistré un résultat de -0,82 M€ pour
l’exercice 2008 du à une perte exceptionnelle de 1,8 M€ générée par
les résultats désastreux de la chaîne d’information satellitaire
MEDI 1 SAT dont MEDI 1 détenait 15 % et la CIRT 30 % du
capital. Si la CIRT est aujourd’hui directement désengagée de MEDI 1
SAT puisqu’elle a cédé sa participation en janvier 2009 aux deux
principaux partenaires marocains de cette société (FIPAR Holding et
Maroc Telecom) pour un montant qui ne nous a pas été communiqué, il
reste que la participation de MEDI 1 dans cette société semble
maintenue.
c. Le compte de concours financiers
Depuis la loi du 5
mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau
service public de la télévision, la holding Audiovisuel extérieur de
la France est une société nationale de programmes. A ce titre, elle
reçoit une part des ressources publiques retracées au compte de
concours financier n° 903-60 Avances à l’audiovisuel public dont
elle reverse une part à ses filiales chargées de missions de service
public. Le programme 844 « Contribution au financement de
l’action audiovisuelle extérieure » vient ainsi compléter le
montant de ressources allouées à l’audiovisuel extérieur par le
versement du produit de la redevance audiovisuelle, désormais
désignée par les mots « contribution à l’audiovisuel
public » (art. 29 de la loi précitée) dont bénéficient par
ailleurs les groupes France télévisions, ARTE France et Radio
France.
Le PLF 2010 prévoit
d’attribuer à la holding AEF 117 517 100 euros TTC (115,1 M€
HT) pour l’exercice 2010 au titre du programme 844, en augmentation
de 52 228 900 euros par rapport aux 65 288 200 euros de la
LFI 2009, soit +80 % tandis que le montant total du compte de
concours passerait de 2 997 645 613 en LFI 2009 à
3 122 754 032 en PLF 2010, en augmentation de
125 108 419 euros (+4,2 %) (9).
d. Synthèse des ressources publiques
Le montant total des
ressources de l’audiovisuel extérieur s’établirait ainsi à 316
587 100 euros TTC en 2010 contre 298 358 200
euros en 2009, en augmentation de 18 228 900 euros
(+6,1 %) répartie en une augmentation de 17,7 M€ TTC pour
la holding AEF et 0,5 M€ pour le CIRT, soit une augmentation de 16,7
M€ HT pour AEF. La structuration de ces ressources est fortement
modifiée puisque la part du budget général passe de 78,1 % à
62,9 % du total des ressources. Ces variations s’expliquent par
les contraintes de plafonnement de la mission Médias et d’équilibre
du compte de concours financiers. L’ensemble des dotations publiques
depuis 2008 est retracé dans le tableau suivant :
 Source : DDM
En réalité, cette
augmentation est moindre qu’il n’y paraît puisque le montant acté
par le conseil d’administration d’AEF faisait état d’un total de
ressources réparties de 300 M€ (299,9 M€ dans les documents
budgétaires) et non de 295,9 M€. En effet, 4 M€ supplémentaires ont
été alloués en gestion pour 2009 sans qu’aucune explication n’a été
apportée par la holding à ce besoin supplémentaire. On sait
néanmoins que plus du quart de ce besoin est lié au dépassement
budgétaire de la holding elle-même.
Financement public
de l’audiovisuel extérieur –Périmètre AEF
| |
2008 |
2009 |
Evolution
2009/2008 |
2010 |
Evolution 2010/2009 |
| |
M€ |
M€ |
M€ |
% |
M€ |
M€ |
% |
|
Ressources
publiques |
292,5 |
299,9 |
7,4 |
2,5% |
312,6 |
12,7 |
4,1% |
Ainsi, l’augmentation
des ressources allouées à l’audiovisuel extérieur, serait de 12,7
M€ (+4.1%) entre le total réparti en 2009 et le PLF 2010,
dont 6,5 M€ devraient théoriquement être consacrés à RFI et le
solde, soit 6,2 M€, consacré aux projets de développement de TV5 et
France 24 et au plan de communication de la holding, montant
manifestement insuffisant compte tenu de l’importance des projets de
développements présentés (par exemple pour France 24, le seul projet
d’extension de la diffusion en arabe représente un surcoût d’au
moins 3 M€).
L’objectif de baisse
future des ressources publiques allouées, déjà évoqué lors de
l’examen du budget 2009, est maintenu. Il pourrait l’être grâce aux
économies réalisées par les mutualisations et les synergies et à
l’augmentation des ressources propres des opérateurs sur lesquelles
se sont engagés les dirigeants de la société AEF.
Concernant France 24,
la dotation publique pour 2010 devrait être au minimum de
91 770 K€ auxquels il faut ajouter le surplus lié au calcul
d’indexation prévu à la convention. Il n’est pas encore possible
d’estimer le montant de cette indexation, tous les indices n’étant
pas encore connu à ce jour. Bien que France 24 soit désormais
filiale à 100% d’AEF, aucune clause ne prévoit que la signature du
COM par AEF viendrait mettre fin, pour sa dernière année de vigueur,
à la convention de subvention signée en 2005. Elle continue donc de
produire ses effets. En tout état de cause, on ne peut imaginer que
le montant versé à France 24 au titre du COM puisse lui être moins
favorable que celui qui lui aurait été versé au titre de la
convention de 2005.
Pour TV5 Monde, la
demande budgétaire présentée par la société (budget consolidé
prenant en compte TV5 Monde SA, TV5 USA et TV5 Argentina) est la
suivante pour ses ressources :
Ressources TV5
Monde (budget consolidé)
(montants exprimés
en K€)
| |
Exécution |
Budget |
quote
part |
Avant-projet |
quote
part |
Evolution |
%
Evol. |
| |
2008 |
2009 |
% |
2010 |
% |
2010-2009 |
2010-2009 |
|
France
|
69
716 |
70
583 |
71,9% |
74
673 |
71,7% |
4
090 |
5,8% |
|
Partenaires non
français |
14
330 |
18
505 |
18,8% |
20
178 |
19,4% |
1
673 |
9,0% |
|
Etats
africains |
0 |
100 |
0,1% |
50 |
0,0% |
-50 |
-50,0% |
|
Ressources
propres |
8
619 |
8
808 |
9,0% |
9
074 |
8,7% |
266 |
3,0% |
|
Reports
budgétaires |
-13 |
240 |
|
148 |
|
-92 |
-38,3% |
|
Total
des ressources |
92
652 |
98
236 |
100,0% |
104
123 |
100,0% |
5
887 |
6,0% |
Le plan financier
pluriannuel de TV5 Monde fait état d’un besoin de financement
supplémentaire pour les dépenses nouvelles de 31,3 M€ pour
l’ensemble du plan stratégique, dont 3,4 M€ en 2009, 6,7 M€ en
2010, 10,1 M€ en 2011 et 11,1 M€ en 2012. Les dépenses nouvelles
liées au plan stratégique, chiffrées à 6,7 M€ pour 2010, tiennent
compte de 1,7 M€ dédiés au sous-titrage, 1,5 M€ de renforcement de
la distribution, 1M€ d’amélioration de l’antenne et 0,5 M€ de
promotion-études et mesures d’efficacité. Le solde est destiné à TV5
Monde Plus (TV5 Média global avec notamment la mise en place d’une
plateforme de distribution de contenus, une mise en ligne en temps
réel des productions propres et une rédaction
multimédia).
TV5 Monde table sur un
auto-financement de 14,1 M€ grâce à une augmentation de ses recettes
publicitaires, aux économies réalisées par l’arrêt du satellite
analogique en Europe et à des redéploiements.
L’augmentation de la
subvention française demandée par la société pour 2010, soit 4,1 M€,
devrait permettre de financer pour 2,1 M€ les glissements de charges
(personnels, loyers, maintenance de l’immeuble), 2 M€ étant
consacrés à la restauration du niveau des programmes français.
Les arbitrages qui
seront rendus par la holding AEF pour la répartition des ressources
publiques françaises destinées à l’action audiovisuelle extérieure
devront tenir compte de la spécificité du financement de TV5 Monde
et des contraintes liées à l’affectation des ressources entre frais
communs, frais spécifiques et frais de siège. En effet, dans le
montage financier actuel entre les partenaires, ce sont
nécessairement les frais spécifiques qui sont la variable
d’ajustement d’un éventuel sous-financement des besoins de TV5
Monde. C’est la capacité à payer des droits de diffusion
d’événements sportifs fournis par les chaînes françaises (comme le
Tour de France) ou plus généralement à disposer d’un stock suffisant
de produits PAD (prêts à diffuser) français qui peut être
significativement réduite du fait d’un assèchement des ressources
publiques disponibles. A terme, c’est l’audience de la chaîne et ses
ressources qui pourraient être affectées par la lente décrue des
ressources publiques françaises finançant les frais spécifiques
français, frais spécifiques qui ne peuvent en aucun cas être
financés par les ressources propres de la chaîne. Ces ressources
propres sont d’ailleurs passées de 15,6 M€ en 2007 à 13,9 M€ en
2009. Il importe d’inverser le mouvement et de réajuster le montant
disponible pour le financement des programmes français afin d’être
en mesure de répondre à l’une des visées fondatrices de l’action
audiovisuelle extérieure.
Les règles de
financement de TV5 Monde
Elles ont été fixées
par la Charte de TV5 Monde. Les dépenses de la chaîne sont réparties
en trois catégories répondant à des règles spécifiques de
financement.
1- Les frais
communs
Les frais communs sont
financés en respectant la quote-part de chaque partenaire. La France
doit contribuer à financer 6/9ème de ces
frais.
2- Les frais de
siège
Il a été convenu que
la France, où se situe le siège de TV5 Monde, finance 50% de ces
frais. Les 50% restants sont financés en respectant la quote-part de
chaque partenaire. Au total, la France doit financer 83,33% des
frais de siège.
3- Les frais
spécifiques à chaque partenaire
Chaque partenaire est
libre de consacrer les montants qu’il souhaite au financement des
frais liés aux programmes issus de son territoire et valorisant sa
participation à la francophonie.
e. Les ressources autres que le financement
public par la France
La baisse des
ressources publiques étant maintenue, il est crucial de savoir
quelles sont les autres ressources dont disposent et dont pourraient
disposer à l’avenir les opérateurs de l’audiovisuel extérieur
puisque c’est en partie la croissance de ces ressources qui
devraient permettre ce désengagement financier public, pour passer
sous la barre de 300 M€. Bien entendu, ces ressources doivent
présenter une contribution nette au résultat positive et leur
augmentation ne peut se faire au détriment de la mission de service
public des opérateurs.
Les ressources
propres
Le compte de résultat
prévisionnel consolidé du groupe AEF, tel qu’il figure dans le PAP
2010, fait apparaître une prévision de ressources propres pour
l’exercice 2010 de 18,4 M€, en augmentation de 3,8 M€ (+26 %)
par rapport au budget 2009 et de 3,1 M€ par rapport à la réalisation
2008. La répartition de cette augmentation substantielle des
ressources propres n’est pas détaillée, ni par type de ressources ni
par opérateur, de même que nous ne disposons pas non plus de cette
ventilation sur le réalisé 2008 et l’estimation 2009. Ces ressources
propres sont constituées de recettes publicitaires et de parrainage,
des produits de la vente de contenus multimédias, d’images, de sons,
produits dérivés, partenariats, etc. Des produits financiers peuvent
également, dans certains cas, être ajoutés aux ressources propres
(cas de TV5 et de RFI) bien que cela nous semble inapproprié,
l’activité des opérateurs ne consistant pas à faire du placement
financier. Le résultat financier, positif ou négatif, devrait
figurer sur une ligne distincte et ne pas être confondu avec les
produits d’exploitation, tant au niveau du compte d’exploitation
consolidé que pour chaque société. En tout état de cause, la
disparité des présentations selon les sociétés nous amènent à
recommander vivement leur harmonisation pour une meilleure
lisibilité.
Concernant France 24,
sa régie publicitaire a été confiée à France 24 Advertising,
constituée en décembre 2006, dont elle détient 100 % du
capital. Le coût de fonctionnement de la régie, qui emploie une
dizaine de salariés en charge des activités commerciales, marketing
et diffusion, est, pour l’année 2008, de 1,6 M€ pour un chiffre
d’affaires de 3,5 M€, soit une contribution nette de 1,9 M€ et un
ratio coût/recettes de 46 %, en net retrait par rapport aux
prévisions qui était d’une contribution nette de 2,5 M€. Le montant
des recettes nettes pour 2009 devraient avoisiner les 1,6 M€
(-15,6 %). Aucun élément ne nous est fourni pour l’exercice
2010.
Pour RFI, le montant
de ces ressources propres s’élevait à 1,6 M€ en 2008, dont 1,3 M€
pour les recettes de publicité et de parrainage provenant à
83 % de l’antenne et 17 % pour le site. Celui-ci a ainsi
servi de plateforme de communication pour près de 150 annonceurs,
majoritairement français. La prévision de ressources propres pour
2009 était de 1,3 M€, dont moins de la moitié était réalisé au 30
juin. Comme pour France 24, aucun élément ne nous a été communiqué
pour l’exercice 2010.
Quant à TV5 Monde, ses
ressources publicitaires devraient s’élever à 3,3M€ en 2009, en
augmentation de 0,4 M€ par rapport à 2008, grâce au minimum prévu
par le contrat entre TV5 et France Télévisions Publicité (FTP).
