Dernière mise à jour le 10/11/2009 à 15h33 TU |   Share/Bookmark

Extrait de la séance plénière du 9 novembre avec le ministre de la Culture,Frédéric MITTERRAND

Lundi dernier  le 9 novembre,s'est déroulé à l'Assemblée nationale le débat sur l'examen des crédits "médias" dans le cadre du projet de loi de finances pour 2010.Frédéric Mitterrand,ministre de la Culture et de la Communication, a défendu son budget et il ne s'est pas trop éloigné  de la ligne de conduite tracée par son Gouvernement,silence sur la crise sociale à RFI.

 VOUS POUVEZ LIRE L'INTÉGRALITÉ  DU DISCOURS DE F.MITTERRAND SUR L'AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR  EN CLIQUANT ICI

Parmi les nombreux sujets abordés nous retrouvons bien évidemment soit le dossier RFI,soit  l'Audiovisuel Extérieur de la France , ils ont été évoqués à plusieurs reprises par les députés,notament par Patrice Martin-Lalande (UMP) rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour les médias,il a salué les premiers résultats de la transformation de l'Audiovisuel Extérieur de la France en tant que média global et le succès de la nouvelle chaîne France 24, sous la conduite d'Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent mais a souligné aussi que:" L'AEF devra maintenant achever sa constitution en média global, tel que la loi le prévoit".Patrice Martin-Lalande remarque par ailleur que reste à mener à bien deux chantiers: "d’une part, la difficile réorganisation de RFI, en achevant le processus de ciblage des zones et des langues de diffusion, rendu nécessaire par les évolutions géostratégiques et les mutations technologiques ; d’autre part, la négociation d'un premier contrat d’objectifs et de moyens."

"À ce sujet je ne peux que déplorer l'absence d’un tel contrat,alors que le Parlement va se prononcer sur les crédits alloués à l’Audiovisuel extérieur de la France" ajoute-t-il et enfin il declare:"Si la fondation de l'AEF semble sur la bonne voie, il est toutefois nécessaire de définir les modalités précises du pilotage politique de l'audiovisuel extérieur.Je redis cette année qu’il appartient non pas au conseil d'administration de la holding, mais bien aux ministères concernés, de définir la politique de la France. Il conviendrait, au-delà des réunions interministérielles qui précèdent les conseils d'administration de l'AEF, qu'une instance dédiée garantisse ce pilotage politique".

Moins indulgents en revanche les propos de Christian Kert (UMP),rapporteur et vice-président de la commission des affaires culturelles, qui sous sollicitation de Maxime Gremetz (PCF) affirme concernant le conflit social à RFI: "Nous avons estimé que nous ne pouvions pas rester étrangers à ce conflit qui s’enlise".Christian Kert a annoncé que la commission des affaires culturelles et de l’éducation va recevoir bientôt la direction de RFI et sur les applaudissements des bancs des groupes UMP il retorque :"Nous aimerions aider RFI à sortir de cette impasse. Ce n’est pas votre aval que nous attendons dans cette affaire, monsieur le ministre, mais votre simple soutien".

Didier Mathus:"RFI joue un rôle irremplaçable dans certaines régions du monde"

Didier Mathus (PS   photo à droite), rapporteur de la commission des affaires étrangères à l'Assemblee nationale denonce la difficulté d'analyser le budget de la holding AEF,en l’absence du contrat d’objectifs et de moyens."On nous annonce depuis le mois de mai qu’il va être incessamment communiqué. Nous avions espéré que le Parlement pourrait l’avoir en sa possession afin d’éclairer le débat budgétaire. Malheureusement, ce n’est pas le cas, ce qui fait que la lisibilité budgétaire de l’AEF est extrêmement réduite. Cela a amené la commission des affaires étrangères à s’interroger avec beaucoup de force sur cette opacité budgétaire" déplore-t-il.Didier Mathus signale le manque de lisibilité sur le pilotage de l’AEF:"Qui pilote réellement l’AEF ? Un interministériel, sûrement de très qualité, dans lequel on retrouve le ministère de la culture, la Direction du développement des médias,le cabinet du Premier ministre, le ministère des affaires étrangères. Chronologiquement,nous constatons un effacement des affaires étrangères dans un domaine où la décision politique pourtant est d’importance puisqu’il s’agit de faire le choix des langues et des zones géographiques cibles dans notre action extérieure. Nous pouvons regretter, en tout cas la commission l’a fait, cet effacement des affaires étrangères".Didier Mathus souligne que cette situation cumule tous les inconvénients car il n’y a ni un pilotage politique précis qui corresponde à des orientations stratégiques nationales, ni la crédibilité de l’indépendance, puisque cet audiovisuel extérieur est dirigé par la compagne du ministre des affaires étrangères.

