La lecture du compte
rendu de
l’audition d’Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent devant la
Commission des affaires culturelles du Sénat, le 10 juin, est
instructive :
La grève rend nos dirigeants pour le moins
nerveux : « Mme Marie-Christine Blandin, après
avoir déploré le ton polémique des dirigeants de RFI, a déclaré qu’elle ne
pouvait, dans ces conditions, continuer à participer aux travaux de la
commission. »
Pour sa part, la sénatrice Claudine Lepage témoigne :
« Ces auditions débutent dans un climat qui confirme l’impression
de radicalisation du conflit : le ton de nos interlocuteurs est virulent
pour présenter la situation de RFI dans le contexte de conflit social
actuel, la justification des mesures prises est véhémente. »
La situation inquiète
les sénateurs : « M.
Jacques Legendre, président, a
rappelé que la commission des affaires culturelles était particulièrement
inquiète de la situation actuelle à RFI et que ses membres étaient
attachés à ce que la qualité exceptionnelle de ses services et de ses
personnels, tout autant que son rang de radio internationale
incontournable, soient préservés. Ces exigences seront naturellement
défendues par la commission avec autant de passion que celle manifestée
par la direction de la société Audiovisuel extérieur de la
France. »
Les sénateurs
incriminent la tutelle : « M. Louis
Duvernois a insisté, quant à lui, sur l’échec de la
tutelle à réformer RFI ces dernières années, ce qui a entraîné les
problèmes d’aujourd’hui, et a demandé quelles étaient les perspectives de
sortie de crise pour RFI. »
Alain de Pouzilhac
redoute la décision de justice du 17 juin : « La
suspension du plan social par décision judiciaire aurait pour conséquence
d’augmenter le déficit de RFI de deux millions d’euros. »
Notre PDG n’aurait rien
contre une baisse de notre budget au profit de France 24 :
« La dotation de l’Etat à RFI lui paraît au demeurant assez élevée au
regard de celles attribuées à France 24 et à TV5. »
Il se permet de proférer
une contrevérité grossière :
« M. Alain de Pouzilhac a estimé que la
principale difficulté de RFI résidait dans le volume de sa masse salariale
qui représente 52 % du budget global, ce qui est un taux bien
supérieur aux autres chaînes de radio. » C’est tout simplement
faux : le poids de la masse salariale est largement supérieur à Radio
France qu’à RFI.
Enfin, Alain de
Pouzilhac ne recule pas devant un pur mensonge :
« Il a déploré que trois syndicats minoritaires (la
Confédération générale du travail, le Syndicat national des journalistes
et Force ouvrière) refusent de revenir à la table des négociations et
organisent la reconduction quotidienne de la grève, alors même que les
organisations syndicales majoritaires (la Confédération française
démocratique du travail et la Confédération générale des cadres)
continuent de négocier avec la direction en vue d’améliorer les conditions
des départs volontaires. » C’est tout simplement l’inverse qui
est vrai : l’intersyndicale FO-CGT-SNJ est majoritaire au Comité
d’entreprise. Les salariés viennent d’ailleurs de lui renouveler
leur confiance en lui accordant plus de 62 % des voix aux toutes récentes
élections professionnelles.
Si nos dirigeants sont capables de
se comporter de cette façon avec des sénateurs, on imagine comment ils
peuvent pratiquer le dialogue social avec les élus du personnel. C’est la
preuve même de l’impérieuse nécessité d’un médiateur à
RFI.