Rappelons que FTP a obtenu l’exclusivité de la commercialisation des
écrans publicitaires de TV5 Monde, avec un minimum garanti. Ce
contrat prendra fin le 31 décembre 2011. D’autres part, la publicité
qui n’est apparue sur le site Internet qu’en 2009, représente à
l’heure actuelle 4% des recettes publicitaires totales. Les autres
ressources propres de TV5 Monde sont constituées de recettes
commerciales d’abonnements et de distribution. Il est prévu pour
l’année 2010 une augmentation des ressources publicitaires de
27 %, ce qui devrait les établir à 3,7 M€ et une diminution de
8 % de la contre-valeur en euros des recettes d’abonnements.

Source :
DDM
Tous ces éléments nous
disent peu de choses sur la façon dont les dirigeants de
l’audiovisuel extérieur comptent s’y prendre pour atteindre leur
objectif de 18,4M€ de ressources propres en 2010 et sur leur nature.
Nous n’avons aucun moyen de recoupement entre les éléments
disparates fournis par société et le chiffre consolidé au niveau de
la holding.
Les autres ressources
Notre recommandation
concernant la présentation des ressources autres que les subventions
budgétaires françaises nous amène à préconiser que les subventions
européennes reçues par RFI dans le cadre du projet Euranet (réseau
des radios européennes) ne soient pas assimilée à une ressource
propre mais à une autre ressource. Il devrait en être ainsi de toute
ressource subventionnelle.
Certaines de ces
autres ressources sont de nature technique (reprise de subvention
d’investissements, reprises de provisions), d’autres relèvent de
montages particuliers (échanges marchandises, échanges médias).
Ces autres ressources
devraient être en diminution sur l’exercice 2010, à 32,6 M€ contre
35,8 M€ en 2009 (-8.9%) et 33,3 M€ en 2008.
Il faut bien entendu
distinguer les subventions allouées par les États francophones à TV5
Monde. Le montant versé par les partenaires non français devrait
s’établir à 20 178 K€ en 2010, les versements des États
africains ayant quant à eux été ramenés à un objectif modeste de 50
K€. Rappelons l’engagement pris lors du plan stratégique 2009-2012
d’une hausse du budget de TV5 monde pour atteindre 109 M€ en 2012,
en augmentation de 11 millions, financés pour partie par
l’augmentation des ressources propres et pour l’autre partie par les
contributions des partenaires francophones compte tenu du
rééquilibrage de la répartition du financement entre ces partenaires
et la France. La France s’est engagée à maintenir les marges de
manœuvre dégagées sur la
contribution française du fait de ces rééquilibrages. Ce
rééquilibrage a d’ailleurs permis, grâce aux sommes dégagées en
2009, de financer les 2 M€ de quote-part française sur les 3,4 M€
prévus par le plan stratégique destinés à permettre le développement
de l’offre de média global, la création d’un nouveau signal TV5
Monde Pacifique et de procéder à une amélioration de l’antenne. Les
contributions des partenaires francophones se sont élevées à 18,5 M€
en 2009, en augmentation de 23%, pour un budget total consolidé de
98,2 M€. Leur montant pour 2010 devrait s’élever à 20,2 M€, en
augmentation de 1,7 € (+9%).
Synthèse des
produits d’exploitation pour le pôle Audiovisuel
extérieur
| |
Estimation |
Budget |
|
|
| |
2009 |
2010 |
Variation |
% |
|
Ressources
publiques françaises |
299,9 |
312,6 |
12,7 |
4,2% |
|
Ressources
propres |
14,6 |
18,4 |
3,8 |
26,0% |
|
Autres
ressources |
35,8 |
32,6 |
-3,2 |
-8,9% |
|
Total
produits d'exploitation |
350,3 |
363,6 |
13,3 |
3,8% |
|
Source :
documents budgétaires PLF
2010 |
La très forte
augmentation (+26%) des ressources propres des différentes entités
n’étant pas justifiée par les documents qui nous ont été transmis et
n’étant pas garantie comme peuvent l’être les apports publics
français et francophones, on peut craindre que le résultat net
consolidé présenté à l’équilibre par la holding AEF pour l’exercice
2010 ne soit pas réaliste, compte tenu notamment de prévisions de
dépenses qui ne nous paraissent pas en phase avec les projets
présentés. Interrogée, la DDM n’a pu nous fournir de précisions
quant à ce compte de résultat prévisionnel consolidé. Pourtant, on
voit mal comment il est possible de présenter un compte
d’exploitation prévisionnel consolidé sans disposer des éléments qui
sont consolidés ! A moins de donner un blanc seing à la
direction de l’AEF…
Enfin, il faut noter
que ce compte de résultat prévisionnel est présenté sans tenir
compte de la réserve de précaution, les dirigeants de l’AEF ayant
semble-t-il obtenu l’assurance qu’elle serait levée pour l’ensemble
de leurs crédits, bien que le dégel ne soit pas encore intervenu à
ce jour.
4) Des objectifs et indicateurs de performance
insuffisants
L’objectif général
poursuivi par la réforme vise à créer un ensemble efficace et
cohérent. Cet objectif s’est matérialisé par la création en avril
2008 d’AEF puis la reprise de RFI et l’acquisition de France 24 et
de TV5 Monde au cours du 1er semestre 2009. La
formulation des objectifs, telle qu’elle figure dans les différents
documents tant budgétaires que conventionnels, telle qu’elle ressort
des déclarations des responsables politiques et des dirigeants d’AEF
mais aussi de TV5 Monde, de France 24 et de RFI, telle enfin qu’elle
figurera dans le COM, est essentielle pour s’assurer qu’il y a bien
un seul discours et, partant, une seule politique, cohérente,
comprise et acceptée par tous les intervenants. Nous reprenons ici
les objectifs présentés dans les documents budgétaires, du PLF 2009
et du PLF 2010.
Rappel des missions
de la holding
- Mission de
modernisation et de coordination des opérateurs
- Définition
d’une stratégie globale et cohérente
- Définition
des priorités de développement des différents
opérateurs
Objectifs de la
holding – PLF 2009
- Rechercher
et mettre en œuvre des synergies
et avantages liés au regroupement
- Définir
une stratégie globale et cohérente, donnant des priorités claires
en terme de publics visés et objectifs géographiques et moyen de
diffusion pour chaque zone géographique
- Créer les
conditions de la modernisation, notamment sur le plan des
nouvelles technologies
- Ces
objectifs ont été complétés en PLF 2010 par le développement de la
présence française et l’offre multimédia.
Objectifs de France
24 – PLF 2009
- Décrochage
en espagnol – Remplacé en 2010 par la poursuite du développement
en langue arabe (accroissement des volumes, renforcement des
contenus)
- Extension
de la diffusion en Asie, en Amérique latine et en Amérique du Nord
– confirmé en PLF 2010 sauf pour l’Amérique du Nord
- Renforcer
les synergies avec les acteurs de l’audiovisuel extérieur
français- confirmé et précisé en 2010 (pôle arabophone, mise en
commun des correspondants étrangers, harmonisation des sites,
émissions communes)
- Renforcement de sa
distribution à destination des particuliers et des collectivités
(hôtels, aéroports, etc.) – confirmé en 2010
- Assurer sa
présence et sa distribution sur les nouveaux médias et renforcer
l’interactivité avec les internautes
- Accroître
son taux de notoriété dans ses zones de diffusion- confirmé en
2010
- Renforcer
sa réactivité et sa capacité à couvrir les événements d’actualité
dans le monde entier
- Objectif
supplémentaire 2010 : augmenter les ressources
propres
Objectifs de RFI –
PLF 2009
- Repenser
sa stratégie de diffusion, tant du point de vue des publics visés
que des zones géographiques prioritaires.
- Réformer
sa politique de diffusion –langues, publics, supports de
diffusion. Précisé en 2010 : les langues prioritaires sont
l’anglais, l’espagnol, le chinois, le persan, le vietnamien, le
russe et les langues africaines comme l’haoussa et le
swahili.
- Mettre en
œuvre des synergies,
avec TV5 Monde et France 24 (contenus et fonctions supports) –
confirmé en 2010
- Améliorer
la structure financière en visant un retour à l’équilibre
- confirmé
et précisé en 2010 : pour un équilibre retrouvé en 2010 grâce
à un effet du plan de sauvegarde de l’emploi.
- Objectif
supplémentaire 2010 : développement de la diffusion en FM,
refonte du site, développement de webs radios, radio numérique
terrestre, téléphonie mobile.
Objectifs de TV5
Monde – PLF 2009
- politique
de sous-titrage – confirmé avec le lancement en 2010 de deux
nouvelles langues de sous-titrage
- consolider
son audience dans un contexte de passage au tout numérique –
confirmé, avec en plus un élargissement de son audience (lancement
d’un second signal africain destiné au marché anglophone)
- renforcer
son développement multimédia (web, téléphonie)- confirmé,
avec le lancement de deux nouvelles webTV, le développement des
offres à la demande locales et la montée du web participatif type
Youtube, Dailymotion ou Twitter
- combler le
déficit d’image et renforcer son identité – confirmé avec
l’extension à tous les supports et dans tous les pays de la
nouvelle charte graphique
Rappelons que la
particularité de la situation de TV5 Monde est que ses objectifs
sont définis dans un cadre qui dépasse le seul partenaire français
pour être discutés et fixés par les réunions ministérielles de tous
les partenaires dans un plan stratégique 2009-2012.
a. Analyse critique des objectifs et indicateurs
déclinés par le programme 115
Le programme 115
prévoit deux objectifs, assortis de deux indicateurs pour le premier
et de quatre pour le second, ces indicateurs pouvant être complétés
par des indicateurs de contexte non assortis d’objectifs. Le passage
de la notion d’objectifs à celle d’indicateurs est essentielle,
cette traduction ne devant pas perdre en cours de route l’essence du
projet « Pôle audiovisuel extérieur ». Or, à la lecture du
PAP 2010, on ne peut que déplorer le manque d’ambition reflétée par
une mise en œuvre a minima demandée
par la tutelle. De plus, ces indicateurs et objectifs ne sont que
partiellement en adéquation avec les objectifs généraux figurant
dans les missions de l’audiovisuel extérieur.
Objectif n°1 :
Développer la présence française et francophone dans le paysage
audiovisuel mondial
Ce premier objectif
est la traduction de la mission politique et de la mission
culturelle assignées au pôle de l’audiovisuel extérieur en vue
d’augmenter notre influence et de proposer une vision française et
francophone du monde. Deux indicateurs lui sont associés:
« audience réelle » et « nombre de visiteurs uniques
du ou des sites Internet », auquel s’ajoute un indicateur de
contexte « notoriété totale » pour France 24 et TV5 Monde.
L’audience est ainsi l’indicateur exclusif de ces deux missions.
Pourtant, l’influence d’un média peut se mesurer selon d’autres
critères : le nombre de fois où ses reportages sont cités par
un panel représentatif d’autres médias (taux de reprise), la
perception qu’en ont les « leaders d’opinion » comme
relais efficace de leur opinion le rendant incontournable pour y
défendre ses positions, la censure dont il peut être victime, etc.
Tant RFI que France 24 ont ainsi été victimes de mesures coercitives
telles que refus de délivrer des visas, menaces, détérioration du
matériel, fermetures des émetteurs, coupures des sites internet.
Concernant France 24, l’année 2009 a connu un véritable changement
d’attitude de certaines autorités à son égard. Les pays où ces
empêchements ont été constatés sont l’Algérie, le Congo, le Gabon,
la République démocratique du Congo, le Maroc, le Niger, le
Zimbabwe, l’Iran pour France 24, la Côte d’Ivoire, le Niger, la
République démocratique du Congo, le Tchad, le Gabon pour RFI qui a
également subi la censure de ses sites en chinois, en persan et en
vietnamien.
Objectif n°2 :
Assurer la maîtrise de l’emploi et de la masse salariale et
optimiser la gestion
Ce second objectif
traduit la mission dévolue au pôle AEF d’augmenter l’efficacité des
différends opérateurs par une meilleure gestion des moyens alloués.
Il devrait mesurer les efforts faits en matières de mutualisations
des moyens et des synergies mises en place. La maîtrise de l’emploi
et de la masse salariale n’est qu’un des aspects possibles de cette
optimisation et ne peut être ainsi mis en exerce d’une manière aussi
exclusive. Chaque ligne du compte de résultat, qu’elle soit de
ressource ou de dépense, mérite l’attention des dirigeants. La
focalisation sur les ressources humaines, bouc émissaire facile
d’une gestion maladroite, retarde souvent le véritable travail
d’optimisation de la gestion. Celle-ci passe par la mise en place
d’un contrôle de gestion véritable, opérationnel, la mise en place
d’une comptabilité analytique, la définition des clés de
répartitions des charges mutualisées et l’effectivité des
refacturations internes afin d’être en mesure de fournir des
éléments d’analyse de la contribution nette des différentes
activités développées par chaque opérateur. Cela n’exclut pas
d’accepter que la contribution d’une activité soit négative si son
maintien se justifie pour des raisons stratégiques qui ne peuvent
être décidées que par les autorités de tutelle.
Par ailleurs, la mise
en place d’un suivi des contrats passés par les différentes
sociétés, avec leur date d’échéance et les conditions de
dénonciation, permettrait de ne pas rater les occasions de
mutualisations possibles (nous pensons par exemple au contrat avec
FTP venant à échéance le 31 décembre 2011).