Didier Mathus considere que le Gouvernement ne peut plus rester immobile dans cette affaire:"Nous savons tous le rôle irremplaçable que joue RFI dans certaines régions du monde. C’est une vraie radio, avec ses vraies spécificités, c’est une radio de journalistes, pas une radio d’animateurs" affirme t-il et ajoute:"Quels sont les arguments avancés par l’AEF pour s’en prendre à RFI ? Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. En l’occurrence, la rage, c’était à la fois le déficit – mais le déficit d’une entreprise publique, nous savons que c’est ce que veut bien en faire l’actionnaire unique, c’est-à-dire l’État – et une perte d’audience supposée de 8 millions d’auditeurs. En réalité, ce chiffre ne repose que sur une étude très mystérieuse, attribuée à un groupement qui s’appelle le GEDA, qui n’est rien d’autre qu’un institut universitaire belge – je n’ai absolument rien contre la Belgique mais il se trouve que cet institut est inconnu de toutes les grandes entreprises de mesure de l’audience qu’il s’agisse de la SOFRES, de l’IFOP, etc. Il semble assez mystérieux que personne ne connaisse l’origine d’une étude qui a été revendiquée, matraquée par la direction de l’AEF. J’ai beaucoup de doutes sur cette étude."

En outre, Didier Mathus relève que plusieurs fautes psychologiques ont été commises dans ce conflit:"On ne peut pas à la fois donner le sentiment de vouloir marginaliser le média radio au profit de la télévision de format breaking news comme France 24, expliquer que la masse salariale de RFI est trop élevée et, dans le même temps, augmenter le budget de l’AEF de 1,5 million d’euros par rapport aux prévisions budgétaires, uniquement à cause du salaire des dirigeants".Didier Mathus juge que la crise à RFI  est inacceptable et demande de réagir d’urgence,il annonce aussi que la commission des affaires étrangères a décidé, la semaine dernière, de former une mission d’information sur la situation à RFI et il declare que le Gouvernement doit s'occuper de le dossier RFI car:"La direction de l’AEF n’est plus en état aujourd’hui de régler convenablement la situation de RFI. Il faut désigner un médiateur,il faut que le Gouvernement s’en mêle."

Selon Didier Mathus,RFI est une grande radio. Une radio de journalistes, qui sont des experts et apportent un éclairage formidable en matière de politique étrangère:"Ils ne comprennent pas le projet de réorganisation de leur radio. On sent, en filigrane, que des maladresses ont été commises par les dirigeants de l’AEF" affirme t-il et il ajoute:" On ressent une sorte d’incompréhension de ce qu’est le média radio et de sa spécificité dans certaines zones géographiques, en particulier en Afrique, où l’on a pu relever des erreurs stratégiques curieuses. La direction de RFI, par exemple, veut promouvoir avec la société Orange des modes de communication de la radio par téléphone mobile et développer Internet en Afrique. Quand on connaît le prix des communications mobiles et que l’on sait que l’essentiel de son territoire n’a même pas l’électricité, on comprend que des erreurs stratégiques ont été commises."

Didier Mathus estime que "la situation est bloquée, car les dirigeants de l’AEF n’ont plus la légitimité, la crédibilité nécessaires pour être les artisans du dénouement de cette crise. Or ce dénouement est aujourd’hui indispensable". Il n’est pas acceptable, après le plus long conflit de l’histoire de l’audiovisuel public, que le Gouvernement s’en tienne à des atermoiements. Il doit se saisir de ce dossier, ou mieux, nommer un médiateur pour parvenir le plus vite possible au dénouement, que tout le monde souhaite. On ne peut pas laisser RFI, qui est une grande radio et accomplit un travail exceptionnel, dans la situation où elle est depuis maintenant plus de six mois. Ce n’est pas acceptable. Le Gouvernement doit intervenir. C’est une radio cent pour cent publique. Nous souhaitons un moratoire sur les 206 suppressions d’emplois. On ne peut dire, comme la direction de l’AEF, que RFI fait du bon travail et supprimer dans le même temps 25 % de ses effectifs. Nous savons qu’il y aura nécessairement des licenciements.Il est légitime qu’il y ait des redéploiements de langues. C’est l’évolution naturelle d’une radio de cette nature. Mais il ne nous semble pas convenable que cela passe par la suppression de 25 % des effectifs",conclut-il.

