RFI. La radio internationale entre
dans sa 9e semaine de grève. Les salariés dénoncent le mépris de la
direction et réclament un médiateur.
Qu’attend l’État pour nommer un médiateur pour RFI ?
Voici neuf semaines, du jamaisvu, que la radio mondiale est en grève. Neuf
semaines d’antenne quasi muette, des millions d’auditeurs laissés sur le
carreau et des salariés méprisés, humiliés mais pour la plupart combatifs.
Depuis le 12 mai, RFI est en grève pour dire non à un plan social qui
prévoit la suppression de 206 postes et la fermeture de 6 (sur 19)
rédactions en langue étrangère : allemand, albanais, polonais,
serbo-croate, turc et laotien. L’option des départs volontaires est pour
l’instant au point mort.
Mercredi dernier 1er juillet, le SNJ de Radio France
s’est associé à la lutte de l’intersyndicale de RFI (FO, SNRT-CGT,
SNJ-CGT, SNJ) pour réclamer la nomination d’un médiateur, précisant dans
son communiqué : « Ce que l’on fait aux personnels de RFI est un
mauvais présage pour nous. » La veille, une quarantaine de cadres de
RFI ont lancé un appel, « Sauvons la radio mondiale », pour
réclamer également le médiateur. Mais le PDG, Alain de Pouzilhac, aurait
mis sa démission dans la balance. Est-ce pour cela que rien ne bouge du
côté de l’État ?

Pour Benoît Ruelle( photo à droite >),
producteur de l’émission hebdomadaire Idées sur l’antenne de RFI, la
nomination de Pouzilhac est une erreur de casting. « Il vient du
groupe Havas, il vient d’un monde étranger au service public, à ses
moeurs. » Quant à Christine Ockrent, le numéro 2, les mots ne sont
pas assez durs de la part de l’ensemble des salariés pour qualifier sa
morgue, son mépris. C’est elle, l’épouse de notre ministre des Affaires
étrangères, qui aurait osé lancer à des salariés de RFI :
« Comment va radio tam-tam ? » Pourtant, les cadres
signataires l’ont précisé dans leur appel, une réforme à RFI est
nécessaire et aurait dû être menée depuis longtemps. « Mais elle n’a
jamais été pensée », précise Benoît Ruelle qui connaît bien la maison
pour y travailler depuis trente ans. « On supprime des langues. On
dit par exemple que le turc n’a plus d’intérêt.
On a parfois créé des rédactions en une semaine sans
jamais penser aux changements géopolitiques. On a engagé des gens de
qualité, on les presse et maintenant on les vire. Par ailleurs, il est
question de développer les langues vernaculaires africaines. C’est une
bonne chose, mais ce seront des filiales de RFI qui s’en chargeront, avec
des salaires plus bas. » C’est là que se situe un des enjeux du
conflit : les salariés de RFI payent pour la création de la chaîne
France 24. N’étant pas dotée de ressources suffisantes, on déshabille RFI
pour financer une télé, fer de lance de la holding AEF, audiovisuel
extérieur de la France, avec TV5 dont Pouzilhac et Ockrent sont les
patrons. « On a la sensation qu’il y a la volonté de faire un exemple
avec RFI, que la récréation du service public, c’est fini comme à
l’hôpital ou à la poste, nous serions la pierre expérimentale côté
audiovisuel public », assure Benoît Ruelle. Hervé Bourges, nommé par
François Mitterrand après son élection de 1981, avait transformé RFI en
société autonome.
Qu’en dira son neveu, Frédéric Mitterrand, nouveau
ministre de la Culture, qui devrait recevoir des salariés de RFI vendredi
10 juillet ?