Cet objectif est suivi
par quatre indicateurs : part des ressources propres dans les
ressources totales, part de la masse salariale dans les charges
d’exploitation, part des dépenses de programmes dans les dépenses
totales, frais généraux rapportés aux dépenses totales, indicateurs
qui nous semblent très insuffisants pour mesurer l’efficacité du
management du pôle Audiovisuel extérieur.
Par exemple,
concernant la masse salariale, on ne peut pas mettre au même plan
les frais de personnel directement liés à la production de
programmes et ceux liés à l’administration de l’entreprise. Ainsi,
l’engagement de France 24, selon les termes de la convention de
subvention, d’augmenter à 70% la part de production d’émissions
propres (contre 50% à l’heure actuelle) pourrait se traduire par une
augmentation de sa masse salariale qui serait justifiée. Il est
d’ailleurs étonnant qu’un indicateur de contexte, visant à suivre le
volume d’heures produites, rapportés au total des effectifs
permanents, ait été prévu pour RFI mais pas pour France 24.
b. Distribution, notoriété et audience: le cas
de France 24 et de son site
La couverture
de France 24 est évaluée à 101 millions de foyers en juin 2009, dans
160 pays, contre 90 millions en décembre 2008. Elle est également
proposée dans 685 000 chambres d’hôtels (Europe, Moyen-Orient
et Afrique) et 46 000 en Asie dont respectivement 59% et 26%
dans des hôtels quatre étoiles et plus. Elle est disponible
gratuitement en réception directe en clair pour 47 millions de
foyers via un satellite de diffusion primaire et proposée à 32,7
millions de foyers abonnés à un bouquet de chaînes diffusé par
satellite. France 24 a en effet conclu des accords de référencement
avec les principaux opérateurs de bouquet numérique co-localisés sur
les positions satellitaires primaires de la chaîne (par exemple
CANALSATELLITE en France, CANAL OVERSEAS au Maghreb, VIASAT en
Ukraine, NOVA en Grèce, ORBIT et SHOWTIME au Moyen-Orient) et des
accords de redistribution avec d’autres bouquets satellite (par
exemple les bouquets satellite ZON et MEO au Portugal, le bouquet
YES en Israël, les bouquets CANALSAT HORIZONS et MULTICHOICE/DSTV en
Afrique subsaharienne). La part de sa distribution satellite par
l’intermédiaire de bouquets payants est ainsi de 41%. Des accords
ont également été conclus avec une centaine de câblo-opérateurs et
opérateurs MMDS (microwave multipoint distribution system),
couvrant 10,2 millions de foyers en Europe et en Afrique. Elle est
en outre proposée gratuitement à 3,5 millions de foyers en Italie,
aux Etats-Unis et sur l’île Maurice via la TNT. Enfin, 7,5 millions
de foyers peuvent la recevoir par mode IP (ADSL) grâce à des accords
de distribution avec une vingtaine d’opérateurs.
|
(millions de
foyers couverts - mi 2009) |
|
Satellite de
diffusion primaire |
47 |
|
|
Référencement/redistribution |
32,7 |
|
|
S/ total
satellite |
79,7 |
78,9% |
|
Réseaux
câblés/ réseaux MMDS |
10,2 |
10,1% |
|
Réseaux
ADSL |
7,5 |
7,4% |
|
TNT |
3,55 |
3,5% |
|
Total |
100,95 |
100,0% |
France 24 prévoit une
couverture de 105 millions de foyers fin 2009. Le coût actuel de sa
distribution est de 3,8 M€ pour les satellites et de 2,9 M€ pour le
référencement (domicile et hôtels). Nous n’avons pas d’éléments pour
les autres modes de distribution. L’évaluation de ses coûts de
distribution, estimés à 11,8 M€, comprennent des charges de
distribution et de marketing web, de marketing international, de
force commerciale et de marketing opérationnel pour 5,1 M€. La
chaîne prévoit de s’attaquer à d’autres marchés utilisant les
nouvelles technologies (vidéo à la demande, télévision sur téléphone
mobile, etc.) et d’accroître sa zone de couverture à l’ensemble du
monde. Cette expansion pourra avoir une incidence budgétaire
contrainte puisqu’en vertu de la convention de subvention qui lie
France 24 à l’État, la société est en droit de demander une révision
à la hausse du montant de la subvention si « elle est en
mesure d’accroître les zones géographiques de diffusion de la chaîne
ou le nombre de langues de diffusion de ses programmes en langues
étrangères ou de renforcer ses moyens éditoriaux ou doit mobiliser
des moyens exceptionnels pour rendre compte correctement de
l’actualité ».
Langues de
diffusion : France 24 émet 24h/24 en français et en anglais
et assure dix heures de programmes en arabe depuis le 28 avril 2009.
L’impact de l’extension de quatre à dix heures d’émission
quotidienne serait de 0,8 M€ sur le budget antenne et de 0,9 M€ sur
les dépenses techniques, soit 1,7 M€ sans compter l’augmentation des
dépenses de la direction des affaires générales. L’objectif est de
passer à une diffusion 24h/24 en 2011 après une augmentation à 12
voire 15 heures en 2010. L’estimation actuelle du surcoût sur 2010
de cette extension est de 3 M€ (auxquels il faudra ajouter la
nécessaire amélioration des programmes qui n’a pas encore pu être
mise en place en 2009). Il en coûtera 6,7 M€ de plus en 2011 pour le
passage de 12 à 24h. France 24 en français est reçue par 80
millions. Il en est de même pour sa version anglaise. La fenêtre
arabe est reçue par 51 millions de foyers. La diffusion en espagnol
est abandonnée pour le moment.
La cible
prioritaire est celle des leaders d’opinions, notion floue au
demeurant, excluant de fait l’homme de la rue. Elle ne tient pas
compte d’une catégorie spécifique, pourtant définie comme cible,
celle de nos concitoyens vivant à l’étranger. En effet, l’article 44
de la loi relative à la liberté de communication stipule
expressément que la société nationale de programme en charge de
l’audiovisuel extérieur « définit ou contribue à définir les
orientations stratégiques et la coordination des services de
communication audiovisuelle, en français ou en langues étrangères,
destinés en particulier au public français résidant à
l'étranger et au public étranger, édités par des sociétés dont
elle détient tout ou partie du capital ». La vision
française du monde proposée par France 24 ne semble destinée, selon
les options prises, qu’à certaines catégories socioprofessionnelles
des pays de diffusion (cadres d’entreprise, élus et hauts
fonctionnaires, journalistes, universitaires, artistes et
intellectuels). Bien entendu, la société AEF peut faire le choix,
pour remplir son obligation légale, d’attribuer à TV5 Monde la
couverture du public français résidant à l’étranger. Dans ce cas, on
peut s’interroger sur la pertinence à diffuser France 24 en français
dans des pays non francophones tout comme on peut s’interroger sur
sa diffusion sur le territoire français lui-même, en dehors d’une
diffusion hôtelière.
Notoriété.
C’est un indicateur préliminaire de la consommation ou de l’usage
d’un produit. A ce titre, elle prédétermine le comportement futur.
D’autres éléments de l’image jouent un rôle prédéterminant de cette
consommation ou de cet usage, comme la dimension favorable ou
défavorable. Cela joue d’autant plus pour un média fortement associé
à un pays. L’image d’un média peut-elle être favorable quand le pays
qui le propose a une image négative auprès du public visé? Au
contraire, l’image d’un média n’est-elle pas portée par l’image du
pays et l’envie de ce média ne naît-elle pas d’abord du désir que
suscite le pays en question ? La question de la crédibilité
d’un média qui peut être identifié comme trop lié au pouvoir doit
également être posée, ce qui n’est pas sans conséquence sur son
image.
La notoriété est
particulièrement importante au début de la vie d’un produit ou d’un
service afin de mesurer son degré d’installation dans l’univers de
référence du consommateur ou de l’usager. Elle se décline en
notoriété spontanée puis en notoriété assistée ou globale. C’est la
notoriété spontanée et non la notoriété assistée qui est
l’indicateur pertinent pour un média auquel une mission d’influence
a été assignée. En effet, on se souvient de ce qui influence, de ce
qui fait référence. Si France 24 n’est pas citée spontanément par la
personne interrogée comme chaîne d’information internationale, c’est
qu’elle ne fait pas référence. De plus, dans un univers où il y a
une offre concurrentielle importante, il est d’autant plus important
de faire partie du sous-groupe « notoriété spontanée ».
Enfin, un biais peut exister quand la marque du produit est
fortement liée à un autre produit dont la notoriété est elle-même
particulièrement forte, ce qui est le cas pour France 24 avec le
« produit » France. C’est donc la notoriété spontanée qui
est l’indicateur pertinent et elle mériterait d’être complétée par
d’autres indicateurs d’image. Or, c’est la notoriété assistée qui
est retenue comme indicateur de performance tant par les autorités
de tutelle que par la direction d’AEF, alors que l’objectif doit
être de progresser sur le critère « notoriété spontanée ».
Notoriété spontanée
de France 24
(réponse à la
question « Quelles sont toutes les chaînes d’information
internationale que vous connaissez ne serait-ce que de
nom ? »)
| |
janv-09 |
|
Côte
d'Ivoire |
79% |
|
Gabon |
63% |
|
Sénégal |
64% |
|
Algérie |
44% |
|
Maroc |
28% |
|
Tunisie |
34% |
|
Egypte |
8% |
Source : TNS
Sofres, interviews téléphoniques en janvier 2009 de cent leaders
d’opinion dans chaque pays
On peut s’interroger
sur la sélection opérée par la direction d’AEF, pour suivre son
implantation, de ne retenir que trois pays d’Afrique francophone. Il
nous paraît souhaitable de prévoir une mesure d’audience sur les
autres pays d’Afrique francophone. Pour les pays du Maghreb, Al
Jazeera se démarque très nettement des chaînes occidentales, sa
notoriété spontanée étant de 73% en Algérie, 66% au Maroc et 82% en
Tunisie. Par ailleurs, France 24 bénéficie sans conteste de la
marque « France » dans ces pays lui permettant de se
situer avant les chaînes anglo-saxonnes BBC World et CNNI.
Nous ne disposons
malheureusement d’aucun élément pour apprécier l’impact de la
diffusion aux Etats-Unis et plus généralement de la diffusion en
anglais (alors que le signal anglais est diffusé en clair sur 6
positions satellitaires et est proposé à 80 millions de foyers).
Pour l’Europe, selon
l’enquête EMS réalisée à l’été 2009 par Interview NSS –Synovate,
portant sur seize pays européens et mesurant l’audience et
l’affinité des médias internationaux auprès de la catégorie CSP+ et
leaders, la notoriété de France 24 est médiocre puisqu’elle n’est
que de 19,7% contre 17,8% un an plus tôt, ce qui la place en
avant-dernière position, très loin derrière CNNI (83,2%), BBC World
(77,3%), Sky News (73%), ou même al Jazeera (49,2%) alors même que
la chaîne supporte des frais de distribution dans ces pays avec par
exemple les accords de référencement en Belgique, Espagne, Italie,
Pays-Bas, Portugal, Royaume Uni, sans compter la distribution sur
les réseaux câblés et la diffusion TNT en Italie.
Il faudrait pourtant
mesurer l’efficacité de la couverture de France 24 en rapportant le
taux de notoriété spontanée au coût de distribution et faire de même
avec l’audience réelle pertinente. Cela est d’autant plus vrai que
la chaîne a des ambitions d’extension de sa diffusion géographique
et de ses modes de distribution. L’extension de la diffusion en
arabe, dont le surcoût n’est pas négligeable, exige également de
mesurer le succès de l’implantation de la chaîne dans les pays
cibles.
Concernant
l’audience, on peut s’interroger sur la pertinence de retenir
comme indicateur le « pourcentage de répondants déclarant avoir
regardé France 24 au moins deux minutes au cours des trente jours
précédent le sondage ». Toujours au regard de la mission
d’influence, peut-on valablement soutenir avoir une influence dans
ces conditions ? C’est sur le pourcentage de personnes ayant
déclaré avoir regardé France 24 la veille voire au cours des sept
derniers jours qu’il faut se concentrer. Le pourcentage
« trente derniers jours », qu’il faut bien entendu
maintenir, est à considérer davantage comme un élément de notoriété
que comme véritablement une audience. L’objectif à fixer à la chaîne
par la tutelle n’est pas seulement le maintien de l’audience
« trente derniers jours » mais la transformation de cette
audience en une audience « sept derniers jours » et, mieux
encore, en une audience « veille ». On ne peut par
ailleurs que regretter que les mesures de France 24, malgré un
budget de 562 K€ pour la chaîne et de 300 K€ pour la société AEF, ne
couvrent que peu de zones.
Audience
« veille » de France 24
| |
2008 |
2009 |
%
évolution |
|
Côte
d'Ivoire |
41 |
68 |
65,9% |
|
Gabon |
35 |
52 |
48,6% |
|
Sénégal |
36 |
55 |
52,8% |
|
Algérie |
46 |
40 |
-13,0% |
|
Maroc |
21 |
30 |
42,9% |
|
Tunisie |
20 |
29 |
45,0% |
Source : TNS
Sofres, enquêtes téléphoniques effectuées en janvier 2008 et janvier
2009 auprès de 100 leaders d’opinions dans chaque
pays
Si, sur les trois pays
d’Afrique francophone, les résultats de France 24 sont satisfaisants
et connaissent une forte progression entre 2008 et 2009, il n’en est
pas de même pour les trois pays du Maghreb, l’Algérie marquant même
un recul important de son audience « veille », du fait
semble-t-il d’un glissement de l’audience « veille » vers
une audience « sept derniers jours ».