François Rochebloine (NC  photo à droite) de son côté a affirmé que:"La conduite de l’audiovisuel extérieur et la gestion de la crise majeure qui ébranle RFI continue de susciter des interrogations. Entre autres mesures, le Gouvernement avait, l’an passé, annoncé dans le cadre du projet global de modernisation de Radio France internationale la suppression de 206 postes. Sans pour autant remettre en question cette réforme, qui était sans doute nécessaire, les représentants du personnel en conviennent, il nous faut déplorer la manière dont la crise générée par cette politique a été gérée"

François Rochebloine  ajoute aussi que : "Outre une réforme dont les objectifs sont restés assez flous, on ne peut que regretter la gestion de la crise sociale qu’elle a engendrée, crise exacerbée au demeurant par l’annonce d’embauches à France 24 alors même que RFI devait licencier. On peut d’ailleurs légitimement s’interroger sur les raisons pour lesquelles certaines personnes de RFI n’ont pas alors été transférées à France 24".

Patrick Bloche:"la crise à RFI 'un scandale d'État' "

Patrick Bloche (PS) a rappelé que les journalistes de RFI continuent à remplir leur mission que permet soit à des peuples de recouvrer la liberté,soit à ne pas oublier que la France est la patrie des droits de l’Homme.Il a estimé aussi que:"Aujourd’hui, force est de constater que l’entreprise de démolition de cette radio centrale dans le paysage de la francophonie se poursuit avec tout l’acharnement qu’y met un couple dirigeant contesté pour de multiples raisons et il a ajouté enfin que:" Il n’est que temps d’entendre le message des personnels de RFI mobilisés depuis de longs mois pour empêcher la suppression de 206 emplois, que ne justifie en rien la situation financière de RFI, et de mettre fin ainsi à un scandale d’État".

Patrick Bloche denonce la volonté de tuer RFI et il a appellé  Alain de Pouzilhac (PDG AEF) à démissionner.

Maxime Gremetz (PCF),définit la crise à RFI "le scandale des scandales",et il souligne que:"Les personnels se battent depuis des mois,on n’a jamais vu cela en France. Ils engagent une procédure judiciaire et ils obtiennent une victoire : le tribunal déboute la direction" et enfin il declare que ;"Le tribunal a jugé que la direction devait présenter son contrat d’objectifs et de moyens, mais, à ce jour, elle refuse de le faire. Elle se moque des décisions des tribunaux,il faut maintenant faire respecter la décision du tribunal. À partir du contrat d’objectifs et de moyens, les organisations syndicales pourront discuter sérieusement en disposant d’un minimum d’information, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui" conclut-il.

De la situation à RFI s' est plaint aussi Noël Mamère (Les Verts) qui a exprimé sa vive inquiétude au sujet de RFI:" À RFI, la rédaction se bat avec acharnement depuis des mois pour lutter contre la reprise en main politique et les suppressions de postes et de programmes" declare t-il.

L'indifférence de Frédéric Mitterrand

Après les propos des députés, Frédéric Mitterrand (  photo à droite) a souligné que la réforme,de l’audiovisuel extérieur engagée dès l’été 2007 à l’initiative du Président de la République,était indispensable et que la politique audiovisuelle extérieure de la France souffrait depuis trop longtemps d’un manque de cohérence et d’efficacité de ses opérateurs.Avec cette réforme, est réaffirmé le rôle de pilotage stratégique et de coordination d’AEF, qui devient la société nationale de programme chargée de l’audiovisuel extérieur de la France.

