Radio France
Internationale (RFI), en négociations avec l'Etat sur son contrat
d'objectifs et de moyens (COM) 2009-2013, souhaiterait consacrer 5,5
millions d'euros par an à son développement, a-t-on appris lundi auprès de
la holding AEF qui la coiffe.
Dans le cadre de ses négociations, RFI a demandé de "mobiliser"
environ 5,5 millions d'euros supplémentaires par an sur la période
2009-2013 pour financer son développement: radio numérique terrestre,
multimédia, développement de la diffusion en FM dans le monde et
renforcement de certaines langues, a précisé l'AEF (Audiovisuel extérieur
de la France) à l'AFP, confirmant une information de La Correspondance de
la presse.
En Afrique, la diffusion en langue véhiculaire (langue
simplifiée utilisée entre populations de différents langages) sera
développée, dans le but affiché d’éviter une chute des parts de marché de
la radio, tandis que le portugais et l’anglais seront davantage utilisés,
selon le compte-rendu de l’audition. Des webradios seront créées en Asie,
présentées par le pdg comme moins onéreuses et susceptibles de pénétrer
plus largement des marchés comme la Chine ou l’Iran. Des partenariats
universitaires sont aussi envisagés en Amérique latine pour toucher les «
leaders d’opinion »
Par ailleurs, une note d’information transmise le 19 mai au
comité d’entreprise de RFI, concernant la négociation du Com, indique que
l’AEF chiffre à 5,5 M€ par an le besoin de financement de ses projets de
développement d’ici 2013, répartis de la façon suivante : 2 M€ pour la
diffusion FM et les webradios, 2 M€ pour les langues jugées prioritaires,
et 1,6 M€ pour le développement du multimédia.
Les langues que RFI donc souhaite renforcer sont l'anglais,
l'arabe, le portugais, le persan, le russe, le chinois, le haoussa et le
swahili (dont le lancement est à l'étude).
En 2009, les ressources de RFI - le budget n'est pas encore
arrêté - s'établissent à 139 millions d'euros, dont 132 millions de
ressources publiques.
Alain de Pouzilhac, pdg de l’Audiovisuel extérieur de la France
(AEF) et pdg de RFI, et Christine Ockrent, dg déléguée de l’AEF et de RFI,
ont été auditionnés le 10 juin dernier par la commission des Affaires
culturelles du Sénat sur la situation à RFI, au moment où la station entre
dans sa sixième semaine de grève de protestation contre le plan social de
la direction.
Durant l’audition, les deux dirigeants ont insisté sur les
faiblesses d’audience et d’organisation de RFI et ont justifié le plan
social par la nécessité de mettre fin au déficit budgétaire de la radio.
Christine Ockrent a ainsi estimé que « les performances décevantes de RFI
en termes de parts de marché traduisent l’incapacité structurelle de la
station C3 s’adapter aux évolutions démographiques et géopolitiques de son
environnement international ». Elle a évoqué la « perte de vitesse
significative » de RFI en Afrique francophone, son territoire de
prédilection, avec une part de marché baissant selon elle de 19,3 % en
2004 à 17,2 % en 2008. Sur le plan social, Alain de Pouzilhac a déploré
que trois syndicats minoritaires (CGT, SNJ et FO) reconduisent la grève
chaque jour, et a dénoncé le fait que le recours systématique au plan
social a servi de technique d’obstruction pour faire échouer les
tentatives des directions successives de moderniser RFI. Une affirmation
qualifiée de « pur mensonge » par l’intersyndicale SNJ-FO-SNRT CGT et SNJ
CGT de RFI, qui affirme que c’est elle qui est majoritaire au comité
d’entreprise. Les syndicats contestent également l’affirmation d’Alain de
Pouzilhac selon laquelle la principale difficulté de RFI réside dans « le
volume de sa masse salariale, qui représente 52 % du budget total, ce qui
est un taux bien supérieur aux autres chaînes de radio ». « C’est tout
simplement faux : le poids de la masse salariale est largement supérieur à
Radio France qu’à RFI », selon les syndicats. Le sénateur Jacques Legendre
a remarqué, durant l’audition, que la commission des Affaires culturelles
était « particulièrement inquiète de la situ ation actuelle à RFI ». De
son côté, la sénatrice Claudine Lepage a estimé que « le ton de nos
interlocuteurs est virulent pour présenter la situation de RFI » et que «
dans le contexte de conflit social actuel, la justification des mesures
prises est véhémente », selon les syndicats.
RFI est touché depuis plus d'un mois par une grève "illimitée"
à l'appel d'une intersyndicale (CGT, SNJ et FO) qui s'oppose à un plan
social de 206 suppressions d'emplois sur environ un millier et à la
fermeture de plusieurs bureaux de langues (allemand, albanais, polonais,
serbo-croate, turc et laotien).