Sur l’Europe, l’étude
EMS Summer 2009 montre une audience confidentielle de France 24, là
encore parmi les plus mauvais scores de sa catégorie, juste avant
DW-TV et Russia Today, très loin derrière CNNI, Euronews ou Al
Jazeera. Ainsi, l’audience vielle est insignifiante et stagne (0,6%
contre 0,5% en 2008) tandis que l’audience « sept derniers
jours » n’est que de 2,4%, en progression de 0,2 points par
rapport à la même enquête un an plus tôt. A titre de comparaison,
l’audience de CNNI en 2009 est de 3,8% et 16%, celle d’Euronews de
4,4% et 16,8%, pour les résultats « veille » et
« sept derniers jours ».
Internet. La
fréquentation du site est bien entendu un élément important de la
notoriété de France 24 et de son installation dans le paysage média
mondial. Cependant, le contenu de ce site et plus généralement la
politique éditoriale sur les différents supports utilisés, ne
doivent pas céder à la tentation séductrice d’opérations marketing
visant à attirer des visiteurs sans garantie du contenu et sans
respect de l’éthique, sauf à décrédibiliser le sérieux de
l’information de France 24. Nous recommandons à la direction d’être
particulièrement attentive aux dérives qui pourraient s’opérer du
fait d’une course au chiffre et à limiter les opérations dites
d’infotainment.
Il serait préférable d’avoir une politique soutenue de
syndication des contenus d’une part et de référencement d’autre part
participant à augmenter l’audience. France 24 a déjà conclu de
nombreux accords avec des sites tels que MSN, Yahoo, des portails en
Australie ou au Québec, des quotidiens comme le Monde ou Libération
et des sites tels que YouTube ou Dailymotion. Enfin, elle a lancé un
site participatif de contributions amateurs dont il reste à mesurer
les effets (site observateurs.france24.com ou observers.france24.com
en anglais). Une équipe technique de 8 à 10 personnes développe ces
nouveaux sites, 5 personnes sont affectées au
« webmarketing » tandis que le rédactionnel est assuré par
une quarantaine de journalistes. Le coût annuel de l’activité
multimédia (Internet mais également mobile, etc.) serait de 7 M€,
soit 8% des charges hors frais généraux.
Nous considérons qu’il
faut distinguer les visiteurs uniques mensuels situés en France des
autres visiteurs. Pour ce qui est des visiteurs mensuels uniques en
France, ils étaient 1,487 millions en juin 2009, mois ayant connu un
pic de fréquentation du fait d’une forte actualité (décès de M.
Jackson, événements en Iran, crashs aériens, élections européennes,
…) alors même que, selon l’enquête Médiamétrie/NetRatings les sites
d’actualités ont été consultés par plus de 22 millions d’internautes
(+7% d’augmentation par rapport au mois de mai 2009). Ainsi le site
de France 24 n’aura reçu en juin 2009 la visite que de 6,6% des
internautes ayant visité en France un site d’information, avec un
durée de visite également inférieure : 20 minutes en moyenne
contre 49 minutes pour l’ensemble des sites d’actualité sur ce mois.
Concernant le taux de pénétration du site, il est également très
faible, avec seulement 4,3% des 34 224 000 internautes qui
se sont connectés au cours de ce mois de juin. Ces résultats sont à
comparer au succès que rencontrent les sites de la BBC auprès des
internautes anglais (10,603 millions de visiteurs) et de CNN avec
23,166 millions de visiteurs mensuels de son site aux Etats-Unis,
Hors France, la
moyenne mensuelle sur les six premiers mois de l’année 2009
s’établirait à 3,3 millions de visiteurs uniques par mois compte
tenu d’une quote part des visiteurs France d’environ 22% du total
des visiteurs du site. Dans le même temps, le site de CNN reçoit la
visite mensuelle de 2 millions d’internautes hors Etats-Unis et le
site de la BBC connaît une fréquentation de 6 millions de visiteurs
hors Royaume Uni.
Compte tenu de tous
ces éléments, nous ne pouvons qu’être surpris de constater que le
PAP 2010 ne fixe pas d’objectif ambitieux de progression pour les
sites Internet de France 24, la société prévoyant même une pause
dans l’augmentation des visiteurs tant pour le second semestre
2009 que pour l’année 2010 !
Nous appelons la
tutelle à réviser à la hausse l’ensemble des objectifs de notoriété,
d’audience de la chaîne et de visiteurs du site fixés à France
24.
Mesures de
l’audience pour TV5 Monde et RFI : l’expérience
Africascope
Il convient de
souligner l’intérêt de la mesure annuelle mise en place dans quatre
pays africains (Cameroun, Côte d’Ivoire et Sénégal, un quatrième
pays étant ajouté chaque année, la République démocratique du Congo
en 2008) fédérant cinq souscripteurs (FTP International, RFI, TV5
Monde, CFI et Canal+ Horizons,), réalisée par TNS
Sofres dans les capitales économiques ou politiques des pays
concernés, à la suite d’un appel d’offre lancé il y a deux ans.
France 24 est devenue partenaire d’Africascope, ce qui a nécessité
l’intégration d’un suréchantillon pour les CSP+. Cette étude, dont
les coûts sont ainsi mutualisés (10), est menée sur un
échantillon de 1000 personnes et permet d’enrichir les mesures de
performance d’audience. Elle mériterait d’être étendue à d’autres
pays et sans doute à d’autres continents. En mai 2009, l’enquête
Africascope a porté sur Abidjan,
Dakar, Douala, Kinshasa et Yaoundé. Elle a ainsi fait ressortir les
performances médiocres de France 24 à Kinshasa, puisque son audience
(3% d’audience cumulée hebdomadaire) est à peine la moitié de celle
d’Euronews. Elle confirme le bon positionnement de France 24 en Côte
d’Ivoire (avec une audience cumulée hebdomadaire de
51,8%).
Autres modes de
diffusion : encore peu de recul
La société France 24
attaque tous azimuts l’ensemble des marchés émergents liés notamment
à la téléphonie mobile. Le programme France 24 Mobile a été lancé et
un partenariat avec Orange ainsi qu’avec Maroc Télécom a été conclu
pour une distribution de la chaîne ou de ses principales émissions
en vidéo à la demande. De même, une application téléchargeable
gratuitement sur Iphone a été développée, proposant par exemple le
dernier journal télévisé ou la météo. Des versions optimisées sont
également disponibles pour Blackberry et Nokia. Ces expérimentations
sont encore trop récentes pour juger de leur pertinence. Toutefois,
nous attirons l’attention des dirigeants et de la tutelle sur le
risque d’éparpillement et de saupoudrage des ressources sur trop de
projets dans le même temps. La prudence, dans un contexte de budget
contraint, nous paraît de mise.
c. Nécessité impérative de définir des
objectifs et des indicateurs de performances pour la holding
AEF
Il est surprenant de
ne voir aucun objectif pour la holding, les seuls indicateurs de
suivi la concernant, pour l’objectif n°2, étant celui de la part de
la masse salariale dans les charges d’exploitation et celui des
frais généraux rapportés aux dépenses totales. Pourtant, sa mission,
bien spécifique et centralisatrice, mérite que des objectifs clairs
lui soient assignés, notamment pour mesurer son action en terme de
mutualisation des moyens, de développement des synergies, de gestion
des crises et de création d’un esprit de groupe. L’harmonisation des
règles de gestion, la mise en place d’une comptabilité analytique et
d’un contrôle de gestion doivent également faire partie de ses
objectifs.
d. Absence notable d’objectif et de suivi des
performances pour MEDI 1
Il est de la même
façon surprenant qu’aucun objectif ne soit défini pour MEDI 1, ce
qui vient confirmer que ce budget doit être extrait du programme
115. C’est pourquoi nous vous proposons un amendement de suppression
des crédits alloués à MEDI 1 au titre de la mission Médias, charge
au gouvernement de les affecter à une mission plus pertinente.
Plus modestement, il
nous semble qu’une réorganisation au sein de la mission Médias, par
la création d’un nouveau programme, dédié, permettrait davantage de
lisibilité et de clarté, en isolant les ressources affectées à la
coopération avec la radio marocaine. Ce nouveau programme pourrait
s’intituler Coopération avec Radio Méditerranée Internationale. Il
devrait fixer des objectifs et définir des indicateurs spécifiques à
cette coopération.
D – Deux grands chantiers
transversaux : mutualisations et synergies, harmonisations des
règles de gestion
1) Mutualisations et synergies
L’un des fondements
même de la création du pôle audiovisuel extérieur est la recherche
d’une meilleure efficacité passant par une mutualisation des moyens
et des synergies à créer ou à renforcer, sans que cette politique ne
conduise à une situation moins favorable pour chacun des acteurs
concernés. Cette recherche est d’autant plus cruciale qu’il est
évident que le budget 2010 tel qu’il est présenté dans le PLF 2010
sera très insuffisant pour permettre de mener à bien les objectifs
de développement présentés et qu’il est nécessaire de bâtir un plan
des mutualisations et des synergies possibles, avec un chiffrage des
économies possibles et des difficultés de mise en place
opérationnelle, de manière à déterminer un ordre de priorité et un
calendrier de mise en place sur lequel devront s’engager les
dirigeants de l’AEF. Si la direction d’AEF affirme souhaiter
s’appuyer sur les directions opérationnelles des filiales pour
réaliser les synergies attendues, nous ne pouvons que lui
recommander de contribuer à apaiser le climat qui règne dans les
différentes entités du groupe, notamment RFI, MCD et
France 24.
Nous avons salué la
nomination de M. Alain de Pouzilhac à la tête de TV5 Monde. En
effet, on a pu voir le contraire d’une synergie se produire en ce
qui concerne la distribution de France 24 et de TV5 Monde, où
l’arrivée de France 24 a pu menacer sérieusement la position de TV5
Monde voire générer des modifications contractuelles onéreuses
(passage d’une distribution gratuite à une distribution payante
impérative sous peine d’éviction). Il faut ainsi s’attendre dans le
futur à une augmentation du coût de la distribution de TV5 Monde lié
à l’arrivée de France 24, mais également à l’éviction de TV5 Monde
de certains marchés (ainsi, c’est France 24 qui est repris sur le
bouquet YES en Israël et non TV5 Monde). La spécificité de chaque
chaîne doit être mieux défendue : vision française de
l’actualité pour France 24, chaîne francophone multilatérale pour
TV5 Monde.
La régie publicitaire
est singulièrement absente de la réflexion sur la mutualisation.
Etant donné l’importance que va prendre croissant cette part des
ressources, le silence sur ce sujet fait craindre une dispersion des
moyens et une moindre efficacité des commerciaux. La question de la
régie publicitaire de France 24, créée avant la mise en œuvre du projet AEF,
doit être posée.
Compte tenu du statut
particulier de TV5 Monde dont la holding AEF ne détient que
49 %, les éventuelles synergies entre cette société et les
autres entités doivent entrer dans le périmètre défini par l’entente
intergouvernementale de principe intervenue en avril 2008, entente
qui réaffirme le caractère multilatéral de TV5 Monde. Elle organise
le cadre opérationnel de mise en œuvre de ces synergies
par des études d’opportunité devant être réalisées conjointement par
TV5 Monde et AEF et soumises à leur conseil d’administration
respectif, rendant le calendrier de mise en œuvre dépendant de la
tenue de ces conseils. Après approbation par les conseils
d’administration, les décisions qui pourraient être prises devront
être soumises aux représentants des gouvernements partenaires qui
pourront, si nécessaire, alerter la conférence des ministres. Comme
on le voit, la procédure prévue, particulièrement contraignante afin
de garantir qu’il n’y aura pas d’abus de pouvoir de la société AEF
sur TV5 Monde, est telle qu’on ne peut imaginer que les résultats
soient rapides, reculant d’autant plus les éventuelles gains
financiers. Elle peut néanmoins servir de référence pour les autres
sociétés du groupe, filiales à 100 % et n’étant
« protégées » par aucun actionnaire minoritaire des
décisions de la holding qui pourraient s’avérer arbitraires et
contraires à leurs intérêts propres.
Les domaines dans
lesquelles des recherches de mutualisation pourront être conduites
avec TV5 Monde concernent la distribution/commercialisation,
l’information, la recherche et le développement, les autres
fonctions horizontales à l’exception des fonctions juridiques,
financières et d’études de marché et d’audience. D’ores et déjà,
France 24 a confié TV5 Monde sa commercialisation en Asie, via sa
succursale de Hong Kong, dans le cadre d’un mandat exclusif de
prospection, promotion et distribution, nécessitant le recrutement
d’une personne chargée du marché non résidentiel. Par ailleurs, des
négociations communes sur les outils de mesures d’audience devraient
permettre d’en améliorer le coût, d’en harmoniser les résultats et
d’augmenter les zones couvertes par ces mesures.
Nous ne disposons
d’aucune indication quant au montant des économies qui pourraient
être réalisées grâce à la mutualisation des moyens et à la mise en
œuvre de synergies, pas
plus que nous ne savons comment ces économies seraient réparties par
opérateur. Aucun calendrier non plus ne nous a été communiqué. Un
chiffrage clair et précis de ces opérations est indispensable. Il
devrait faire partie des documents joints au PAP.