Frédéric Mitterrand relève que:"La stratégie proposée par les dirigeants d’AEF consiste, dans un premier temps, à réaliser de forts investissements dans chacune des sociétés avant une phase de retour sur investissements, grâce à une meilleure coordination entre les sociétés et grâce au développement des ressources propres.La forte augmentation des ressources publiques inscrite au PLF pour la société AEF témoigne du soutien de l’État à la stratégie proposée par ses dirigeants : 315 millions d’euros à l’audiovisuel extérieur de la France en 2010, soit une dotation en hausse de 6 % par rapport au montant inscrit en loi de finances initiale 2009" et il ajoute que :"Grâce à ces moyens renforcés, France 24, chaîne d’information née en 2006, va se déployer progressivement au niveau mondial et en plusieurs langues. TV5 Monde, chaîne à laquelle je suis également attaché, s’engage dans la deuxième année de mise en œuvre de son plan stratégique 2009-2012, avec l’ambition de conforter sa diffusion sur les cinq continents, où elle est une vitrine de la culture et des valeurs de la francophonie".

Quant à RFI Frédéric Mitterrand juge prioritaire "la relance de ses audiences",il declare qu'il est necessaire développer la diffusion FM, mais également la diffusion sur les nouveaux médias et qu'il convient également d’adapter la politique des langues aux évolutions géopolitiques du monde, en développant notamment les langues prioritaires pour le groupe.

Sur la crise sociale à RFI Frédéric Mitterrand estime que la radio mondiale: "Traverse une crise existentielle profonde" et il remarque que la reforme de Radio France Internationale,trop longtemps différée est essentielle "à la survie de la société".Le ministre annonce que la relance de RFI doit se mettre en œuvre dès le début de 2010:"C’est une exigence que nous devons tous porter ensemble" declare t-il.Concernant le pilotage politique de l’audiovisuel extérieur F.Mitterand s' est démontré peu bavard en soulignant seulement:" Il est connu et déjà opérant".

Le ministre a détaillé que d'un point de vue administratif, la direction du développement des médias est responsable de la tutelle de l’AEF et que la DDM rapporte au cabinet du Premier ministre;d’un point de vue politique,il est tout aussi clair que c’est à ce niveau que le pilotage s’exerce. Les différents ministères concernés par l’audiovisuel extérieur,qu’il s’agisse des affaires étrangères et européennes, de l’économie, du budget, ou de la culture et de la communication, se retrouvent à Matignon en réunions interministérielles pour débattre et arbitrer les grandes orientations stratégiques de l’AEF.Donc l'audiovisuel extérieur de la France est désormais piloté à Matignon et non plus au Quai d'Orsay, où tant d'errements furent constatés ces dernières années.

Appui renoué à la direction de RFI

Frédéric Mitterrand a précisé :" Le sort de RFI m’est particulièrement cher, car c’est là que j’ai commencé à travailler. J’ai passé deux années à y faire des piges au tout début de son existence. Je connais donc bien cette maison et je l’admire. J’ai pu vérifier l’importance, la valeur de RFI dans le paysage audiovisuel français, la qualité des informations et du travail des journalistes. Cependant, dès cette époque-là, j’ai été frappé par un certain nombre de dysfonctionnements, qui n’ont fait que s’aggraver et appellent à une refonte de l’institution.

Le ministre de la culture a souligné enfin que Radio France Internationale est l’une des pièces maîtresses de l’audiovisuel extérieur de la France. Mais elle a été trop longtemps oubliée par sa tutelle.Résultat : la situation financière est très dégradée, avec des déficits récurrents. "Les capitaux propres sont devenus négatifs. Une grande partie des personnels éprouve un sentiment d’abandon Avec la réforme en cours, RFI pourra retrouver les moyens de faire face aux mutations technologiques que connaît le secteur des médias, et renforcer ses missions là où elle dispose d’une implantation forte". Je pense essentiellement à l’Afrique, où la diffusion en langue vernaculaire en swahili, en haoussa va être renforcée" remarque t-il."En revanche, là où RFI a une audience confidentielle, comme c’est le cas en Europe de l’Est, il est légitime de repenser sa stratégie et de l’orienter vers de nouveaux modes de diffusion, comme Internet ou la webradio".

Selon Frédéric Mitterrand un nombre important de membres du personnel s’est prononcé pour des départs volontaires

Sur la crise au sein de RFI il y a donc beaucoup de questions,peu de réponses,Frédéric Mitterrand n'a pas donné aucune réponse sur le COM par exemple,thème centrale de l'action de la direction de l'AEF et de l'Etat.Malheureusement il y a une seule certitude Frédéric Mitterrand est desormais le porte-parole zélé du Gouvernement sans capacité ni volonté de repondre ni aux salariés,ni aux députés et ses allocutions sont devenues des simples comptes rendus d'un ordinaire conseil des ministres,sans aucune expertise personelle.

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