2) Refacturations et contrôle de
gestion
Il nous paraît urgent
que soient mises en place, sans plus tarder, les refacturations
entre les différentes sociétés du groupe. Il est en effet anormal de
constater que, bien que différentes opérations aient pu être menées
par l’utilisation des moyens d’une société au profit d’une autre,
cela n’ait donné lieu à aucune refacturation. Il devient dans ces
conditions impossible de lire le résultat réel de chaque entité.
Nous appelons les
autorités de tutelle à remédier au plus tôt à cette situation et à
procéder à ces refacturations dès l’exercice 2009. Nous ne pouvons
nous satisfaire de la réponse qui a nous été apportée selon laquelle
« l’organisation financière du groupe audiovisuel extérieur
de la France et des sociétés qui lui sont rattachées étant encore en
cours de constitution, aucune règle de comptabilité analytique
d’affectation des coûts indirects et de facturation interne entre
France 24, la société holding Audiovisuel extérieur de la France
(AEF), RFI et TV5 Monde n’ont été formellement mises en
œuvre ». Il ne peut y
avoir de mutualisations des moyens, de recherche de synergie si
chaque participant ne peut connaître le résultat concret de son
action sur les résultats de son entreprise.
II – RFI, COMMENT PASSER DU TRAUMATISME A LA
RÉSILIENCE ?
Il n’est pas possible
de formuler un avis sur le budget 2010 de l’audiovisuel extérieur de
la France sans consacrer un chapitre particulier à la situation de
RFI. Il est regrettable que la mise en place du groupe AEF soit
perçue par les salariés de RFI comme une mise en cause de leur
entreprise, de sa modernité et de son utilité. Quelles que soient
les rigidités du contexte social, les maladresses de la direction
d’AEF ont largement contribué à enkyster une crise qui aurait pu
être évitée. La tutelle ne joue hélas pas son rôle et, au mieux
s’abstient, au pire prend clairement parti pour la direction sans
aller plus loin dans l’analyse de la crise et sans assumer ses
responsabilités, laissant le malaise actuel drainer vers l’extérieur
une image dommageable de la France. Selon les dirigeants d’AEF, dont
l’analyse du déficit est réduite à sa plus simple expression, RFI
devrait être « déficitaire dans une fourchette comprise
entre 2 et 4 millions d’euros » alors que « le plan
social aurait permis à RFI de renouer avec l’équilibre dès cette
année », faisant ainsi porter sur le mouvement social de
protestation toute la responsabilité du déficit de RFI. Plus encore,
selon eux, l’Etat ne consentirait à réinvestir dans RFI qu’à la
seule condition que RFI soit à l’équilibre (11). Peut-on imaginer
déclaration plus angoissante et plus culpabilisante pour les
salariés de RFI ?
Votre rapporteur
souhaite reprendre quelques points qui lui semblent problématiques.
Il ne s’agit pas de remettre en cause la nécessité d’une réforme de
RFI, à laquelle les syndicats que nous avons rencontrés souscrivent.
La question est de savoir quelle réforme, avec quels moyens, selon
quel calendrier et vers quel avenir ? La tutelle, pourtant très
soucieuse de critiquer le plan de la direction précédente de RFI,
semble aujourd’hui disposée à accepter toute proposition des
dirigeants de l’AEF, sans en chercher la justification, au point que
nous avons le sentiment d’une prise de pouvoir des dirigeants de
l’AEF qui dépasse le champ habituel.
A – Questions sur l’audience de
RFI
L’un des arguments
clés sur lequel s’arc-boute la direction de l’AEF pour justifier le
plan social est la question de l’audience. RFI, entend-on répéter à
longueur de plan de communication, a perdu 8 millions d’auditeurs en
quatre ans, passant de 44 à 35,6 millions d’auditeurs Il est vrai
qu’à force de l’entendre répéter, nous pourrions finir par le
croire. D’où viennent ces chiffres ? Contrairement à ce que
l’on pourrait attendre, la « quantification de l’audience
mondiale de RFI » n’a pas été confiée à un professionnel de la
mesure d’audience mais à un Groupe d’Etudes de Démographie
appliquée, le GEDA, du département des sciences de la population et
du développement de l’université de Louvain. Les travaux de
recherches qu’il mène vise à « sensibiliser les décideurs,
quels qu'ils soient, aux réalités démographiques actuelles pour leur
permettre ainsi de mieux les intégrer dans leurs
actions ».
Ces
thèmes de recherches concernent
par
exemple la démographie historique, l’analyse de la longévité ou les
migrations. Nous nous interrogeons encore sur ce qui a pu motiver la
direction précédente de RFI à faire appel à ces experts des
mouvements de populations. Ajoutons qu’aucun des dirigeants de TNS
Sofres et Médiamétrie ne connaissaient le GEDA et que la directrice
générale de RFI elle-même n’était pas très sûre de la signification
de cet acronyme.
Mieux encore, le GEDA
n’est même pas repris dans la liste qui nous a été communiquée des
organismes chargés des mesures d’audience de RFI. Le budget actuel
alloué aux mesures d’audience de RFI/MCD est de 875 K€, dont 418 K€
pour RFI. L’audience est mesurée par un très grand nombre
d’organismes. Ainsi, la zone Europe est confiée à cinq prestataires,
la zone Afrique non francophone à quatre autres prestataires, la
zone Proche et Moyen-Orient à deux autres, etc. Pourtant, tous ces
organismes, choisis pour leur compétence et leur professionnalisme
sur la région qui leur a été confiée, sont subitement délaissés pour
la « quantification GEDA » qui fait plus autorité que
quiconque aux yeux de la direction d’AEF. Cette quantification est
basée, en partie seulement, sur des sondages souscrits par RFI. 40%
de ces sondages sont antérieurs à 2008. La seconde partie de la
quantification GEDA est une estimation par extrapolation sur la base
de données socio-démographiques mondiales, extrapolation qui a
peut-être une valeur en matière démographique et de dynamique des
populations mais qui ne peut avoir aucune valeur en matière de
mesure d’audience. Si l’étude GEDA était si pertinente pour la
partie extrapolation, on peut se demander pourquoi RFI et MDC
continueraient à dépenser près de 1 M€ pour des études d’audience,
s’il suffit d’extrapoler, depuis un bureau d’études universitaire,
des données recueillies auprès de l’ONU, de l’Unesco ou de l’INED.
Il nous est en outre impossible de savoir quels sont les pays dont
l’audience est issue d’une extrapolation, les résultats étant
présentés de manière uniforme. Un tel procédé n’est pas acceptable :
on ne peut agréger des résultats issus de deux méthodes aussi
radicalement différentes. On comprend que le mélange des genres
(mesures d’audience et données démographiques) ne soit pas critiqué
par la direction d’AEF à laquelle il donne des arguments pour
transformer un résultat positif, à mettre au bénéfice de la chaîne,
en un résultat négatif. C’est le cas pour l’Afrique francophone, où
l’audience de RFI serait passée, en quatre ans, de 23,3 à 23,8
millions d’auditeurs. Mais cette augmentation est en réalité une
baisse, nous explique-t-on, la population de la région ayant
augmenté de 14,7%. Peu importe que cette augmentation de la
population ne signifie pas une augmentation du nombre d’auditeurs
potentiels (équipés d’appareils de réception sur une zone
desservie)…
La pertinence de
l’étude GEDA a pourtant déjà été mise en cause à plusieurs reprises.
Ainsi, le rapport d’information de M. Patrick Martin-Lalande de
juillet 2008 sur l’audiovisuel extérieur (12) faisait état des
problèmes méthodologiques soulignés tant par la Cour des comptes que
par l’inspection générale des finances. Notamment, cet indicateur,
écrit-il, repose obligatoirement sur des approximations et des
choix méthodologiques contestables faute de pouvoir financièrement
réaliser des études régulières dans un nombre suffisant de pays de
diffusion. Le GEDA est ainsi contraint de réaliser des
extrapolations discutables à partir par exemple du taux d’écoute en
Egypte et au Pakistan pour l’Iran ou du taux de Madagascar pour les
Comores dont le taux est ensuite appliqué à Bangui en République
Centrafricaine. L’évaluation de l’audience de RFI en Amérique latine
(3,7 millions soit 8,4 % du total) est encore plus sujette à
caution dans la mesure où des sondages ont été réalisés sur
l’audience de quelques radios partenaires dans trois pays
(Argentine, Brésil, Mexique) qui reprennent les programmes de RFI,
les taux obtenus étant ensuite appliqués aux radios partenaires
comparables d’autres pays de la région. Notons que
l’Amérique latine, dont l’évaluation est ainsi clairement
critiquée, est l’une des zones de forte baisse d’audience selon
les chiffres GEDA (baisse de 1,4 millions d’auditeurs), l’autre zone
de baisse importante étant, toujours selon le GEDA, celle du Proche
et du Moyen-Orient.
Il nous semble que
l’étude GEDA est utilisée comme un alibi. La direction de l’AEF a
ainsi trouvé un slogan simple et percutant pour justifier son
attitude à l’égard de RFI : « 8 millions d’auditeurs en moins
en 4 ans ».
Nous demandons
l’abandon définitif du recours à cette étude et de la référence à
une « audience globale ». L’étude GEDA ne peut servir de
base à aucune stratégie opérationnelle, stratégie qui ne peut se
construire que zone par zone et langue par langue, sur la base
d’éléments mesurés. Il faut s’attacher à comprendre les forces et
les faiblesses de RFI dans les zones géographiques ciblées par
l’autorité de tutelle. En effet, qu’importe d’avoir perdu de
l’audience dans une région qui ne fait pas partie des priorités
fixées à la chaîne ? Il est d’autant plus impératif de se
concentrer sur les zones prioritaires que l’État ne donne pas à RFI
les moyens financiers de viser une audience mondiale.
Ces zones prioritaires
pour la diffusion radio sont, selon les réponses qui nous ont été
apportées : l’Afrique francophone, l’Afrique anglophone et
lusophone, le Proche et le Moyen-Orient avec des situations très
différentes en termes d’usages de la radio, de paysage audiovisuel,
d’équipement des auditeurs en technologie, voire tout simplement en
matière de distribution fiable d’électricité!
Le réseau FM de RFI,
avec le plus grand réseau sur le continent africain, est
incontestablement un succès, même si ces relais peuvent subir des
fermetures intempestives et que l’obtention de nouveaux relais est
soumise aux aléas des relations entre la France et le pays concerné
ou au calendrier de politique intérieure du pays. Malgré son coût
élevé (13), l’onde courte peut
rester pertinente là où il n’y a pas de relais FM mais également là
où le relais FM peut être suspendu (ainsi en a-t-il été au Niger, en
Côte d’Ivoire, à Djibouti). Sur l’Afrique francophone, la cible de
RFI reste l’ensemble de la population. Un effort en direction des
femmes et des jeunes est demandé à la station. Pour l’Afrique
anglophone et lusophone, la cible de RFI est réduite aux décideurs.
Quatre pays sont prioritaires : Afrique du Sud, Nigeria et
Kenya pour l’anglais et Angola pour le portugais. Concernant la
diffusion en Amérique du sud, où la concurrence est très importante
et où la radio est encore un média qui compte, RFI a conclu de très
nombreux accords de partenariats. Actuellement 248 radios,
nationales, universitaires, associatives ou privées, reprennent les
programmes de RFI, pour des durées quotidiennes variables (depuis ¼
d’heure jusqu’à deux ou trois heures). Ces reprises se font
généralement via une réception satellite, pour un coût faible. Seuls
treize relais FM rediffusent sur cette région une programmation RFI,
principalement en français (5 heures d’espagnol pour 24 h de
diffusion). L’augmentation des relais FM semble difficile dans un
paysage saturé. Ces pays étant peu francophones, à l’exception de
Haïti, il serait alors pertinent de développer l’offre de programmes
en espagnol ou brésilien. Les dirigeants de RFI souhaitent une
remise à plat de la politique de partenariat, pour s’appuyer
dorénavant sur des groupes de médias plutôt que sur de petites
radios. La cible serait désormais, dans cette région du monde, celle
des leaders d’opinion.
B – Monte Carlo Doualiya : les gains pour
France 24 et les pertes pour RFI ?
Les émissions
préparées à Paris par Monte Carlo Doualiya (MDC), « canal
d’expression en langue arabe du groupe RFI », peuvent être
écoutées grâce à 14 relais FM (14), un relais ondes
moyennes situé à Chypre permettant une écoute du sud de la Turquie
au nord de l’Egypte, six diffusions satellitaires primaires, une
diffusion sur le bouquet Canalsatellite et sur internet. Le relais
chypriote d’ondes moyennes pourrait laisser la place à un relais FM.
Grâce à la location de sa fréquence pendant de courtes tranches
horaires le soir et le matin, il génère actuellement un apport de
2M€. Il est envisagé de développer la diffusion FM de la station
même si c’est une diffusion « fragile », à la merci des
coupures de gouvernements peu conciliants. Des objectifs de
diffusion sur l’ensemble des plateformes satellitaires et multimédia
(téléphonie mobile et IP) sont prévus.
La situation de MCD
semble s’être brutalement dégradée depuis cinq ans. Elle serait
principalement due à un univers devenu fortement
concurrentiel (15) et à un paysage
audiovisuel qui serait à l’avantage du média Télévision au détriment
du média Radio. Une refonte éditoriale a été engagée dans le cadre
de la mise en place d’un pôle arabophone commun à France 24 et MCD,
sous le contrôle de France 24 et dont RFI paraît particulièrement
absente. Des débats et des journaux économiques de France 24 sont
diffusés sur MCD. Les deux marques sont de plus en plus associées.
Ainsi, sur le site internet en arabe de France 24, les deux logos y
figurent, sans aucune mention de RFI, tandis que sur celui de MCD,
si celui de RFI y est, pour le moment encore, présent, il est
manifestement moins mis en valeur que celui de France 24. Le site de
MCD devrait à terme fusionner avec celui de France 24.
Par ailleurs, une
diffusion croisée de spots publicitaires vise à accroître la
notoriété de chaque chaîne là où elle est la moins
connue.
L’orientation
stratégique définie serait de faire de MCD une radio pour les
jeunes, intégrant davantage d’émissions musicales, pour tenir compte
de la pyramide des âges des pays vers lesquels elle diffuse. Une
grille de programmes intermédiaire a été lancée en avril 2009, avec
des contenus plus légers, avant la grille définitive qui devait être
présentée en octobre 2009. MCD ne devrait désormais plus être à
destination d’une élite, vieillissante de surcroît. On peut pourtant
se demander s’il n’y a pas une contradiction quand, d’une part, il
est clairement annoncé que la cible de France 24 est constituée des
leaders d’opinions, autrement dit, d’une certaine élite et que
d’autre part, la stratégie définie pour MDC est celle du
rajeunissement et de l’abandon de son élitisme actuel.
MCD reste financée par
RFI à hauteur actuellement de 8 M€. Elle a dépassé son budget en
2008 de 2,3M€ et une subvention complémentaire de RFI sera
nécessaire en 2009 pour un retour à l’équilibre. Notons que MCD
était auparavant financée directement par une subvention du MAEE.
Pour 2008, cette subvention d’un montant de 4 483 800 € a
transité par RFI – ce qui augmentait apparemment d’autant la
subvention publique à RFI- qui l’a reversé à sa filiale. MDC a par
ailleurs également bénéficié en 2008 d’un complément de financement
apporté par RFI comblant partiellement le déficit de la filiale.
Ainsi, la situation de la filiale et mais aussi les projets à venir
qui la concernent affectent directement les résultats de RFI alors
même que RFI paraît, comme on l’a dit, mise à l’écart du nouveau
binôme MDC/France24. La création du pôle arabophone ne peut
qu’amener à poser la question des gains pour chaque entité. Un
rapport d’expertise remis au CHSCT de MDC conclut au déséquilibre de
la synergie mise en place en faveur de France 24. Il est d’autant
plus urgent de disposer de tous les éléments sur les effets de la
mise en place de ce pôle que l’extension de la diffusion en arabe de
France 24 risque d’accentuer les déséquilibres, au profit de France
24 et au détriment de MCD, donc de RFI. Cette situation est
emblématique de la nécessité de procéder rapidement à une analyse
des charges et à une refacturation par chaque entité des charges
supportées pour le bénéfice de l’autre. Une convention de
coopération devrait être mise en place entre MCD et France 24 pour
clarifier cette situation anormale.
C – Des projets inadaptés au terrain et à la
cible
On peut s’interroger
sur la pertinence à lancer, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Niger
ou encore en République centrafrique, un service payant de RFI
via le téléphone mobile Orange, proposant nécessairement un format
court adapté à ce média. La grande croissance de la téléphonie sur
le continent africain ne peut cacher le fait que l’ensemble de la
population, qui reste la cible de RFI selon l’autorité de tutelle,
n’a pas les moyens financiers de payer pour un tel service. Tout
investissement pour une extension de l’offre particulière de tels
services se fera nécessairement au détriment de l’offre générale de
radio. Cela ne peut à terme que réorienter la radio vers une cible
élitiste et à lui faire perdre son capital actuel de proximité. Sans
compter qu’un programme diffusé par un poste radio peut être écouté
non pas par une seule personne mais par toute une famille, tout un
voisinage alors qu’un programme écouté sur un téléphone mobile n’est
écouté que par une seule personne. Ainsi, le développement de ce
type de service ne peut mécaniquement que diminuer l’audience et la
puissance de RFI sur le continent africain. Il importe par
conséquent que soit mesuré le coût de chaque contact selon le mode
de diffusion, radio classique ou téléphonie mobile, en tenant compte
de l’aspect individualiste de l’écoute mobile. Cela est impératif
dans un cadre budgétaire restreint. Il nous semblerait plus utile de
renforcer par exemple le système numérique Ordispace mis en place
par RFI en 2007 permettant la réception par satellite wordspace de
plusieurs heures de programmes qui peuvent être diffusées en direct
ou en différé par des radios locales.
S’agissant de l’arrêt
de la diffusion dans certaines langues, même s’il nous semble
pertinent de faire un état des lieux linguistique et de réfléchir
aux réajustements nécessaires, il nous paraît essentiel de le
croiser avec un état des lieux de l’équipement Internet des pays
concernés par l’arrêt de la diffusion radio. Les rédactions
albanaise, allemande, laotienne, polonaise, serbo-croate et turque
devraient être supprimées.
D – Diffusion en radio numérique terrestre
(RNT) sur le territoire national : une priorité pour
l’audiovisuel extérieur ?
Les sommes engagées
par l’Etat, donc par le contribuable français, dans l’audiovisuel
extérieur de la France, doivent servir une double mission, politique
et culturelle, à destination des Français résidant à l’étranger et
du public étranger. La loi de mars 2009 confirme cette orientation.
Pourtant, RFI s’est porté candidate à une diffusion numérique
terrestre sur le territoire national. Trois canaux ont d’ores et
déjà été préemptés, à Paris (où RFI est déjà diffusée), à Marseille
et Nice. L’objectif est une diffusion d’ici fin 2015 sur 19 villes
de France. Le coût annoncé de la diffusion sur Nice et Marseille est
de 500 K€. La cible serait « les décideurs, férus d’une
information internationale peu présente dans le paysage médiatique
français ». Outre que ces décideurs ont jusqu’à présent su
trouver l’information dont ils avaient besoin et n’ont pas manifesté
de manque justifiant le lancement sur le territoire français d’une
radio comme RFI, faut-il les inscrire comme cible prioritaire avant
celle des publics situés hors de France? Ajoutons à cela que les
décideurs français peuvent déjà, s’ils le souhaitent et comme on le
propose désormais à tant d’autres auditeurs dans le monde qu’on
n’hésite pas à priver d’une diffusion radio, écouter RFI sur
Internet mais aussi via m.rfi.fr s’ils utilisent un téléphone haut
débit 3G. Les sommes consacrées au développement de la RNT en France
viennent diminuer celles qui peuvent être consacrées au renforcement
de la présence de RFI sur les régions du monde et les langues
prioritaires.
E – Batailles de chiffres, guerre des
mots
Quel est le résultat
de RFI ? Quels sont ses besoins en financement ? L’Etat a
apporté en février 2009 16,9 M€ à RFI pour reconstituer les fonds
propres de l’entreprise, ainsi que la loi lui en faisait obligation
en vertu de l’article L 225-248 du code du commerce, les fonds
propres ayant atteint -7 M€ fin 2006 pour un capital social de 1,56
M€.
Les résultats négatifs
de RFI, particulièrement en 2006, sont liés à la prise en compte de
provisions pour indemnités de départs à la retraite qui n’étaient
pas comptabilisés auparavant et à un abandon de créance sur TDF de
10,9 M€ dans le cadre d’une renégociation du contrat TDF qui
générera 45 M€ d’économies de 2006 à 2011. En 2007, RFI a souffert
de la réduction de la subvention du MAEE qui lui a été accordée
amputée de la moitié de la réserve légale (-1,7 M€). Son résultat
2007 s’est établi à une perte de 1,1 M€, perte qui aurait été
absorbée si les dotations publiques n’avaient pas été ainsi
amputées. L’année 2008 s’est soldée par un résultat comptable en
perte de 8,7 M€ pour un budget initial de -2,8 M€, perte liée à des
charges exceptionnelles de mauvaise gestion (redressement URSSAF,
contentieux prud’homaux pour 3,2 M€ dont 1,9 M€ de redressement
URSSAF), au coût des départs de 45 collaborateurs pour près de 2,7
M€ et à la situation de MCD pour 2,4 M€. Il faut noter que, comme
pour les exercices précédents, le budget de 2008 avait été construit
hors provisions et hors éléments exceptionnels, soit plus de 4 M€ de
charges non budgétées. Il ne peut de ce fait être considéré comme
une référence valable.
Concernant l’année
2009, le résultat net budgété (hors coût exceptionnel du Plan de
sauvegarde de l’emploi (PSE) qui n’est pas prévu au niveau de RFI
mais au niveau de la holding (!) mais y compris une économie nette
de 1150 K€ de masse salariale liée à la mise en place de ce
plan (16)) était de -1855 K€
pour un montant de ressources publiques de 132 M€. Le résultat net
au 30 juin 2009 qui nous a été communiqué est un résultat positif de
5 488 K€. Compte tenu d’une réalisation des recettes publiques en
avance de 6 478 K€ (72 478 K€ versés contre 66 000 K€
budgétés(17)), le résultat
semestriel est une perte de 990 K€ et cela, alors que les économies
prévues sur la masse salariale n’ont pas été réalisées. En
neutralisant l’impact des économies prévues sur la masse salariale,
le résultat pour 2009 aurait été de -3 005 K€, soit -1502 K€ au
30 juin. Il y a donc une amélioration du résultat semestriel.
Le lien fait par la
direction de la holding entre la situation financière de RFI et la
nécessité du PSE est loin d’être démontré par la réalité des
chiffres. Les pertes enregistrées par RFI sont dues à des
provisions non programmées, à la situation de MCD, à des départs
(ancienne direction et autres départs), à un abandon de créance, au
non versement par l’Etat de la réserve légale. On peut d’autant plus
s’étonner de ce lien entre déficit et masse salariale qu’aucune
corrélation ne peut être montrée, comme le retrace le tableau
ci-dessous :
RFI :
Evolution du déficit et de la masse salariale
|
en
M€ |
déficit |
masse
salariale |
|
2006 |
-11,5 |
65,6 |
|
2007 |
-1,1 |
69,1 |
|
2008 |
-8,7 |
68,8 |
|
2009 |
entre -2 et
-4 |
70,6 |
(Les chiffres pour
2009 correspondent d’une part aux déclarations du Président d’AEF et
d’autre part au budget 2009 présenté pour RFI en tenant compte d’une
hypothèse de PSE sans incidence sur cette année)
On le voit, les
batailles de chiffres concernant la situation de RFI peuvent
perdurer. C’est pourquoi il nous semble impératif que, de manière
constructive, les éléments financiers de RFI soient analysés de
façon à ne pas limiter l’analyse à la masse salariale mais à tenir
compte des erreurs passées ayant conduit à financer insuffisamment
l’entreprise, ne serait-ce que du fait des éléments de provision qui
n’étaient pas pris en compte et des incidences des retenues opérées
au titre de la réserve légale par la tutelle conduisant à fragiliser
la situation de la station. Le montant de ressources publiques doit
au moins être augmenté du montant de ces provisions, sauf à
précipiter encore RFI dans une spirale de pertes. Les refacturations
de charges vers les autres entités du groupe doivent être
opérationnelles dès l’année 2009, qu’il s’agisse de MCD ou de
l’intervention de journalistes de RFI comme experts à un titre ou un
autre auprès de France 24, faisant de RFI un centre de ressources
pour la chaîne d’information. La situation de MCD et l’évolution de
cette filiale doivent amener à poser la question de son
rattachement. Une contribution nette par projet doit être mise en
place pour analyser la pertinence des choix faits en matière de
développement. Les charges prévisibles, telles que celle liées au
déménagement de RFI, doivent être prévues et financées. Il importe
également de ne pas fragiliser davantage RFI en augmentant dans son
budget la part des ressources propres dans un contexte de
conjoncture économique délicate. Enfin, le financement de RFI doit
servir en premier lieu au maintien et au renforcement de son métier
d’origine, dans le respect des indications données par le
législateur quant à la destination de cette utilisation. C’est
seulement si ces conditions sont respectées qu’on pourra amorcer un
mouvement vers la résilience de RFI, résilience qui ne peut s’opérer
tant que durera l’attitude crispée de la direction de l’AEF. Rien ne
pourra se faire sans la participation volontaire et enthousiaste de
chacun des salariés de la station.
CONCLUSION
D’une crise à
l’autre ? La mise en place de l’audiovisuel extérieur ne se
passe décidément pas dans le calme. L’année 2010 sera une année
décisive, avec une effectivité du groupe Audiovisuel Extérieur de la
France, des équipes de direction en place, un contrat d’objectifs et
de moyens signé, un cahier des charges publié.
Pourtant, on ne peut
que ressentir une certaine réserve quant à la méthode des dirigeants
en place pour mener à bien les missions qui leur ont été confiées.
Le plan de communication accompagnant la réforme, prévu parmi les
quatre lignes d’orientations stratégiques, ne doit pas être une
dénégation permanente de la réalité. Personne ne sortira vainqueur
d’un champ d’allégations.
Concernant le budget
2010, et malgré toutes les difficultés d’analyse auxquelles nous
avons été confrontés tant il s’agissait de faire de nous l’auditeur
passif d’une certaine fiction, nous avons fait la démonstration à la
fois de son caractère illisible et de son insuffisance. En effet, si
en comparaison avec le montant affecté en 2009 de 299,9 M€, ce
budget est bien en augmentation de 12,6 M€ HT pour la holding
AEF (312,6 M€ lui étant consacrés en 2010 sur 314,2 M€ HT pour
l’ensemble de l’action audiovisuelle extérieure), cette augmentation
ne pourra répondre aux objectifs qui sont fixés à chaque opérateur
et couvrir les charges exceptionnelles liées au plan de sauvegarde
de l’emploi (PSE) de RFI. Les seuls projets chiffrés (3 M€ de
surcoût pour l’extension de la diffusion en arabe de France 24, 6,5
M€ pour le développement de RFI, 4 M€ pour TV5 Monde) dépassent déjà
ce montant.
Les différents
objectifs qui nous ont été présentés pour chaque opérateur
mériteraient d’être chiffrés et hiérarchisés. Les économies liées
aux mutualisations et synergies doivent également donner lieu à un
chiffrage précis et à un calendrier de mise en œuvre. Il est
nécessaire que les refacturations de charge soient effectuées entre
sociétés pour que la lecture du résultat de chacune soit
significative.
Tous ces éléments, qui
ne sont d’aucun parti pris sinon celui du bon sens, concourent à
laisser dubitatif quant au budget 2010 de l’audiovisuel extérieur.
C’est pourquoi nous vous invitons à ne pas adopter les crédits qui
vous sont présentés, tant pour le programme 115 de la mission Médias
que pour le programme 844 du concours financier.
EXAMEN EN COMMISSION
La commission examine
les crédits de la mission Médias du projet de loi de finances pour
2010 au cours de sa réunion du mercredi 4 novembre 2009.
Après l’exposé du
rapporteur pour avis, un débat a lieu.
M. le Président
Axel Poniatowski. Je tiens, comme le rapporteur, à souligner la
grande qualité de RFI. Nous disposons là d’un outil d’information
unique, et le rendez-vous de 7h00 tous les matins offre un tour
d’horizon remarquable de l’actualité internationale particulièrement
intéressant pour les membres de la commission des affaires
étrangères.
A la demande de
François Loncle, je vous indique que le bureau de la commission a
décidé de créer l’an prochain une mission d’information sur RFI qui
sera confiée à deux de nos collègues, un de la majorité et un de
l’opposition. Je souhaitais que celle-ci ne conduise ses travaux
qu’une fois le conflit social apaisé, ce qui est le cas aujourd’hui.
Ce conflit portait sur
les éditions en langues étrangères et les rédactions situées à
l’étranger. Il serait utile que nous portions un jugement sur
l’avenir de ces éléments de RFI.
Concernant France 24,
quel premier bilan peut-on tirer de cette chaîne ? Celui-ci ne
saurait être exhaustif, puisque l’on dispose de peu d’informations
pour l’instant. Personnellement, vous le savez, je regrette que les
programmes de cette chaîne ne soient pas intégralement diffusés en
langue française. Je constate qu’il est très difficile de regarder
une édition de France 24 en français hors de nos frontières. La
plupart du temps, les émissions sont en anglais. Quelle est la
proportion entre les trois langues parmi les différentes diffusions
de France 24 dans le monde ?
M. François
Rochebloine. Le conflit à RFI est-il vraiment réglé ? Le
problème a été très mal géré, compte tenu du fait, notamment, que
les licenciements à RFI intervenaient au moment où de nombreuses
embauches étaient faites à France 24.
Je considère pour ma
part que l’existence de TV5 Monde est une réussite remarquable. Bien
qu’elle soit francophone et pas strictement française, elle peut
être vue dans le monde entier, et la part de contenu français
qu’elle diffuse est importante et mérite d’être
soulignée.
France 24, même
diffusée en anglais, reste la voix de la France. On ne peut pas dire
qu’il vaut mieux regarder CNN pour avoir des informations en
anglais. Je souhaiterais savoir combien la chaîne TF1 a reçu en
échange de sa participation au capital à hauteur de 18 500
euros, contre laquelle nous nous étions d’ailleurs élevés lorsque
les décisions ont été prises.
De plus, pourquoi
France 24 est-elle absente en Amérique Latine ? Enfin, quels
sont les salaires perçus par les dirigeants de la holding AEF –
audiovisuel extérieur de la France ?
Mme Martine
Aurillac. Je souhaite également souligner la qualité de RFI. On
a évoqué un transfert de 6,5 millions d’euros à cette chaîne :
quelle part est consacrée au plan de sauvegarde de l’emploi ?
Quelle part pour le développement de RFI ?
De manière générale,
vous avez souligné que le budget actuel manquait de visibilité, ce
qui est vrai. Je tiens toutefois à rappeler qu’il s’agit là d’un
budget de transition. Dès lors, voter contre ces crédits n’est pas
une solution satisfaisante. Vous avez vous-même, Monsieur le
Rapporteur, souligné la qualité des programmes de RFI et TV5 Monde,
et au nom du groupe UMP, nous vous demandons de voter les crédits
qui permettent à ces chaînes de fonctionner.
M. Didier Mathus,
rapporteur. Il n’existe pas à ce jour d’indicateur pertinent en
matière de diffusion pour France 24. Seul le potentiel est
connu : 80 millions de foyers tant pour la langue française
qu’anglaise, 50 millions pour la langue arabe. A cet égard, je
rappelle que les objectifs d’une diffusion mondiale, d’une part et
d’émission 24h/24 en langue arabe d’autre part, ont été assignés à
la chaîne.
Cette montée en
puissance de France 24 ne doit pas s’opérer au détriment de TV5
Monde. Si TV5 Monde dispose aujourd’hui de l’un des trois meilleurs
réseaux de diffusion en analogique, le passage au numérique risque
fort de la déstabiliser. Il convient donc de veiller à désamorcer la
concurrence entre France 24 et TV5 dans la conquête des réseaux
numériques.
J’insiste sur la
nécessité de préserver avec TV5 une structure originale, seul projet
actuel de télévision généraliste mondiale dont l’intérêt avait été
mis en évidence dans leur rapport par deux spécialistes de la
télévision, MM. Jean-Pierre Cottet et Sylvain Lafrance.
Les salaires annuels
des dirigeants de l’AEF sont officiellement plafonnés à 315 000
euros, ce montant étant supérieur aux salaires versés aux
responsables de France Télévisions. Ils se composent d’une part fixe
et d’une part variable, les conditions d’attribution de cette
dernière étant entourées d’un certain mystère. Par ailleurs, un
dépassement du budget en matière salariale s’élevant à un million
d’euros a été constaté.
France 24 a été créée
grâce à un apport en capital de la part de TF1 et France Télévisions
d’un montant de 18 500 euros pour chacun d’eux. Alors que TF1
affichait initialement pour le rachat de ses parts des prétentions
démesurées, chaque partie s’est finalement vue attribuer deux
millions d’euros. TF1 a, en outre, obtenu la signature d’un contrat
de fourniture d’images.
Enfin, les 6,5
millions attribués à RFI correspondent à des crédits de
développement car nous ignorons pour l’instant le coût du plan
social.
M. Robert Lecou.
Le lendemain du décès de Claude Levi-Strauss, on ne peut
s’empêcher de parler du rayonnement de la France en lien avec le
thème de la diversité culturelle. Force est de constater que la
situation actuelle de notre appareil audiovisuel extérieur n’est pas
satisfaisante. S’agit-il d’un problème de moyens ou de
gouvernance ? Comment la France peut-elle mieux rayonner dans
le paysage audiovisuel si ses outils n’ont pas de liens avec le
ministère des affaires étrangères ?
M. Jean-Marc
Roubaud. Il y a un consensus pour soutenir RFI et favoriser le
rayonnement de notre pays. On ne peut pas affirmer son soutien et
refuser de voter les crédits de l’audiovisuel extérieur attribuant
des moyens à cette chaîne.
Il existe également
une inquiétude partagée concernant la gouvernance de France 24 et
TV5, ainsi que le développement de RFI. Sans parler d’un éventuel
mépris de la part du président Pouzilhac, la commission doit montrer
ses réserves concernant le budget de l’AEF si celui-ci a dépassé les
prévisions.
M. le Président
Axel Poniatowski. Le rapporteur n’a pas encore annoncé son
orientation concernant le vote.
M. Jean-Marc
Roubaud. Elle est dans le rapport.
M. Lionnel Luca.
Je suis très étonné qu’un tel flou puisse régner au niveau des
chiffres. Le rapport contient beaucoup d’expressions mises au
conditionnel, et reflète l’incertitude actuelle.
Du fait du dérapage
des comptes de la société AEF, je m’interroge sur la possibilité de
voter les crédits de cette mission. Même si voter contre un budget
est une solution extrême, il est difficile de voter pour un budget
aussi flou, qui révèle un mépris pour la représentation nationale à
l’heure où celle-ci est pourtant soumise à une forte pression pour
devenir plus transparente.
Il est invraisemblable
que l’on ne puisse pas obtenir des chiffres précis concernant les
salaires des dirigeants de l’AEF, et que leurs montants puissent
être supérieurs à ce qui existe à l’étranger. Nous devons être
particulièrement exigeants en matière de transparence et de
gouvernance pour l’an prochain.
M. Jean-Louis
Bianco. Je voudrais aborder plusieurs points. D’abord, quel
pilotage politique et quel cap stratégique pour nos moyens
audiovisuels extérieurs ? Le rapport énumère les
administrations qui interviennent dans ce domaine : le
ministère des affaires étrangères et européennes, le ministère de la
culture, les services du premier ministre. Toutes les réformes
engagées, qui ont leurs qualités, pâtissent de cette situation.
Selon moi, le pilote doit être le ministère des affaires étrangères.
Concernant l’orientation stratégique, on constate que les
indicateurs actuels sont flous. Avant de définir des indicateurs, il
faudrait connaître les objectifs politiques poursuivis.
Concernant le niveau
d’information transmis au Parlement, j’estime que nous devrions
avoir un droit de suite pour obtenir des réponses précises aux
questions pertinentes que nous posons, sans avoir à attendre le
prochain budget.
Concernant les
indicateurs, je tiens à rappeler que je partage les appréciations
émises par le rapporteur sur les indicateurs, que l’on trouve dans
son rapport écrit et qu’il n’a pas eu le temps de développer à
l’oral.
Sur les défauts dans
la mutualisation des moyens, il ne me semble pas que nous soyons au
clair avec le sujet central qui est celui de la régie
publicitaire.
Je tiens également à
souligner combien j’apprécie la qualité des émissions de
RFI.
Enfin, il est anormal
que nous ne disposions pas d’informations exactes sur les relations
financières entre TF1, France Télévisions et France 24, ni sur les
salaires des dirigeants de l’AEF.
M. Jean-Paul Lecoq.
Je m’associe également aux témoignages de satisfaction sur la
qualité des émissions de RFI.
Je constate que l’on a
du mal à faire le lien entre rayonnement et audiovisuel extérieur.
Nous devrions faire des propositions même s’il y a un distinguo à
faire entre l’audiovisuel d’information et les programmes
culturels.
Par ailleurs, je ne
suis pas sûr que le conflit à RFI soit véritablement
réglé.
Concernant la
gouvernance de ce secteur, je me demande quel rôle la Présidence de
la République occupe aujourd’hui. Doit-on voir une influence de
l’Elysée sur la suppression de la rédaction de RFI en
turc ?
Enfin, je m’interroge
sur le rôle malsain que pourrait jouer le débat sur l’identité
national s’il devait déborder dans le domaine de l’audiovisuel
extérieur. Je ne veux pas faire de procès d’intentions, mais
j’estime qu’il convient d’être très vigilant sur ces
questions.
M. Jean
Glavany. Je veux réagir aux affirmations selon lesquelles nous
n’aurions pas le droit de ne pas voter un budget. Quand on voit le
mépris du Parlement, que l’on constate les difficultés qu’a
rencontrées le rapporteur pour faire son travail, on peut au moins
avoir des doutes sur l’orientation de notre vote.
Dans beaucoup d’autres
démocraties, de tels comportements seraient sanctionnés, y compris
devant la Justice. Comme les syndicats de RFI affirment que le
président Pouzilhac se moque du monde, tout porte à croire qu’il se
moque aussi du Parlement.
Enfin, nous sommes
légitimement choqués qu’un groupe licencie alors que les salaires de
ses dirigeants explosent. La création d’une mission d’information
par la commission est vraiment le minimum que nous puissions
faire.
M. Jean Roatta.
Nous sommes représentés par un Député et un Sénateur au conseil
d’administration de l’AEF. Il faudrait sans doute les auditionner
pour lever les réserves, exprimées par d’autres et que je partage,
sur la qualité des informations dont nous disposons.
M. Michel
Vauzelle. Je ne voudrais pas répéter ce qui aurait été dit.
Toutefois, depuis plusieurs années que je siège au Parlement, la
politique audiovisuelle extérieure de notre pays n’est pas au niveau
de ce que nous méritons. Nous ne sommes plus une grande puissance
militaire ou économique, mais la France reste une puissance morale
incontournable.
Le débat sur
l’identité nationale peut être intéressant, s’il permet de rappeler
que l’identité française n’est pas une marque de repli mais, au
contraire, d’ouverture. Encore faut-il la défendre ! Dès lors,
puisque nous n’avons plus les moyens d’avoir des implantations
culturelles extérieures à la mesure de notre message éthique, il
faut investir dans l’audiovisuel extérieur. Chaque année, je suis
déçu de voir l’influence de notre culture diminuer alors que des
nouveaux moyens techniques de diffusion existent.
M. Didier Mathus,
rapporteur. Les difficultés de l’AEF sont-elles liées à
l’organisation ou aux moyens ? Il me semble que depuis dix ans
des progrès ont été accomplis afin de mettre un terme à une
dispersion des moyens unanimement décriée. Le budget de l’AEF, avec
312,6 millions d’euros, est loin d’être ridicule en comparaison des
autres pays. Néanmoins, la hausse de 12 millions d’euros dans le
budget pour 2010 sera probablement insuffisante pour atteindre les
objectifs fixés.
Il me semble que le
problème de l’AEF relève plus d’une gouvernance défaillante. Alors
que l’identité des ses concurrents est clairement établie – chaîne
privée pour CNN, chaîne ontologiquement indépendante pour BBC World
- , le statut ambigu de France 24 suscite des interrogations que n’a
pas permis de lever la nomination à sa tête de l’épouse du ministre
des affaires étrangères.
Le pilotage de l’AEF
soulève une réelle difficulté puisque deux questions demeurent sans
réponses : qui décide et au nom de quoi. A cet égard, je
regrette l’effacement du ministère des affaires étrangères. Si les
querelles entre les différents ministères semblent aujourd’hui
enterrées, le flou persiste sur la responsabilité des
décisions.
Les zones d’ombre
évoquées par M. Luca proviennent principalement de la non
communication du contrat d’objectifs et de moyens, le COM. Sa
publication a, semble t-il, été reportée en raison de la grève des
salariés de RFI mais cette stratégie du Gouvernement a été de mon
point de vue contre-productive car les salariés attendaient
précisément ce document pour connaître leur sort et ainsi ajuster
leurs revendications.
En réponse à M.
Bianco, France Télévisions, au titre de la vente de ses parts dans
France 24, a perçu deux millions d’euros et signé un contrat
commercial de fourniture d’images, à la différence de TV5 Monde à
laquelle France Télévisions procure gratuitement des images en vertu
du partenariat qui lie les deux chaînes.
Je confirme à M.
Roatta que notre collègue M. Herbillon siège au conseil
d’administration de l’AEF. Je sais néanmoins par expérience que le
conseil d’administration n’est pas nécessairement le meilleur lieu
pour obtenir des informations.
Je reviens sur la
question des salaires de M. Alain de Pouzilhac et Mme Christine
Ockrent: ils se composent d’un part fixe et d’une part variable. La
première, pour laquelle le plancher est fixé à 160 000 euros,
se divise en part fonctionnelle et personnelle, les critères
d’attribution de cette dernière n’étant pas clairement définis. La
part variable, quant à elle, s’élève à 48 000 euros.
En conclusion, en
dépit des maladresses initiales qui ont notamment minimisé, à tort
selon moi, la richesse de TV5 Monde, des progrès ont été réalisés.
La capacité actuelle de la France à s’exprimer sur la scène
internationale n’est pas négligeable ; à cet égard, le rôle
d’Euronews, qui ne relève cependant pas de l’AEF, doit être
souligné. Je déplore que certains choix malheureux aient compromis
l’occasion avec cette réforme de créer une véritable force de frappe
française en matière d’audiovisuel extérieur.
En raison du manque
d’informations recueillies par votre rapporteur sur plusieurs
points, je vous recommande l’abstention sur les crédits de la
mission Médias.
Article
35 : État B - Mission « Médias »
M. Didier Mathus,
rapporteur. Cet amendement vise à diminuer les crédits du
programme 115 du montant de la subvention de la Compagnie
Internationale de Radio et télévisions (CIRT). En effet, cette
subvention est destinée à permettre le recrutement de personnel sous
contrat français mis à disposition de la société de radio MEDI1 que
la CIRT détient à 49 %. L’action menée par la CIRT, de
coopération et de soutien, me semble donc relever d’autres missions
que la mission Médias, même si son objet porte sur une radio.
M. Le Président
Axel Poniatowski. Je partage votre appréciation sur
l’inadéquation de la subvention de la CIRT avec l’objet du programme
115 de la mission « Médias ». Cependant, la suppression de
cette subvention aurait pour effet d’amputer ce budget d’1,5 million
d’euros. C’est pourquoi je ne peux soutenir votre
amendement.
La commission
rejette l’amendement de M. Didier Mathus.
Alors que le
rapporteur s’abstient, la commission émet un avis favorable à
l’adoption des crédits de la mission « Médias » pour
2010.
AMENDEMENT EXAMINÉ PAR LA
COMMISSION
Amendement présenté
par M. Didier Mathus, rapporteur pour
avis :
Article 35
État B
Mission
« Médias »
Modifier
ainsi les autorisations d'engagement et les crédits de
paiement :
(en
euros)
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0 |
0 |
Soutien
à l'expression radiophonique locale |
0 |
0 |
Contribution
au financement de l'audiovisuel |
0 |
0 |
Action
audiovisuelle extérieure |
0 |
1 570 000 |
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|
0 |
1 570 000 |
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EXPOSÉ
SOMMAIRE
Le
montant des crédits du programme 115 comprend, outre ceux destinés à
la société Audiovisuel extérieur de la France, la subvention de la
Compagnie Internationale de Radio et télévisions (CIRT).
Cette
subvention est destinée, en vertu d’une convention de 1991 à
permettre le recrutement de personnel sous contrat français mis à
disposition de la société MEDI1.
Le
montant de cette subvention, inchangé depuis 1989 et depuis toujours
versée par le ministère des affaires étrangères et européennes,
augmentera en 2010 pour être porté à 1 570 000 euros contre 1 070
000 euros depuis vingt ans. Cette augmentation des crédits est
rendue nécessaire en raison du résultat déficitaire de la CIRT qui a
du être couvert par des apports en compte courant par son
actionnaire, la SOFIRAD, société en liquidation.
L’action
menée par la CIRT, de coopération et de soutien, nous semble relever
d’autres missions que la mission Médias, même si son objet porte sur
une radio. De même que la subvention accordée à Canal France
International (CFI), qui relevait auparavant du programme 115, a été
transférée au programme 209 « solidarité à l’égard des pays en
développement », celle de la CIRT devrait trouver plus naturellement
sa place dans une mission en adéquation avec son objet.
En
conséquence, l’amendement diminue les crédits du programme 115 du
montant de la subvention de la CIRT.
C'est au
Gouvernement, en vertu des règles qui s'imposent au Parlement,
d'inscrire ces crédits dans une Mission plus appropriée.
ANNEXE
Liste des personnes auditionnées
- Mme
Laurence Franceschini, directrice des médias, services du premier
ministre, accompagnée de Mme Emmanuelle Bensimon, sous-directrice
de la communication audiovisuelle.
- M. Alain de
Pouzilhac, président-directeur général d’AEF, accompagné de
Mme Christine Ockrent, directrice générale.
- M.
Denis Delmas, Président de TNS Sofres.
- M. Jacques
Braun, Médiamétrie Executive Director/Eurodata TV Worldwide
Vice Président.
- M.
Mathieu Gallet, directeur adjoint du cabinet du ministre de la
culture, en charge de l'audiovisuel extérieur.
- Mme
Geneviève Goetzinger, directrice déléguée de RFI.
- Mme
Maria Afonso, secrétaire du CE, déléguée syndicale FO, secrétaire
du SNFORT - RFI
- M.
Daniel Désesquelle, élu SNJ au conseil d'administration de
RFI
- M.
Gilles Chevreux, délégué syndical FO à RFI
- M.
Jacques Rozenblum, élu CFDT au CE (en rupture de syndicat) -
RFI
- Mme
Agnès Rougier, représentante SNJ-CGT au CE - RFI
- Mme
Marie-Christine Saragosse, directrice générale de TV5
Monde.
© Assemblée nationale
1
() « La
Société a donc vocation et mission de moderniser et dynamiser
l’audiovisuel extérieur français et francophone. A cet effet, le
président-directeur général de la Société élaborera un projet de
plan stratégique et de plan d’affaires pour la période 2009-2012. Ce
plan stratégique, une fois validé par le Président de la République,
à l’issue de réunions de négociations avec les services de l’Etat,
sera pris en compte, par avenant, dans la présente convention »
(Préambule de la convention de subvention signée le 23 mai 2008,
entre l’Etat, représenté par M. François Fillon, Premier ministre et
la société Audiovisuel extérieur de la France, représentée par son
président-directeur général, M. Alain de Pouzilhac).
2
() « la
Société passera avec chacune des sociétés, France 24, Radio France
Internationale et TV5 Monde, une convention précisant pour 2009 le
montant des ressources publiques reversées à chacune des sociétés
susmentionnées, s’agissant en particulier de la répartition de la
subvention objet de la présente Convention » ( Article 5 de
l’avenant modifiant l’article 4 Affectation de la subvention de la
convention du 23 mai 2008)
3
() 1556 K€ était
prévu pour des honoraires de conseil permettant la préparation d’un
plan stratégique, la présentation aux comités d’entreprise et aux
conseils d’administrations et les regroupements
capitalistiques.
4
() Pour l’année
2009, des conditions spécifiques qui ne nous ont pas été
communiquées ont été inscrites au contrat.
5
() Selon cet
article 10.2 : « A l’issue de la deuxième année de
diffusion, puis tous les deux ans, un organisme sélectionné par
l’Etat, et indépendant de la société et de ses actionnaires, réalise
aux frais de la société un audit des coûts de celle-ci, afin de
vérifier que ceux-ci sont comparables aux coûts qu’exposerait une
chaîne de télévision de taille comparable à la société et ayant le
même type de programmes et de publics, bien gérée et adéquatement
équipée. L’organisme indépendant s’assure notamment que les
prestation effectuées par les Fondateurs et leurs filiales
respectives au profit de al société sont rémunérées selon des
conditions normales de marché et qu’il en va de même pour les
éventuelles prestations effectuées par la société au profit de ces
entreprises ». France 24 a commencé à diffuser le 6 décembre
2006.
6
() Le rayonnement
culturel international : une ambition pour la diplomatie
française, MM. Jacques LEGENDRE et
Josselin de ROHAN, rapport n° 458, 10 juin 2009.
7
() Interview de M.
Alain de Pouzilhac, président de RFI, France 24 et de l’Audiovisuel
extérieur de la France, par M. Grégoire Poussielgue, Les Echos du
mardi 6 octobre 2009.
8
() La convention
CIRT-RMI, signée le 26 juillet 1991, prévoit que la CIRT recrute, à
la demande de RMI, paie et met à la disposition de RMI le personnel
d’encadrement et d’assistance technique nécessaire au fonctionnement
de la station dans la limite de 15 collaborateurs expatriés. Ces
collaborateurs sont mis à la disposition de RMI par périodes d’un
an. Par ailleurs, la CIRT rembourse à RMC le coût de mise à
disposition du directeur général de RMI. Les salaires versées en
francs français par la CIRT sont complétés par un salaire, versé par
RMI, au Maroc en monnaie locale. Ces rémunérations en monnaie locale
font l’objet d’une refacturation par RMI à la CIRT chaque semestre.
Le montant de ces rémunérations est financé par la subvention
annuelle de l’Etat français (ministère des affaires étrangères)
accordé à la CIRT.
9
() soit 2561 M€
d’encaissements nets en 2010 contre 2451,7 M€ en LFI
2009.
10 () Le coût
d’Africascope pour cinq villes s’élevait en 2008 à 43 K€ (chiffres
RFI).
11 () Interview de M.
Alain de Pouzilhac, Les Echos du 6 octobre 2009.
12 () Rapport
d’information n° 1087 relatif aux rapports particuliers de la
Cour des comptes sur les comptes et la gestion des opérateurs de
l’audiovisuel extérieur, M. Patrice MARTIN-LALANDE, juillet
2008.
13 () La diffusion
Ondes courtes représente, avec 14 745 K€, 71% du budget de
diffusion de RFI. 99 heures/fréquences par jour sont louées dont 92
à TDF de façon non compressible. 62h sont utilisées pour une
diffusion en français vers l’Afrique. Le coût de location à TDF a
été renégocié en 2006, avec une décroissance annuelle, le faisant
passer de 440 € par heure en 2007 à 364 € en 2011.
14 () Bahreïn,
Djibouti, Koweït, Mauritanie, Qatar et Soudan : 1 relais
FM ; territoires palestiniens et Jordanie : 2
relais ; Irak :4 relais.
15 () La seule ligne
du projet annuel de performances pour 2009 concernant MCD est la
suivante « Au Proche et au Moyen Orient, RFI peut s’appuyer sur
sa filiale arabophone, Monte Carlo Doualiya (MDC) qui doit faire
face à une concurrence de plus en plus forte des radios
locales ».
16 () 1450 K€
d’économies PSE et 300 K€ de création d’emploi PSE
17 () Le montant des
ressources publiques budgétés s’élevant à 132 M€ pour l’exercice
2009, 66 M€ correspondent à une linéarisation de ces ressources,
soit 6/12ème au 30 juin 2009. |